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ASSEMBLEE GENERALE DU MFAO BAYREUTH, le 27 juin 2009 “LE MFAO ET SA VISION POUR LE TOGO” Le MFAO et la transformation démocratique de la société togolaise E. GU-KONU Coordination Provisoire du MFAO




C’est avec une grande émotion que je prends la parole devant vous, au nom de la Coordination Provisoire du MFAO, pour parler de ce mouvement. Et c’est avec d’autant plus d’émotion que je vois des membres de la diaspora togolaise venus d’un peu partout pour discuter de ce projet, voir où il en est, et peut-être aussi apporter des idées et des critiques pour l’enrichir et contribuer à sa réalisation.

Une double dose d’émotion, parce qu’il y a une dizaine d’années, personne n’aurait imaginé que des membres de la diaspora togolaise se réuniraient un jour pour prêter attention à cette proposition. Et personne n’aurait imaginé que des Associations MFAO se réuniraient, ce 16 mai 2009 à Lomé, dans le cadre d’une Assemblée constitutive du Mouvement.

Engagée ouvertement avec l’insurrection populaire d’octobre 1990, notre lutte pour la démocratie au Togo va bientôt avoir 20 ans. Elle dure trop longtemps et de ce fait, laisse un trop grand nombre de personnes au bord du chemin qui conduit à la fin du régime de dictature. Pour raccourcir le chemin, il importe que chaque Togolaise et chaque Togolais, soucieux de l’avenir démocratique du pays, acceptent de se mettre ensemble pour se donner les moyens d’agir ensemble.

Pour la présente rencontre qui se situe dans le cadre des efforts pour permettre à tous ceux qui espèrent encore de se mettre ensemble pour agir ensemble, on m’a demandé de réfléchir sur “Le MFAO et la transformation démocratique de la société togolaise”. Je voudrais partager cette réflexion avec vous à partir de cinq points :

1- Un aboutissement et un commencement ;
2- Pourquoi le MFAO est plus que jamais une nécessité ?
3- Qu’est-ce que le MFAO ? Un mouvement citoyen ;
4- Le MFAO et la CDPA-BT ;
5- Le MFAO et les élections de 2010.

I- Un aboutissement & un commencement

Comme je l’ai dit à l’Assemblée constitutive du MFAO le 16 mai dernier à Lomé, la présente rencontre est pour nous autres de la Coordination Provisoire du MFAO un aboutissement et un commencement.

Un aboutissement parce qu’elle est, comme celle de Lomé, le couronnement d’un long travail. Un travail de plus de dix ans. Une longue campagne au cours de laquelle il a fallu expliquer, expliquer encore, s’efforcer toujours de convaincre l’opinion sur la nécessité de faire émerger de la masse de la population opprimée une force organisée capable, grâce à cette organisation, d’exercer sur le régime des pressions susceptibles de l’obliger à céder la place pour permettre l’instauration de la démocratie dans le pays. Un travail difficile, mais en même temps un travail porté par un immense espoir, l’espoir qu’il finirait un jour par ouvrir au peuple togolais de nouvelles perspectives, afin de réaliser le changement du système politique au Togo pour le bien-être et la prospérité de tous.

Un aboutissement donc, mais aussi un commencement. Car, par l’insurrection populaire d’octobre 1990, les Togolais ont décidé de cesser de se laisser traiter comme des sujets, et exigent d’être considérés désormais comme des citoyens. Des citoyens libres, dignes et respectés. Ils ne peuvent réaliser cette volonté commune qu’en s’organisant autrement, pour travailler ensemble, au delà de toute considération partisane, en vue d’atteindre l’objectif de la démocratisation. C’est là une condition première pour permettre ainsi aux partis d’opposition de concourir entre eux pour le pouvoir, cette fois-ci dans un contexte politique démocratique, garantie de la transparence dans la pratique politique et dans la gestion des affaires publiques.

Cette organisation implique naturellement un gros travail, un travail qu’il faudra mener ensemble, avec un engagement très fort et une détermination sans faille. C’est pour ces raisons que cette rencontre de Bayreuth, comme celle de Lomé, marque un commencement, le commencement de la construction du MFAO.

Car, qu’on ne s’y méprenne pas : tant que le peuple togolais continuera de subir l’oppression d’un régime dictatorial et prédateur, il n’y aura pas de développement possible, même si l’on déverse tout l’argent du monde dans le pays. Et il n’y aura pas d’amélioration possible des conditions de vie de la grande masse de la population. De ce dernier point de vue, il faut souligner que la finalité de la lutte pour la démocratie est pour nous, avant toutes choses, la transformation qualitative des conditions de vie de la grande masse de la population togolaise.

II- Pourquoi le MFAO est-il plus que jamais une nécessité ?

Trois raisons fondamentales apportent une réponse à cette question. La première est un constat : le régime contre lequel le peuple s’est insurgé depuis 1990 n’a pas changé après la mort d’Eyadema. La seconde est une triste réalité : la transition démocratique pour laquelle des Togolais ont consenti de si grands sacrifices a échoué. La troisième raison porte un espoir : les seules libertés démocratiques conquises depuis l’insurrection populaire le sont, non pas par des partis d’opposition ou des organisations de la société dite civile, mais grâce à la pression du peuple descendu dans la rue.

1- Le régime n’a pas changé après la mort d’Eyadema

Pour peu qu’on ait suivi dans le détail l’évolution de la situation politique togolaise depuis le 5 février 2005, on ne peut rester que sur ce constat : le régime politique n’a pas changé depuis la mort d’Eyadema.

Le régime politique mis en place par Eyadema à partir de 1967, et dont il s’est si bien servi pour régner pendant 38 ans, est un régime de dictature militaire à pouvoir personnel. Cela veut dire trois choses essentielles :

1- La totalité du pouvoir a été toujours concentrée entre les mains d’Eyadema. La constitution de 1979 n’a fait qu’entériner cette situation. La concentration du pouvoir sera à nouveau renforcée par la constitution du 31 décembre 2002, que le régime substituera arbitrairement à celle du 14 septembre 1992.

2- Le pouvoir politique repose sur une armée personnelle à caractère ethnique. Elle est chargée d’assurer, avant toutes choses, la sécurité de la personne d’Eyadema contre la population civile considérée comme l’ennemi principal, et de favoriser autant que possible la perpétuation du régime de dictature militaire officialisé par le coup d’Etat militaire de janvier 1967.

3- Il s’agit enfin d’un régime oppressif et répressif, inadmissible par conséquent. Il fait du mensonge, de l’usage de la violence d’Etat, de la délation, de la manipulation de l’opinion, de la corruption et de l’achat des consciences, des méthodes de gouvernement et de conservation du pouvoir.

Il se trouve que depuis février 2005, aucune disposition constitutionnelle, institutionnelle ou légale n’est venue changer cette nature du régime politique. Depuis cette date, il n’est institué aucun recours légal devant protéger le citoyen togolais contre les multiples manifestations de l’omnipotence et l’omniprésence de l’Etat despotique. L’orientation générale de la vie politique est restée la même qu’avant, les acteurs politiques dominants étant les héritiers naturels et/ou idéologiques de ceux qui ont forgé et animé le régime depuis 1967. Et tout cela sur fond d’une volonté ostensible de se maintenir au pouvoir à tout prix, et de barrer donc la route à l’alternance démocratique par tous les moyens possibles.

Ceux qui font croire que la situation politique togolaise a changé, qu’elle est mieux qu’avant, que le fils est plus convenable que le père devraient aller au-delà des apparences, ou cesser de mentir à la population. Le régime de dictature institué par Eyadema et ses collaborateurs est tout un système. La “bonne volonté” de Faure, à supposer même qu’elle est réelle, ne suffit pas pour y mettre fin. Elle ne peut se substituer aux institutions démocratiques.

Le fait qu’on ne tire plus sur la population, qu’on n’arrête plus massivement ou qu’une opposition parlementaire existe ne signifie pas un changement politique, ou un changement de politique. Une hirondelle ne fait pas le beau temps. En réalité, cette période politique qui court depuis la fin de la sanglante répression de 2005 est une période où, pour des raisons évidentes, les outils de répression sont seulement désactivés. Ils ne sont pas supprimés. Ils peuvent être réactivés à tout moment si les intérêts vitaux du régime l’exigent.

2- L’échec de la transition politique

Le maintien du régime de dictature traduit l’échec de la transition politique. Dans presque sa totalité, l’opinion publique togolaise s’est contentée d’attribuer cet échec à ce qu’elle a toujours appelé “ l’Opposition ” sans jamais chercher à faire les distinguos nécessaires. Il se trouve que l’échec est dû en réalité à trois faits essentiels :

1- La primauté donnée par les partis du courant dominant de l’opposition à l’objectif d’accès immédiat au pouvoir, sur l’objectif de la fin du régime de dictature. Il en est résulté ces rivalités atroces pour le pouvoir entre des leaders opposants de ce courant, avec trois conséquences majeures : En premier lieu, l’impossibilité pour les partis d’opposition ainsi que les organisations associatives du même courant de se mettre ensemble, autrement dit de s’unir pour agir de concert face au régime. En second lieu, le prolongement inévitable de leurs rivalités pour le pouvoir au sein de la masse même des opposants. Celle-ci s’en est trouvée divisée en factions opposées. En troisième lieu, l’impossibilité pour l’opposition entière de s’unir pour se donner une politique d’opposition commune, du fait ces rivalités pour le pouvoir et du fait de la présence de ces factions opposées au sein de la population.

En donnant la priorité à l’objectif d’accès immédiat au pouvoir sur celui de la fin du système de dictature, le courant dominant de l’opposition a ainsi mis la charrue devant les bœufs, au lieu du contraire. Il n’est pas possible de bien labourer dans ces conditions.

2- Dans cette logique de la course concurrentielle pour le pouvoir, on a pensé plus à l’opposant charismatique qu’à une mobilisation politique conséquente de la population en vue de faire émerger d’elle une force politique capable de pressions soutenues sur le régime. Ce faisant, on a minimisé le rôle historique de la population opprimée dans la lutte pour la liberté et la démocratie.

Mais les tenants d’un régime de dictature, qui n’entendent pas lâcher le pouvoir, n’accordent aucune considération à “ l’Opposant historique ”, s’ils ne voient pas derrière lui une force réellement organisée. On sait bien que le prédateur n’a jamais peur que de plus gros que lui, et donc de plus fort que lui. Dans un régime de dictature, la force de l’opposition ou celle de l’opposant charismatique réside d’abord dans la force organisée de la masse de ceux qui subissent l’oppression et aspirent aux libertés démocratiques. Cela suppose l’existence d’une organisation de masse.

3- Toujours dans cette logique de la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir, le courant dominant de l’opposition, par élitisme et par une vision technocratique du processus de démocratisation, a exclu la population de la scène politique, et l’a marginalisée en la reléguant dans le rôle d’un électorat passif à se disputer entre chefs de parti et à manipuler pour des élections bidon.

Une des premières décisions du Gouvernement Koffigoh est en effet d’interdire les manifestations populaires, alors que c’est grâce à l’irruption de la population dans la vie politique que la transition a pu démarrer en 1990. Et l’on sait qu’une des conditions inscrites dans les accords de Paris par Bernard Stasi et les chefs des partis d’opposition impliqués dans le dialogue inter togolais (1999 2002) est de tenir la population à l’écart de la vie politique pour éviter toute manifestation populaire au cours du dialogue.

C’est cette politique d’opposition menée pendant plus de quinze ans qui a conduit à la situation politique actuelle caractérisée par quelques faits marquants. Le pouvoir exécutif est contrôlé par des hommes qui ne manquent aucune occasion pour montrer que le régime d’Eyadema est le meilleur qui soit ; ils font tout ce qu’ils peuvent pour pérenniser la mémoire du “Père de la Nation” et pour empêcher l’alternance au pouvoir. Le pouvoir législatif est contrôlée par le parti du régime (le RPT) ; celui-ci détient la majorité absolue à l’Assemblée nationale et y fait sa loi. L’opposition parlementaire est faible et toujours aussi divisée sur l’essentiel ; elle est impuissante face au régime et se révèle incapable de définir une politique d’opposition parlementaire de nature à imposer les réformes susceptibles d’ouvrir la voie à l’alternance démocratique. Enfin, la population opposante est déçue, découragée, désemparée ; elle est totalement effacée de la scène politique ; elle est de plus en plus confrontée à une misère croissante…

Dans une telle situation politique, il est tout à fait illusoire de croire que les choses vont changer d’elles-mêmes ; que les caciques du RPT feront d’eux-mêmes les réformes constitutionnelles et institutionnelles exigées par le passage de l’Etat de dictature à l’Etat de démocratie ; que Faure, de lui-même, rendra un jour le pouvoir sur un plateau d’argent à qui de droit…

3- Le MFAO comme une nécessité historique

Les premières conquêtes de la lutte pour la démocratie sont la liberté de la presse et le multipartisme. Il faut observer qu’elles ne sont pas conquises par des partis d’opposition. Elles ne sont pas non plus le résultat de l’action d’un “grand leader”, d’un “opposant historique” ou d’une des organisations associatives actuelles. Pas plus qu’elles ne sont les produits de dialogues ou de négociations avec le régime.

La proclamation du multipartisme et de la liberté de la presse en avril 1991 est bel et bien le résultat de l’irruption de la population dans la vie politique en 1990. C’est en effet la population descendue dans la rue qui a contraint Eyadema à proclamer ces premières libertés désormais inscrites dans la constitution. De même, c’est la pression de la rue (les ékpemogs) qui avait dissuadé le Général Ameyi de procéder à l’évacuation de la salle Fazao le 26 août 1991. De même, c’est grâce à cette pression que la Conférence nationale a pu élire le Premier ministre.

Sans rien exagérer, on peut dire par ailleurs que le multipartisme et la liberté de la presse sont les seules victoires décisives remportées par l’opposition togolaise sur la dictature. Que ces libertés soient encore fragiles et que le régime s’efforce, par tous les moyens, de les vider de leur contenu est un autre fait préoccupant.

Ces faits méritent d’être rappelés. Ils montrent bien que la population opprimée peut jouer un rôle dans la lutte pour les libertés démocratiques dans un régime de dictature militaire comme celui d’Eyadema.

Il faut les souligner avec d’autant plus force que depuis la récupération de la lutte par des organisations associatives et par des partis politiques d’opposition à partir d’avril 1991, aucune nouvelle conquête n’est venue s’ajouter à ces deux premières. Au contraire, ce qu’on a vu tout au long de l’évolution politique depuis la fin de la Conférence nationale est une restauration et une consolidation continue du régime totalitaire. Les atteintes sournoises au principe de la pluralité des partis et à la liberté de l’information se sont multipliées. La population se trouve en réalité dans un état permanent de liberté surveillée.

Ces constats apportent une leçon majeure : le combat pour le passage de la dictature à la démocratie ne peut pas être le fait d’un seul homme, si grand soit-il ; ni le fait d’un parti d’opposition seul ; ni celui de partis d’opposition exclusivement, surtout si ceux-ci se battent constamment entre eux pour le pouvoir, ou pour la première place. Il ne peut pas être non plus le fait exclusif d’organisations associatives. La lutte pour la démocratie dans un régime de dictature militaire est forcément une lutte collective. Elle atteint ses objectifs quand elle est portée par toute la population opprimée dans le cadre d’une organisation. Le courant dominant de l’opposition togolaise n’a pas tiré cette leçon de l’évolution chaotique de la lutte pour la démocratie. Il ne semble même pas être prêt à le faire.

En définitive, si la lutte pour la démocratie au Togo a échoué, c’est qu’il lui manque une dimension première, celle de la force organisée de tous ceux qui aspirent au changement. De ce point de vue, le MFAO se justifie plus que jamais comme une nécessité historique dans le processus politique en cours.


III- Le MFAO, un mouvement citoyen

Si l’on est d’accord pour reconnaitre que le MFAO est une nécessité historique, encore faut il savoir ce qu’est réellement ce Mouvement. C’est sous cette condition seulement qu’il est possible de voir ensemble tout ce qu’on peut en tirer pour relancer la lutte en cours. Mais il est difficile de dire en quelques mots ce qu’est le MFAO. Pour en avoir une vue plus complète, il faudrait lire le “Document MFAO” .

Pour l’instant, on va se contenter de quelques traits essentiels du MFAO, à savoir que : 1- Le Mouvement n’est pas un parti politique de plus. 2- Il est au contraire un Mouvement citoyen. 3- Le MFAO n’est cependant pas contre le parti politique en tant que tel, ni par principe contre les partis d’opposition. 4- Le Mouvement entend élever la conscience politique moyenne de la population en mettant à sa disposition une information abondante sur les droits et les devoirs du citoyen. 5- Enfin, il entend prendre des dispositions pour mettre la population en mesure de commencer à satisfaire ses besoins les plus élémentaires, sans oublier que l’homme ne vit pas que du pain.

1- Le MFAO n’est pas un parti politique

Le Mouvement de la Force Alternative d’Opposition n’est pas un parti politique de plus. L’objectif premier de tout parti politique est la prise et l’exercice du pouvoir, dans le but de définir et de conduire une politique nationale en conformité avec la vision que le parti se fait du monde et le projet de société qu’il entend réaliser.

Un objectif légitime. Mais de par sa nature même, il est forcément un facteur de divisions et d’oppositions au sein de la société. Car, tous les partis politiques, qu’ils soient ou non d’opposition, n’ont pas une même vision du monde, du pouvoir d’Etat, des rapports Etat/Société... Et ceux qui adhèrent à un parti politique le font en fonction de l’intérêt qu’ils trouvent à être membre de ce parti, et en fonction de leur manière de voir. Les membres de différents partis politiques forment ainsi au sein de la société des groupes distincts aux intérêts souvent opposés.

Bien entendu, cette possibilité pour le citoyen de choisir parmi plusieurs partis politiques (ou de ne faire partie d’aucun d’entre eux) fait l’intérêt de la pluralité des idées, des opinions, des partis politiques et l’intérêt de l’alternance démocratique dans la gestion des affaires publiques. C’est un des traits essentiels d’une société démocratique.

Il n’en reste pas moins que, dans un régime de dictature où les partis d’opposition ne peuvent pas accéder librement au pouvoir, et où il n’est possible de libérer le champ politique que si tous les opposants se mettent ensemble pour constituer une véritable force, dans une situation politique où la préoccupation dominante du citoyen devrait donc être de mettre un terme au régime oppresseur afin de rendre possible l’instauration des libertés démocratiques, l’objectif de la prise et de l’exercice du pouvoir par des partis d’opposition concurrents est un facteur de division, et non pas un facteur de rassemblement.

Dans tous les cas, l’expérience du Togo et d’autres Etats d’Afrique a bien montré que dans les conditions de la vie politique actuelle, aucun parti d’opposition ne peut jamais parvenir à faire tout seul la démocratisation, ou à créer tout seul le climat démocratique favorable à l’alternance politique, tant que le régime de dictature continuera d’exister et d’exercer un contrôle politique totalitaire sur le pays. Par conséquent, l’objectif premier de la lutte pour la démocratie ne devrait pas être la compétition entre partis d’opposition pour accéder au pouvoir dans le cadre des institutions et des lois élaborées par le régime de dictature pour se maintenir. L’objectif premier devrait être l’abolition du régime ; car, cet objectif est de nature à rassembler tous les opposants, sans exclusion pour permettre à l’opposition d’être plus forte.

L’opposition togolaise aurait pu ainsi s’unir pour être plus organisée, plus forte et plus efficace, si le courant dominant avait donné la priorité à la lutte pour la fin du régime de dictature sur la lutte concurrentielle entre partis d’opposition pour le pouvoir ou pour une parcelle du pouvoir dans le système Eyadema.

2- Le MFAO, un mouvement citoyen

Le MFAO est un Mouvement, c’est-à-dire une organisation de citoyens aspirant aux libertés démocratiques et préoccupés par une évolution politique tendant à restaurer et à consolider le vieux régime de dictature militaire dans sa nature profonde. Un Mouvement dont tous les membres acceptent alors de se mettre ensemble pour mieux s’organiser, afin de créer les conditions de l’abolition du régime de dictature et contribuer efficacement à l’instauration, à la consolidation et à la défense des libertés démocratiques dans le pays.

C’est un Mouvement citoyen. Son objectif, est “la fin du régime de dictature d’abord”, afin de rendre possible la compétition des partis politiques dans un contexte politique démocratique. A partir du moment où tous les opposants veulent la fin du régime de dictature, cet objectif n’est pas un facteur de division, et donc d’affaiblissement de l’opposition entière face au pouvoir en place. C’est au contraire un facteur de rassemblement, et donc un facteur favorable à l’union de l’opposition. De fait, à l’exception des invétérés du régime de dictature, aucun togolais informé et préoccupé de l’avenir du pays ne peut se prononcer contre la fin de ce régime ; car, la fin de la dictature est un préalable et une condition incontournable de l’instauration des libertés démocratiques dans le pays.

C’est pour cette raisons que le MFAO rassemble, sans considérations d’appartenance partisane, tous ceux qui s’inquiètent de l’évolution politique actuelle, et qui entendent mettre leurs forces ensemble pour poursuivre le combat engagée pour la démocratie, et le faire sur de nouvelles bases. Il faut insister sur le fait qu’il s’agit d’un Mouvement citoyen sans considérations d’appartenance à un parti politique.

3- Le MFAO n’est pas contre les partis d’opposition

Mais si le MFAO n’est pas à un parti politique, il n’est pas pour autant contre le parti politique en tant qu’instrument privilégié de transformation politique et sociale.

Dans la mesure où l’objectif premier du Mouvement est la création des conditions pouvant rendre possible l’instauration de la démocratie, il ne va pas à l’encontre d’un parti d’opposition qui vise le même but. Un tel parti a donc sa place en son sein. Il peut ainsi faire partie de l’Alliance Nationale pour le MFAO, afin de travailler avec les autres à la réalisation du projet commun, sans être obligé pour autant d’abandonner son identité de parti politique et la réalisation de ses objectifs politiques.

De même, un militant d’un parti d’opposition qui décide d’être en même temps membre du MFAO ne va pas à l’encontre des intérêts de son parti. En travaillant avec les autres membres du Mouvement pour créer et stabiliser les conditions de l’instauration et du fonctionnement des institutions démocratiques dans le pays, ils travaillent en même temps dans l’intérêt de son parti.


4- Le MFAO et la conscience politique de la population

Pendant près d’un quart de siècle, le régime de dictature a cultivé toutes sortes d’obscurantismes pour maintenir la population dans un état de sous-information et de sous politisation permanents. C’est là une des conditions de base de la confiscation civique et de la longévité du régime.

L’un des principaux résultats de cet obscurantisme politique est le faible niveau moyen de conscience politique et civique de la population. Il se traduit, entre autres, par la culture d’un apolitisme de bon aloi. Des générations entières de Togolais ont ainsi (ou avaient ainsi) une forte propension à se mettre à l’écart de la vie politique et civique ; souvent aussi, il faut le dire, “pour ne pas avoir des ennuis”. Ce constat est remarquable surtout au sein de ce qu’on est bien obligé d’appeler la “génération Eyadema” ; et cela se comprend.

Il se trouve que le travail de création des conditions requises pour l’instauration de la démocratie demande au citoyen d’avoir un niveau de conscience politique et civique le plus élevé possible, et de ne pas rester indifférent face à la gestion des affaires publiques. C’est pourquoi le MFAO se propose d’élever le niveau de conscience politique moyen dans le pays, en mettant la population en mesure de s’informer dans tous les domaines (politique, économique, culturelle et artistique …), et en créant les conditions d’un relèvement du sens civique.

Cela suppose une alphabétisation de masse dans les milieux à fort taux d’analphabétisme et/ou d’illettrisme. Le MFAO se propose ainsi de prendre les dispositions nécessaires pour que ceux qui ne savent ni lire, ni écrire parviennent à surmonter ce handicap dans les plus brefs délais possibles. Dans la mesure où souvent les femmes sont plus nombreuses à subir ce handicap alors qu’elles sont appelées à jouer un rôle politique et civique décisif dans le processus de démocratisation et dans la société démocratique de demain, le MFAO devra mener une activité intense au sein de ce groupe cible.

5- Le MFAO et la satisfaction des besoins élémentaires de la population

Des décennies entières d’une gestion despotique et prédatrice des ressources du pays dans un climat de dilapidation et de corruption effrénée ont mis la population dans une situation économique et sociale désastreuse. La misère populaire est prégnante et s’accentue sans cesse. Les conditions de la vie quotidienne, les exigences pour la survie, la difficulté à satisfaire les besoins humains les plus élémentaires, contraignent l’immense majorité des hommes et des femmes à se désintéresser de la gestion des affaires publiques, et à s’enfermer dans la passivité politique et civique.

Il se trouve que la création collective des conditions d’instauration et d’enracinement des libertés démocratiques exige de chaque citoyen de s’intéresser à la chose publique, de suivre l’évolution de la situation politique pour comprendre ce qui se passe autour de lui et comprendre sa propre condition dans la société. Dans ces conditions, le MFAO se fait tout naturellement le devoir d’amener la population à sortir de la torpeur politique et civique où la maintiennent les conditions difficiles de la vie quotidienne.

Pour cette raison, le Mouvement se propose de prendre les dispositions requises pour mettre la population en mesure de commencer à satisfaire ses besoins les plus élémentaires, en attendant qu’une politique volontariste de développement économique et social vienne transformer les conditions d’existence et élever la qualité de vie. Ces dispositions sont de nature aussi bien financière qu’organisationnelle.

Le MFAO n’est ainsi pas un Mouvement à caractère exclusivement politique. Il est aussi un cadre d’organisation où des dispositions doivent être prises pour que chacun de ses membres commence à améliorer ses conditions économiques et sociales d’existence. Ventre affamé n’a point d’oreille.

Mais l’homme ne vit pas que du pain. Il a également besoin de cette nourriture spirituelle qui élève l’âme, adoucit les mœurs, humanise les rapports humains et concoure par là au progrès de la société : la culture ; et la culture sous toutes ses formes. Le MFAO doit ainsi avoir en son sein ses écrivains, ses peintres, ses sculpteurs, ses musiciens, ses sportifs de haut niveau… La culture est une des dimensions essentielles de la transformation et du progrès des sociétés.

Tous ces objectifs montrent que le MFAO ne peut pas être l’affaire d’une seule personne, d’une seule organisation associative, d’un seul parti politique. Il est, et il doit être l’affaire de tous. Quiconque aspire au changement démocratique peut y trouver sa place, et contribuer par sa volonté et sa détermination à en faire le vaste mouvement d’envergure nationale qu’il doit être pour pouvoir réaliser ses objectifs au profit de tous.

C’est pour devenir ce vaste mouvement d’envergure nationale que le MFAO se propose comme une alliance nationale, alliance de personnes individuelles, d’organisations associatives, d’organisations religieuses, d’organisations syndicales, d’organisations de la diaspora togolaise, de partis politiques... Le dénominateur commun de toutes ces composantes de l’Alliance Nationale pour le MFAO, autrement dit ce qui les réunit, les maintient ensemble, donne au mouvement sa force et sa capacité de pression, est la volonté commune d’œuvrer ensemble pour créer dans le pays les conditions de l’instauration d’un système démocratique à la place du régime de dictature militaire.

IV- Le MFAO et la CDPA-BT

La nature spécifique de la situation politique créée par le régime de dictature et la transformation de la lutte pour la fin du régime en une lutte entre partis d’opposition pour le pouvoir ont fini par donner à l’opinion togolaise une manière particulière de voir la politique et le rôle des partis d’opposition dans la société. Ainsi par exemple, on comprend mal dans le pays qu’un parti d’opposition choisisse de se mettre à l’écart de la course concurrentielle entre partis d’opposition pour le pouvoir dans les conditions actuelles de la vie politique togolaise. Et l’on comprend encore moins qu’il propose aux partis d’opposition d’accepter, par une volonté commune, de réinsérer la masse de la population dans le processus politique pour renforcer l’opposition.

Dans un tel climat, la relation MFAO/CDPA-BT ne peut pas ne pas présenter des confusions et des ambigüités et, au-delà, susciter des suspicions. Il importe donc d’apporter quelques éléments de clarification pour permettre à tous ceux qui s’intéressent au MFAO d’une manière ou d’une autre de se faire une opinion peut-être plus juste des relations entre le Mouvement et la CDPA-BT.

1- Un besoin de recentrer la lutte d’opposition pour la démocratie

Désemparés par la violence d’Etat déployée par le régime à partir de décembre 1991 pour reconquérir le pouvoir, le courant dominant de l´opposition a dévié la lutte d’opposition de sa voie originelle en lui donnant une orientation électoraliste. Dès février 1992, il s’est ainsi engagés dans une précampagne électorale intempestive, que le régime va impitoyablement étouffer dans l’attentat de Soudou. Entretemps, Koffigoh, qui avait rejoint armes et bagages le camp du régime, avait exclu la population du champ politique en interdisant les manifestations populaires.

La CDPA-BT a alors estimé qu’il est nécessaire de recentrer la lutte en faisant de l’abolition du régime de dictature un préalable par rapport à la compétition des partis d’opposition entre eux pour le pouvoir d’une part, et de l’autre en se donnant les voies et moyens pour réinsérer la masse de la population dans le processus politique. Elle a ainsi commencé à proposer aux partis du courant dominant de l’opposition d’abandonner provisoirement la course concurrentielle pour le pouvoir, et de se mettre ensemble, avec toutes les forces démocratiques du pays, pour réaliser ces deux objectifs prioritaires.

C’est en effet la condition sine qua non pour rendre possible l’abolition du régime de dictature, abolition sans laquelle la prise du pouvoir par quelque parti que ce soit est impossible, de même que l’instauration et le fonctionnement normal des institutions démocratiques. C’est le sens de la charte d’alliance proposée par la direction de la CDPA-BT aux autres partis d’opposition dès décembre 1992.

Devant les déboires répétés de l’opposition à partir de 1993, la CDPA-BT a continué d’insister sur la nécessité de remettre la masse de la population dans la balance aux cotés des partis d’opposition pour créer les conditions d’un renversement du rapport des forces au profit de l’opposition entière.

Dans cet esprit, elle a produit une brochure dans laquelle elle a souligné la nécessité et l’intérêt de renforcer le front de l’opposition en faisant émerger de la masse de la population une force alternative capable d’amener l’ensemble des opposants, sans considérations partisanes, à s’organiser pour se mettre en mesure de faire des pressions conséquentes sur le régime. Intitulée “Une Force Alternative d’Opposition pour mettre un terme à la dictature et instaurer la démocratie au Togo”, cette brochure a été distribuée à tous les partis d’opposition, aux organes de la presse indépendante et à nombre de personnalités choisis pour l’intérêt qu’elles portaient alors au processus de démocratisation.

Mais à partir du moment où la proposition n’allait pas dans le sens de l’orientation électoraliste imprimée à la lutte à partir de février 1992 et qu’elle ne s’est pas inscrit pas dans la logique de la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir tout de suite, les autres partis, ceux notamment du courant dominant de l’opposition, ont constamment manifesté une réticence parfois agressive pour les uns, et pour d’autres un mépris souverain. La presse privée, à quelque rare exception, a réagi de la même manière.

2- De la Force Alternative d’Opposition au Mouvement de la Force Alternative d’Opposition

Pour ne pas laisser la proposition en jachère, la CDPA-BT s’est vue obligée de démarrer seule la campagne pour l’émergence de la Force Alternative d’Opposition (FAO) et de la conduire jusqu’en 2005. Ne voyant toujours rien venir, nombre de ceux qui se sont laissé convaincre au cours de la campagne se sont mis à douter de la pertinence de la proposition à partir de 2003. La CDPA BT s’est ainsi trouvée, une fois de plus, dans l’obligation d’aller plus avant dans la réflexion. Au bout de 18 mois de travail, une commission ad hoc a donné un contenu politique plus concret et plus visible au concept de la FAO. Elle a ainsi proposé la création d’un mouvement citoyen d’envergure nationale, le MFAO (Mouvement de la Force Alternative d’Opposition). Le profil du Mouvement, sa structure, ses objectifs et les modalités de son fonctionnement sont définis dans le “Document MFAO”.

Pour montrer que l’idée est réalisable, la CDPA-BT a commencé, toujours seule malheureusement, à faire créer à partir de 2008, et à titre expérimental, des Associations MFAO telles qu’elles sont prévues dans le “Document MFAO”. Ce sont les représentants des Associations créées à partir de ce moment qui se sont réunies en Assemblée constitutive du MFAO le 16 mai 2009 à Lomé.

Aujourd’hui, une grande partie de l’opinion togolaise ne manifeste plus de scepticisme à l’égard de la proposition, tandis que beaucoup, à l’intérieur comme dans la diaspora, placent désormais un espoir dans le Mouvement.

3- Des questionnements et des éléments de réponse

Ce parcours, qui a conduit de la FAO au MFAO, soulève naturellement des questions sur les rapports entre le Mouvement et la CDPA-BT. On se contentera de relever certaines de ces interrogations et d’apporter quelques éléments de réponse.

Pourquoi la CDPA-BT a-t-elle sans cesse prôné la nécessité de l’émergence d’une force alternative d’opposition sous la forme d’un mouvement citoyen d’envergure nationale ? Pourquoi est-elle le seul parti d’opposition à faire campagne pour la FAO et pour le MFAO ? Pourquoi le courant dominant de l’opposition est-il jusqu’à présent réfractaire à l’idée ?

Une fraction de l’opinion togolaise, qui s’est au demeurant tenu à l’écart du travail politique concret, trouve que l’opposition a épuisé toutes les possibilités offertes par la lutte politique. Elle estime que le régime ne connaît que la violence, et qu’à la violence il faut répondre par la violence. Elle se positionne ainsi pour la lutte armée, tout en laissant le sentiment de mal maitriser les conditions politiques, sociales, diplomatiques, stratégiques d’une telle lutte. Et elle donne le sentiment de ne pas prendre en compte les particularités de l’environnement actuel.

Par ailleurs, certains estiment que la CDPA-BT a ficelé toute seule l’idée du MFAO avant d’appeler à s’y rallier et fondent leur réticence sur cette fausse assertion. D’autres se demandent si le Mouvement n’est pas tout simplement un cheval de Troie, que la CDPA-BT enfourche pour parvenir au pouvoir. Certaines personnes se demandent si la CDPA-BT ne risque pas de perdre son identité de parti d’opposition en appelant à une vaste alliance pour la construction d’un mouvement citoyen ? D’autres encore s’inquiètent de voir les partis d’opposition et les organisations associatives, que la CDPA-BT souhaite voir entrer dans l’Alliance Nationale pour le MFAO, perdre leurs âmes dans le Mouvement au profit du “parti de Gu-Konu” …

On ne peut pas inventorier ici toutes les questions. Mais la majeure partie d’entre elles expliquent les réserves, parfois des réticences à l’égard du MFAO. Si on ne peut pas répondre à toutes ces questions dans le cadre de cette communication, il importe néanmoins d’apporter quelques éléments de réponse. Ils permettront certainement d’amorcer un débat fructueux pour rapprocher les positions. On peut les regrouper en quatre points :

1- La CDPA-BT ne s’identifie pas au MFAO et inversement. La CDPA-BT est un parti d’opposition. Elle vise des objectifs politiques dont le prioritaire est la fin du régime de dictature, pour rendre possible l’instauration de la démocratie dans le pays. Elle donne la priorité à cet objectif à partir d’une conviction forte : tant que le régime de dictature se maintiendra et continuera de contrôler tout le pouvoir comme cela se passe encore aujourd’hui, aucun de ces partis d’opposition, qui se battent entre eux pour le pouvoir, ne pourra y accéder. Et si l’un quelconque d’entre eux y accède à tout hasard, il ne pourra l’exercer que s’il est soutenu par une force organisée de tous les opposants, sans considérations d’appartenance partisane. Dans tous les cas, la CDPA-BT ne se confond pas avec le MFAO. C’est un parti politique. Elle le reste et elle le restera.

2- Même si l’idée du MFAO a germé par hasard au sein de la CDPA-BT, ce parti ne réclame nullement la paternité du Mouvement. Il ne le fait pas parce que la réalisation des objectifs du MFAO requiert la disponibilité et la participation de tous ceux qui se réclament de l’opposition démocratique. Aucun parti d’opposition ne peut s’approprier un Mouvement citoyen dont le destin s’inscrit dans le rassemblement de tous les opposants, sans autre critère que celui de leur volonté commune de se mettre ensemble pour réaliser cet objectif d’intérêt général.

La CDPA-BT continue donc de proposer que le MFAO soit une alliance solide d’individus, d’organisations associatives, d’organisations religieuses de toutes sortes, de formations syndicales démocratiques, de formations politiques opposées sans ambigüité au régime de dictature. C’est sous cette condition seulement que le MFAO pourra être ce mouvement d’envergure nationale, et donc indépendant de toute formation politique particulière. La fin de la dictature d’abord, et tout sera donné de surcroît.
3- Si la CDPA-BT est restée jusqu’à présent le seul parti politique à s’intéresser au MFAO et à se consacrer depuis des années à sa création et à son organisation, c’est parce que sa vision du processus de démocratisation et de l’avenir du Togo est différente de celle des autres partis, les partis du courant dominant de l’opposition notamment.

On ne prend pas le pouvoir à un régime de dictature en se prévalant seulement d’être un opposant historique ou le plus grand des opposants. Dans les présentes conditions de la vie politique togolaise, un parti politique seul ne peut pas prendre le pouvoir à un régime de dictature qui n’entend pas le lâcher. Une opposition à un régime de dictature ne peut pas prendre le pouvoir sans préalablement travailler pour mettre la masse de tous les opposants en mesure de jouer le rôle historique qui leur revient dans la lutte contre l’oppresseur. On ne parvient pas à mettre fin à un régime de dictature en voulant “partager” ou “négocier” le pouvoir avec lui. Ce sont là des convictions fortes.

Mais la CDPA-BT estime par-dessus tout que si les partis du courant dominant l’opposition, ceux notamment qui posent ou entendent poser leur candidature pour 2010, sont rétives à l’idée de faire émerger de la masse de la population opprimée une force organisée pour rendre l’opposition plus forte, c’est parce qu’ils ne perçoivent pas encore clairement l’intérêt du MFAO pour eux-mêmes et pour le pays. En conséquence, la CDPA-BT ne perd pas l’espoir de les amener à comprendre cet intérêt. Elle continuera d’expliquer, d’expliquer encore, de continuer de convaincre. Il est évident que ce pari sera d’autant plus facile à gagner que tous ceux qui ont déjà compris l’intérêt du Mouvement pour le pays s’investiront réellement dans cette tâche commune.

4- Enfin, et ceci pour mieux clarifier encore la relation MFAO/CDPA-BT. Voici plus de dix ans que la CDPA-BT consacre l’essentiel de son temps et de ses moyens à la préparation des conditions de l’émergence et du bon fonctionnement du MFAO. Elle le fait aux dépends de la réalisation de ses propres objectifs de parti politique, parce qu’elle a la conviction que l’édification de ce Mouvement sous la forme proposée (ou sous une autre forme) est un préalable indispensable au succès du processus de démocratisation.

En conséquence, le grand souhait de la Direction du Parti est que le lancement du Mouvement par la tenue de son prochain Congrès constitutif se fasse dans les meilleurs délais, pour permettre à la CDPA-BT de se libérer, afin de pouvoir se consacrer à la réalisation de ses propres objectifs de parti politique.

V- Le MFAO et les élections de 2010

L’opposition togolaise est plus que jamais polarisée par les élections de 2010. Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui cherchent à savoir la position du MFAO sur ces élections. Une réflexion sur le mouvement ne peut donc pas faire l’impasse sur cette question.

Mais pour amener l’opinion à mieux comprendre les positions qui vont suivre, il importe de jeter un coup d’œil en arrière pour revoir le film des élections présidentielles au Togo, au moins depuis 1998.

1- Que s’est-il passé jusqu’à présent à la veille de chaque présidentielle ?

Depuis 1998 surtout, les élections présidentielles ont toujours mobilisé l’opinion. A la veille de chaque scrutin de ce type, on voit des mouvements surgir de partout. Surtout dans la diaspora. Les initiatives foisonnent sous toutes les formes possibles. La “Coordination des Forces de la diaspora” (CFD) avec sa proposition d’un “Sommet de l’opposition démocratique” à la veille des présidentielles de juin 1998 est un exemple type de ces genres d’initiatives. Le “Sommet” devait se tenir à Wurzburg en Allemagne du 13 au 15 décembre 1997. Dans le document d’orientation du “Sommet”, on s’est fixé pour objectif de regrouper les “ténors de l’opposition démocratique”, de créer entre eux “les conditions minima d’esprit de confiance”, de les amener à ressentir la “nécessité d’un travail collégial”…

Mais on peut donner aussi l’exemple plus récent de “Synergie-Togo”, qui s’est constitué à Paris, lors d’une Conférence fondatrice le 14 février 2009, sur la base d’une plateforme axée sur le triptyque “mieux voter, bien compter, vrai restituer”. La ressemblance entre les deux initiatives est d’ailleurs fort frappante, puisque la CFD aussi s’était affirmée comme “une synergie de plusieurs associations, mouvements et partis politiques représentés en Allemagne”.

A l’occasions de ces élections, les Togolais pris dans ces initiatives mettent volontiers la main à la poche, surtout dans la diaspora, pour soutenir chacun son candidat de l’opposition contre les autres candidats de l’opposition, ou pour soutenir des “Coalitions” hétérogènes dans lesquelles les chefs de parti impliqués n’hésitent pas, au nom de la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir, à se mettre réciproquement de méchantes peaux de banane, ou à sortir du groupe dès le lendemain de la fermeture des bureaux de vote pour aller rejoindre le régime et le servir afin de jouir en retour d’une parcelle du pouvoir dictatorial. Le cas de la “Coalition des Six” est remarquable de ce point de vue.

Dans cet engouement pour les élections, les organisations qui se montent à la hâte et plus souvent pour le court terme disparaissent au lendemain des scrutins. Elles ne se réunissent même plus pour tirer les leçons de leurs actions, ou pour rendre des comptes de façon systématique à ceux qu’ils ont toujours hâtivement agglomérés pour la circonstance. Et tout le monde attend dans l’amertume et la désillusion jusqu’à la prochaine fois. Pendant ce temps, le régime, lui, continue de se maintenir au pouvoir et de gouverner.

Que les Togolais se mettent à prendre ainsi des initiatives tout azimut à la veille de chaque élection présidentielle n’est pas une mauvaise chose en soi. Au contraire, ce comportement politique révèle au sein de la société l’existence d’un gisement de force politique potentielle susceptible de faire l’objet d’une mobilisation responsable. Mais il faut reconnaitre qu’il s’est agit plus souvent d’initiatives désordonnées, d’improvisations mues plus par le cœur que par la tête, des initiatives qui ne semblent pas toujours s’appuyer sur une réflexion politique mature et approfondie. Dans tous les cas, ce sont des initiatives éphémères, qui ne survivent pas aux élections et qui renaissent à chaque fois à la veille du scrutin suivant. Elles donnent ainsi le sentiment d’un recommencement perpétuel. Il est vivement souhaitable que “Synergie-Togo”, ne succombe pas au même destin.


2- “On ne boycotte pas les élections”

On a toujours entendu cette affirmation à la veille de chaque élection présidentielle. Elle a fortement marqué la pratique politique des partis du courant dominant de l’opposition tout au long du processus de démocratisation. Et ces partis ont largement contribué à l’enraciner dans l’opinion togolaise.

De retour de Ouaga II, les leaders qui ont participé aux négociations dans la capitale burkinabé à la veille des élections de 1993 avaient bien avoué à la réunion de Cotonou que les résultats ne sont pas favorables à l’opposition. Mais ils ont néanmoins conclu qu’il faut pourtant aller aux élections. C’est dans cet esprit qu’ils sont allés choisir Kodzo Edem, alors président de l’UTD, comme candidat unique. Il a démarré sa campagne électorale sous le signe du coq, puis s’est retiré deux semaines après, abandonnant ainsi le terrain à Eyadema.

Quelques mois avant les présidentielles de juin 1998, il était évident que la Cour constitutionnelle mise en place par le régime en janvier 1997 allait entériner les résultats malgré la fraude massive que le régime préparait au grand jour. La majorité des partis d’opposition réunis dans le “Groupe des 8” pouvait réagir par un mot d’ordre de boycott actif en posant comme condition de sa participation la recomposition de la Cour et en mobilisant la population sur la base de cette exigence. Mais puisqu’“on ne boycott pas les élections”, des leaders opposants se sont portés candidat malgré tout, et se sont mis en campagne en appelant, chacun de son côté, la population à se rendre massivement aux urnes.

Après le tripatouillage de la constitution de 1992, le régime fit adopter de façon unilatérale la constitution de 2002 (décembre 2002) qui imposait désormais le scrutin à un tour. A partir de ce moment, il est devenu évident que les présidentielles de 2003 seraient plus que jamais une simple formalité de reconduction d’Eyadema au pouvoir. A cette occasion, un parti d’opposition déclarera même le 13 janvier 2003 qu’il est inutile d’aller aux élections présidentielles dans ces conditions. Huit jours après cette prise de position tout à fait justifiée, des partis du courant dominant de l’opposition vont pourtant se porter candidats et se mettre en campagne, chacun appelant la population à voter massivement pour lui contre les autres partis d’opposition. “On ne boycotte pas les élections” !

“On ne boycotte pas les élections” ? L’idée vient en fait de l’étranger. Elle fait partie des conseils prodigués dès 1992 par certains partis politiques européens aux partis d’opposition. Les partis du courant dominant se sont d’autant plus facilement approprié ces conseils qu’ils ont imprimé à la lutte pour la démocratie une orientation électorale et admis le principe de la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir par la voie des urnes. On ne peut pas se rabattre sur les élections comme l’unique voie d’accéder au pouvoir et boycotter les élections.

Mais il faut ajouter un fait qui va profondément marquer la pratique politique des partis de ce courant à partir de 2002. Convaincus qu’ils ne pourront jamais prendre le pouvoir à Eyadema par la voie des urnes dans les conditions où se déroulent les élections, ces partis n’allaient même plus aux urnes pour prendre le pouvoir, mais avec une farouche détermination de se comparer entre eux afin que l’opinion sache lequel est le plus grand parmi eux.

L’objet principal de la compétition électorale n’est plus ainsi de prendre du pouvoir, mais de se mieux positionner pour revendiquer le droit de définir seul la politique d’opposition à conduire, de “négocier le pouvoir”, de rassembler autour de soi, d’être pris pour le seul interlocuteur face au régime ou face à la “Communauté internationale”...

Dans des pays comme la France, l’Allemagne, la Grande Bretagne, les Etats-Unis… le principe de ne pas boycotter les élections est peut-être concevable parce que l’organisation des élections est soumise à des lois et à des règles admises par tous. Qu’un militaire s’empare de l’urne dans un bureau de vote et se mette à courir vers une destination inconnue est inimaginable dans ces pays démocratiques. L’alternance au pouvoir par la voie des urnes est possible dans ces conditions.

Dans un régime de dictature comme celui en vigueur au Togo, où les détenteurs du pouvoir passent par tous les moyens pour le confisquer, y compris par la violence d’Etat, les élections n’ont d’autres fonctions que la reconduction et la légitimation du régime pour empêcher l’alternance politique. Dans de tels régimes, le principe selon lequel “on ne boycotte pas les élections” ne devrait pas être accepté comme une vérité biblique par les partis d’opposition. Au contraire, pour une opposition démocratique ainsi privée de toute possibilité d’alternance politique par les élections, le boycott devient une nécessité, parce dans ces conditions il devient une forme d’expression politique. Sa pratique intelligente peut être un facteur de mobilisation populaire. Il peut créer des situations inattendues susceptibles d’ouvrir de nouvelles perspectives d’action aux partis de l’opposition.

3- Le MFAO et l’échéance de 2010

Pour la Coordination Provisoire du MFAO, ces faits relatifs aux élections tel qu’elles se sont déroulées au Togo depuis 1993 constituent une somme d’expériences dont il faut tenir compte, si l’on ne veut pas reproduire les mêmes situations, créer les mêmes désillusions, provoquer les mêmes drames, s’embourber dans les mêmes contradictions au profit du régime en place. Sur la base de cette somme d’expériences, la position du MFAO à l’égard des élections de 2010 peut être résumée en cinq points.

1- Un rappel pour commencer : Le MFAO est un mouvement dont tous les membres acceptent de se mettre ensemble pour se donner une organisation de nature à créer les conditions de l’abolition du régime de dictature, et contribuer efficacement à l’instauration, à la consolidation et à la défense des libertés démocratiques dans le pays. Ces conditions ne naissent pas de vœux pieux, de souhaits ou de recommandations que le régime écoute dans la logique des “chiens aboient, la caravane passe !”. Elles naissent quand une organisation de masse engage résolument des actions concrètes.

Compte tenu de sa nature et de ses objectifs, le MFAO ne peut donc pas se désintéresser des élections de 2010. La seule manière de participer à une élection n’est ni se porter candidat, ni aller voter. Le boycott d’une élection dont les conditions d’organisation et de déroulement ne font des urnes qu’une façon de légitimer un régime de dictature est aussi une manière de participer. A condition d’expliquer cette position à la population au cours de la campagne électorale, faisant ainsi du boycott un boycott actif.

Dans tous les cas, dès que les structures du Mouvement deviendront opérationnelles, il commencera à créer, dans le pays et dans la diaspora, les conditions susceptibles de contribuer au changement politique en 2010, même si l’état actuel du rapport des forces ne laisse pas en ce moment une grande marge de manœuvre à l’opposition.

2- Il appartiendra au Conseil National du MFAO d’apprécier, avec une grande lucidité, les conditions d’organisation et de déroulement des élections. Si elles sont conformes aux exigences d’une élection démocratique, le Mouvement exigera des partis d’opposition qui continuent de combattre le régime de dictature, de se donner au moins un candidat unique par une procédure démocratique.

Dans cette hypothèse, il mettra tout son poids dans la balance pour soutenir ce candidat unique de l’opposition démocratique, sans réserves ni marchandages. Dans le cas contraire, il apportera son appui au candidat opposant dont le programme politique lui paraît répondre le mieux aux aspirations de la masse des opposants.

3- La direction du MFAO et les membres du Mouvement feront l’effort requis pour ne pas se laisser entraîner dans l’engouement que suscitent en ce moment l’échéance de 2010, et qu’on a vu à la veille des présidentielles précédentes depuis 1993.

Rien dans la situation politique actuelle ne permet de dire à priori que le scrutin de 2010 conduira à l’alternance politique. La constitution de 2002 avec le scrutin à un tour et la non limitation du nombre de mandat présidentiels est toujours en vigueur. Les réformes constitutionnelles et institutionnelles requises pour permettre le changement politique ne sont pas faites. Et rien ne permet d’affirmer que le régime prendra les mesures nécessaires pour qu’elles soient faites avant la tenue des élections. Au contraire, l’état actuel du rapport des forces au Gouvernement, à l’Assemblée et dans le pays laisse, comme par le passé, de grandes marges d’action au régime et à son parti. Ils peuvent ainsi faire tout ce qu’ils veulent pour continuer de se maintenir après 2010. La fixation de la date du scrutin entre février et mars 2010 est un fait significatif dans ce sens. Sans doute l’échéance pourra-t-elle être repoussée par la force des choses. Mais tout indique que ce report éventuel dépendra avant tout de la seule volonté du régime et de son parti.

De l’autre coté, l’opposition entière continue d’être affaiblie par les rivalités pour le pouvoir au sein de ce qui reste du courant dominant de l’opposition. La tendance tenace à réduire l’opposition à la seule opposition parlementaire n’arrange pas les choses. Dans la situation politique présente et compte tenu des enjeux du scrutin de 2010, la meilleure stratégie électorale n’est certainement pas la volonté de chaque parti de tenter de rassembler autour de son candidat, ou d’engager des séries de négociations occultes en vue du partage de la peau de l’ourse qui n’est pas encore tué.

Face à ce scrutin de 2010, l’opposition démocratique n’a des chances d’avancer qu’en s’appuyant sur une bonne organisation et une mobilisation responsable de la masse de tous les opposants sans considérations d’appartenance partisane.

4- L’intérêt porté aux élections de 2010 par le MFAO impose de poser les problèmes politiques du pays dans des termes justes. C’est la seule condition pour trouver des approches de solution et éviter la fuite en avant perpétuelle. Depuis 1993, les Togolais ont toujours voté massivement contre le régime d’Eyadema. Et depuis 1998 au moins, ils ont toujours voté en majorité pour l’UFC. Mais ce parti n’est jamais parvenu à prendre le pouvoir. Ce fait n’est pas particulier à l’UFC. Tout autre candidat de l’opposition qui recueillerait la majorité des voix serait confronté à la même difficulté.

C’est là le vrai problème de la situation politique togolaise. Il concerne l’opposition toute entière. Il ne se réduit pas au “Mieux voter” ou au “Bien compter”. Bien entendu, il faut toujours améliorer ses performances. Mais le constat appelle deux questions essentielles et complémentaires : D’abord, “pourquoi le candidat de l’opposition, qui recueille la majorité des voix aux élections, ne parvient il jamais à prendre le pouvoir” ? Ensuite, “comment faire pour que le régime en place ne continue pas de ‘voler’ à chaque fois la victoire de l’opposition” ?

La réponse à ces deux questions renvoie à l’état du rapport des forces Opposition/Régime, et à la capacité d’organisation de l’opposition. Si un candidat opposant pour lequel la population “vote bien” ne parvient pourtant pas à prendre le pouvoir, c’est parce que le rapport des forces est en faveur du régime. Pour que le régime ne continue pas de “voler” la victoire de l’opposition toute entière, il faut que celle-ci s’organise mieux pour se mettre en mesure mettre le rapport des forces en sa faveur. Elle ne peut y parvenir qu’en devenant plus forte face au régime. Et la seule manière pour elle de le devenir est de bâtir ensemble, sans considérations d’appartenance partisane, une organisation capable de peser dans la balance. On retrouve ainsi la même exigence : Faire émerger de la masse des opposants une force alternative capable de faire une pression organisée et soutenue sur le régime.

5- Enfin, dans la vision du MFAO, il ne suffit pas de prendre le pouvoir d’Etat. Il faut être en mesure de l’exercer pour réaliser le changement politique. La nature du régime et la profondeur historique de ses racines dans la société togolaise sont telles qu’un gouvernement de l’opposition ne peut conserver et exercer le pouvoir qu’en prenant fermement appui sur une organisation sérieuse et durable de la masse de tous les opposants.

Pour cette raison, le MFAO ne peut pas borner sa vision par les élections de 2010. Son horizon va bien au-delà. Car, l’existence du Mouvement ne se justifie pas seulement par la tâche qu’il se donne de contribuer à créer les conditions susceptibles de rendre possible le changement politique. Si le régime de dictature ressort encore des urnes en 2010 identique à lui-même, le MFAO devra continuer de renforcer sa capacité à créer les conditions du changement politique. Si c’est un candidat opposant qui prend le pouvoir après cet échéance, le Mouvement devra continuer d’exister et de renforcer sa capacité de pression afin de pouvoir contribuer à la création et à la mise en œuvre des institutions démocratiques, et jouer vis-à-vis du gouvernement de l’opposition le rôle d’un garde-fou. Il faut que les citoyens empêchent la prostitution de la démocratie et le retour d’un autre régime de dictature. Le MFAO doit donc survivre aux élections de 2010.

Conclusions

Faut-il conclure cette réflexion sur le “MFAO et la transformation démocratique de la société togolaise” ? Certainement pas. Car, il est souhaitable de laisser la porte ouverte pour que la réflexion se poursuive et s’enrichisse autant que possible. En conséquence, on se contentera de réaffirmer deux idées essentielles.

En premier lieu, la transformation démocratique de la société togolaise n’est pas et ne sera pas une tâche facile, même dans l’hypothèse de la prise du pouvoir par l’opposition après les élections de 2010. Elle requiert l’existence dans le pays d’un vaste mouvement citoyen, permanent, bien structuré, capable par sa vision, son organisation et sa cohérence, de créer les conditions susceptibles, non seulement de rendre possible le passage du régime de dictature à un régime démocratique, mais aussi de suivre attentivement le processus de transformation de la société togolais en une société démocratique.

En second lieu, la démocratie est une conquête permanente ; une conquête de chaque jour. Elle exige une mobilisation permanente du citoyen pour continuer d’être et de fonctionner, en vue de permettre la création de richesses pour la prospérité de tous.

 
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