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Pourquoi faut-il rejoindre le Mouvement de la Force Alternative d'Opposition?
Tout est à repenser avec le MFAO auquel Emmanuel Gu-Konu nous appelle. Presque tout est à refaire, et à refaire avant qu'il ne soit trop tard. Lorsqu'on a subi quarante ans de régime Gnassingbé, et qu'on sait qu'actuellement aucune force n'est en en face de ce régime pour l'empêcher de se perpétuer, lorsque surtout on sait que ce régime, de jour en jour, nous conduit à la ruine économique, à l'impasse politique et à la déchéance morale, il n'y aucune compromission à faire avec lui. Il n'y a aucune autre solution que de devenir une force en face de lui.
Le professeur Emmanuel Gu-Konu, pédagogue expérimenté explique, de sa voix calme, posée, avec des gestes précis, sans excès, ni dans le ton, ni dans la gestuelle, sa vision du mouvement auquel il appelle à participer tous les Togolais et par par-delà les Togolais, les Africains qui souhaitent réellement le changement, un nouveau départ. J'ai en face de moi une force morale et intellectuelle, une force de persuasion. Je l'écoute et je suis captivé.
Je me demande tandis qu'il parle : pourquoi la majorité des Togolais n'écoute pas cet homme qui porte en lui la vision dont nous avons besoin? Cet homme qui avait mis en garde contre tous les faux accords (12,13?) signés par l'opposition togolaise avec le pouvoir Gnassingbé, et qui ne nous ont jamais conduits qu'à l'échec, aux massacres des populations, aux fraudes électorales, à la déception, au désespoir, à l'exil, à la misère économique, à l'absence d'un véritable Etat, d'une véritable nation, tandis que le système se perpétue, tandis que le clan Gnassingbé s'installe, presque définitivement, comme une monarchie héréditaire, atteint son but inavoué ? Cet homme qui n'a été compromis dans aucun de ces accords, aucun gouvernement sous Eyadema ou sous son fils. Est-ce, comme Jean-Baptiste, la voix de celui qui crie dans le désert, qui tranche avec les faux prophètes, les leaders préoccupés avant tout par leur ambition personnelle?
Je m'interroge : est-ce parce que Emmanuel Gu-Konu ne promet ni portefeuilles ministériels, ni sièges à l'Assemblée, ni postes juteux, ni ceci, ni cela? L'homme me paraît trop honnête, trop intègre pour promettre quoi que ce soit de ce genre. Il me dit:" À mon âge, on ne se préoccupe que d'une chose : accomplir modestement sa tâche pour les générations futures. Emmanuel Gu-Konu appelle, voilà tout.
Il appelle à la prise de conscience concernant la voie dangereuse sur laquelle le Togo s'est engagé depuis 1963, voie d’une tragédie nationale qui s'est aggravée depuis 1967 et qui, malgré la révolte de 1990, malgré la Conférence Nationale, malgré la fin d'Eyadema en 2005, n'a jamais pu être redressée.
Pourquoi? Simplement parce qu'il manquait à l'opposition togolaise une force organisée ou mieux, parce que cette opposition n'a jamais su se transformer en force organisée, bien structurée, basée sur le peuple. Soyons lucides et soyons francs avec nous-mêmes : beaucoup de nos mouvements n’ont été que feux de pailles vite éteints, gaspillage d’énergie, la sueur versée, le sang qui a coulé, temps et moyens perdus pour rien. Faut-il recommencer de la même manière ?
Emmanuel Gu-Konu explique : n'est pas une force une population longtemps brimée, longtemps étouffée, longtemps privée des libertés et des droits fondamentaux, à qui on fait croire simplement un matin que la liberté est possible, que la démocratie est possible. Il fallait aller plus loin. Mais pour aller plus loin, il fallait un travail pédagogique de base, un travail préparatoire qui rende ce peuple parfaitement responsable de son destin, lucide quant aux actions à mener méthodiquement. Travail fait par des hommes et des femmes qui s’imposent une vertu primordiale : l'abnégation ; des hommes et des femmes qui ne réclament, ni ne recherchent pour eux-mêmes des postes ministériels, des honneurs, la gloriole d’être en bonne place sur les tribunes dans les meetings, l'argent... mais qui au contraire sont prêts au sacrifice.
Tout cela signifie autre chose que d'être dans la position de ceux qui haranguent les foules du haut des tribunes ( on n'a jamais vu Emmanuel Gu-Konu sur une de ces tribunes cependant qu'il lutte contre la dictature depuis les années 63), autre chose que d'envoyer des hommes et des femmes de tout âge se faire massacrer par la soldatesque d'Eyadema, autre chose que de lancer une grève générale sans stratégie aucune, en faisant croire au peuple qu'au bout de trois jours, au bout d'une semaine, au bout d'un mois, au bout de huit mois... le dictateur cédera ; autre chose que de courir à Paris, à Ouaga, à Abuja, à Libreville, à Dakar etc. à la recherche d'appuis extérieurs pour obtenir, finalement, des miettes de pouvoir ; autre chose que de signer des accords en sachant très bien que derrière les textes à signer, se cache une supercherie.
Ce n'est pas là la force. Donc ce n'est pas là la solution. Tout est à repenser avec le MFAO auquel Emmanuel Gu-Konu nous appelle. Presque tout est à refaire, et à refaire avant qu'il ne soit trop tard. Lorsqu'on a subi quarante ans de régime Gnassingbé, et qu'on sait qu'actuellement aucune force n'est en en face de ce régime pour l'empêcher de se perpétuer, lorsque surtout on sait que ce régime, de jour en jour, nous conduit à la ruine économique, à l'impasse politique et à la déchéance morale, il n'y aucune compromission à faire avec lui. Il n'y a aucune autre solution que de devenir une force en face de lui.
Emmanuel Gu-Konu, qui est le Premier Secrétaire de la Convention Démocratique des Peuples Africains, branche togolaise (CDPA-BT), précise que le MFAO n'est pas un nouveau parti (unique) de l'opposition. Nous y sommes tous conviés, que nous appartenions déjà ou non à un parti.
Le MFAO ne considère pas comme un but suprême de gagner les élections présidentielles de 2010, même s'il va nécessairement oeuvrer pour la victoire du candidat de l'opposition qui lui paraîtra le mieux placé pour mettre fin au système dynastique, inique et cynique des Gnassingné. Le but suprême, c’est la construction d’une nation togolaise, libre et démocratique, pour un développement en profondeur. Le MFAO veut y travailler avec le peuple, pour le peuple. Le MFAO veut, par-delà le cas du peuple togolais, contribuer à la démocratisation réelle en Afrique, au moins dans notre sous région.
N'y a-t-il pas de leçon à tirer de l'élection de John Atta-Mills au Ghana voisin, l'idée que l'alternance est possible et que nous pouvons y parvenir aussi au Togo? Emmanuel Gu-Konu se propose de convoquer, lorsque l'heure sera jugée propice, un grand congrès pour la mise en place définitive du MFAO, avec ses structures, sa stratégie. Pourquoi alors les Togolais créeraient-ils 10, 20, 30...mouvements, oeuvrant dans le même but, de petites forces éparpillées, alors que nous pouvons en avoir une seule, puissante, structurée, efficace?
Sénouvo Agbota ZINSOU
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