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Mardi, 7 Septembre 2010
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Gnininvi, Adouayom… : mia woe zon, gabitè !




Démission fracassante? Acte de courage politique et historique ? Gesticulations ? Effet d’annonce ? Ou simplement calculs égoïstes ?

Dans tous les cas, en ces moments où le plus important et le plus urgent me paraissent de refaire ou plutôt de faire véritablement l’unité de l’opposition, il est inopportun de se livrer à des critiques non constructives, pire, au sarcasme ou à des invectives contre ces deux hommes que beaucoup de Togolais, par le passé avaient estimés et respectés.

La question ne se pose pas de savoir si et comment ils vont retrouver cette estime et ce respect. La question est de savoir comment ils vont, eux-mêmes, s’y prendre pour les retrouver, car, il ne faut pas se voiler la face, beaucoup de Togolais, parmi lesquels des membres de la CDPA, avaient trouvé inadmissible qu’ils soient entrés au service de Celui-Qui-A-Fait-Massacrer-Deux-Mille-Togolais-Pour-Accéder-A-La-Présidence-De-La-République ( c’est le titre qu’on devrait lui décerner, un peu à la manière de Mobutu-Sese-Seko-Kuku-Gbendu-Waza-Banga ! Il est de la famille.)

D’aucuns disent que ventre rempli, retraite ministérielle assurée, les deux hommes de la CDPA ont surtout voulu tirer leur épingle du jeu en y laissant le moins de plumes possible. L’exemple d’autres Togolais qui avaient servi le régime puis s’étaient retrouvés comme des écorces d’oranges qu’on a jetées après en avoir pressé le jus les hantait peut-être depuis bien des années.

D’autres insinuent même que Léopold Messan Gnininvi et Martin Messan Adimado Adouayom sont en mission commandée, désormais au sein de l’opposition, tout comme ils ont été, de 2006 à ce jour, en service au sein du gouvernement.

Il s’agirait pour eux de brouiller les cartes à la veille des élections, un peu comme des opposants avaient brouillé les cartes à la veille de la présidentielle de 2005, notamment en désignant Bob Akitani, sachant bien que même s’il gagnait, le pouvoir ne lui serait pas remis ou si le pouvoir lui était remis, il lui serait impossible de diriger le pays, non seulement à cause de son grand âge, mais surtout à cause d’un contexte politique national et international complexe qui ne le lui permettrait pas, aucune préparation préalable n’ayant été faite à ce sujet.

Rien, en effet, ne permet aux deux ex-ministres issus de la CDPA d’affirmer que leur départ du gouvernement n’a pas été négocié. Quels seraient, si c’était le cas, les termes de cette négociation ?

Mais, de notre côté, rien ne nous permet non plus, de faire un procès d’intention aux deux responsables de la CDPA. Je l’ai dit plus haut : la question est de savoir comment ces deux hommes vont s’y prendre pour retrouver une place qu’ils avaient perdue depuis longtemps dans le cœur des Togolais.

Nous pouvons néanmoins examiner les dires des uns et des autres, les déclarations faites après la démission, du côté du pouvoir comme du côté des démissionnaires.

Si nous prenons le communiqué de la Présidence de la République, il est naturellement vide de tout sens. « Tout en regrettant…le Président de la République a accepté la démission… », nous dit-on. Vide de sens, commentons-nous, puisque nous savons que dans la réalité, il ne regrette pas grand-chose : la caution de Gnininvi pour donner une apparence d’ouverture et même un petit badigeon de légitimité à son pouvoir a déjà fait l’effet escompté. En outre, la division au sein de l’opposition, conséquence de ce que beaucoup d’opposants ont décrié comme une trahison était consommée et est encore une réalité aujourd’hui.

C’est peut-être l’ex-ministre d’Etat qui, en son âme et conscience, devrait se mordre le doigt, regretter d’avoir dit oui à Faure Gnassingbé en 2006, d’avoir même signé l’APG, car le vrai déclin est parti de là, et surtout, de s’être lancé dans une envolée poétique sur le chemin qui le conduisait à la chambre à coucher de Faure Gnassingbé en 2007, lors de la passation des pouvoirs entre Zarifou Ayeva et lui, en tant que ministre des Affaires Étrangères.

Vide de sens également et grandiloquent le discours sur l’ouverture, la tolérance, les élections dans la transparence, le climat de sérénité et les retrouvailles fraternelles après la confrontation loyale etc. Pour tenir un tel discours, il faut n’avoir pas été, comme Faure Gnassingbé, le champion de l’étroitesse d’esprit, celui qui croit que la présidence du Togo doit forcément revenir à sa famille parce que son père a eu la merveilleuse idée d’assassiner le premier président de la République en 1963. On serait encore tenté d’y croire s’il n’avait pas d’abord lui-même, comme son père, perpétré un coup d’Etat, puis ordonné des massacres et dirigé personnellement l’organisation de la fraude et la proclamation de faux résultats…Enfin, passons !Puisque Faure Gnassingbé n’a rien d’intéressant à nous dire.

D’ailleurs, la rhétorique tortueuse de cet homme a-t-elle jamais intéressé tout Togolais quelque peu instruit de ses actes, du contexte dans lequel il évolue et des visées du système qu’il préside aujourd’hui après son père ?

Plus intéressante peut-être, est la déclaration de Léopold Gnininvi, notamment sur RFI : « il y a un temps pour les réformes et un temps pour prendre sa liberté de militant de son parti ». Ce sont des paroles de sagesse ! Paroles de savant ! Une sentence que même Salomon, le plus sage des hommes de tous les temps et auteur présumé du livre de l’Ecclésiaste, aurait enviée au Secrétaire Général de la CDPA.

Nous espérons seulement que le savant togolais mettra sa sagesse et son talent désormais au service des réformes, non seulement au sein de la CDPA, mais surtout au sein de toute l’opposition qui en a grand besoin. C’est à cela que nous pouvons l’inviter.

Sur ce plan, puisque c’est lui qui, quittant l’opposition comme on part temporairement en voyage avec l’intention de revenir à la maison quand le temps fixé arrivera, doit nous raconter son odyssée, nous conter « amania », dit-on chez nous, nous relater tout ce qu’il est allé faire au sein du pouvoir RPT, ce qu’il a vu et entendu, les leçons que nous pouvons tirer de cette expérience enrichissante.

L’insistance dans la présentation du parti de Gnininvi sur son appartenance à l’opposition nous réjouit. Cela signifie que, même étant au gouvernement RPT, MM. Gnininvi et Adouayom n’avaient cessé de penser à la Maison Opposition, à sa misère, à son état de délabrement, à son impuissance pour réaliser le projet dont l’esprit nous avait tous animés dans les années 90, au plus fort de la lutte pour la démocratie. Ils le feront lors du congrès de la CDPA annoncé par le Secrétaire Général, je l’espère, puisque l’on considère ce parti comme regorgeant d’intellectuels et que ce qui caractérise avant tout l’intellectuel, c’est précisément l’honnêteté intellectuelle.

Ils le feront aussi, toujours par honnêteté intellectuelle, notamment sous forme d’autocritique, d’autant plus qu’ils doivent reconnaître leur responsabilité dans l’état peu reluisant actuel de notre opposition.

Il y a, peut-être, juste un petit mensonge quand Gnininvi parle, sans trop de nuance de réformes, comme s’il y en avait réellement eu, faites par le gouvernement auquel il avait appartenu : les réformes du RPT sont orientées vers la conservation du pouvoir par le clan Gnassingbé. Gnininvi, heureusement pour lui, n’est plus aujourd’hui dans l’obligation de soutenir le contraire.

Ces réformes n’ont rien changé quant à la nature clanique du pouvoir : une petite preuve en est qu’en 2009 comme en 92, pour résoudre la crise permanente, chronique du Togo, il faut toujours remonter à papa Compaoré. Sans ironiser, entre 92 et 2002, il y a juste une permutation des chiffres 9 et 2. Tiens ! il y a du nouveau en 2009 : entre 2 et 9, il y a deux bons zéros !Zéro, le résultat de l’accord signé par Gnininvi lui-même en 92. Zéro, le résultat de l’accord signé en 2009 que Gnininvi a justement, nous l’en félicitons, dénoncé.

Est-ce peut-être de là qu’est partie sa nouvelle prise de conscience de la nécessité de retrouver sa liberté ?
Notre espoir est que chaque Togolais un jour arrive à cette prise de conscience.

Si cette nouvelle liberté de Gnininvi est réelle et totale, nous devrons le savoir dans les jours, les semaines, les mois qui viennent : le professeur de mathématiques et de physique nous démontrerait peut-être que ces zéros contiennent quelque chose de concret pour le peuple togolais, sinon il devrait avouer que c’est vraiment zéro, comme le comprend aisément le Togolais moyen qui ne s’y connaît pas dans ces mathématiques-là.

Et, il commet un autre petit mensonge (à moins que cela relève de son habileté de politicien) quand il dit que ce n’est pas suite à un désaccord avec Faure Gnassingbé qu’il quitte le gouvernement. En fait, le désaccord était là dès le départ, en 2006, quand pour la première fois il avait été nommé ministre d’Etat, du moins, un désaccord sur les orientations.

J’ai écrit il n’y a pas très longtemps, que « je vois mal des gens qui se réclament de la convention démocratique des peuples africains s’allier à un pouvoir que caractérise l’étroitesse d’esprit et de vue ». Et en 2006, à la suite de la formation du gouvernement d’Union nationale, j’avais écrit, en reprenant les paroles d’un personnage de Molière: « Que diable vont-ils chercher dans cette galère ? »

C’est que j’imaginais la gêne, au moins certains jours et certaines nuits sans sommeil, de ces hommes et de ces femmes qui professaient une idée généreuse et vaste, non seulement de la démocratie togolaise, mais aussi de la vision dont ils sont porteurs pour les peuples africains, leur gêne au sein d’une bande qui ne pense qu’à se remplir les poches au détriment des peuples et à le faire le plus longtemps possible.

Et pourquoi Gnininvi aurait-il eu besoin de prendre sa liberté s’il ne l’avait pas perdue en entrant au gouvernement RPT ?

Et pourquoi ce serait seulement maintenant qu’il la reprendrait alors que, Faure Gnassingbé vient encore de l’affirmer, pendant près de trois ans, il aurait travaillé au sein d’un gouvernement d’ouverture ? Drôle d’ouverture !

En privé, Gnininvi n’aurait-il pas déclaré qu’il se sentait comme dans un enclos à cochons, et qu’un jour, quand il ne pourrait plus y tenir, il donnerait un coup de pied à la clôture de cette porcherie pour s’en échapper?

L’enclos a donc dû être bien fermé pour l’empêcher de s’enfuir ! La métaphore m’a d’ailleurs inspiré ma nouvelle Phénomène de chiens et chien de phénomène publiée sur Togocity. Merci, Professeur ! Mais, le jour est arrivé ! C’était d’ailleurs prévisible à la dernière déclaration de Gnininvi qui tenait à affirmer que la CDPA n’était pas une aile marchante du RPT, mais un parti qui dérangeait. Ce parti dérangeait qui ?

Beaucoup de compatriotes avaient critiqué, voire tourné en dérision cette déclaration. Mais, il fallait attendre pour voir si elle serait suivie d’actes. Ne peut-on pas penser qu’aujourd’hui, ça y est, les actes commencent à venir ? En tout cas, nous attendons encore que cela se confirme. Si le gouvernement auquel il vient de claquer la porte est une porcherie, l’opposition togolaise, malgré son état de faiblesse actuelle, est tout sauf une porcherie.

En tout cas, on n’y trouve pas de son à manger. Pas de salaire, ni de privilèges de ministre. Même pas un salaire de planton. Au contraire, il n’y a que des souffrances, des risques quotidiens, l’exil, des sacrifices, pour les peuples, pour les générations futures.

Si c’est à cette opposition que Gnininvi, Adouayom et d’autres encore de la CDPA et de tous autres partis reviennent, je crois, je souhaite que ceux qui les avaient critiqués pour quelque collaboration que ce soit avec le régime leur disent dans toutes nos langues : « Mia woe zon, Gabitè, Aaatu !… ».

Bienvenue à la Maison en ruines de l’Opposition ! Et maintenant, reconstruisons-là ensemble ! Un dernier souhait : que ces hommes ne deviennent pas des « axuevemevi », vagabondant entre deux maisons. Ou plusieurs, qui sait ?

Sénouvo Agbota Zinsou

 
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