LA CDPA-BT : DECLARATION SUR LE PROCESSUS ELECTORAL
Le problème de la candidature unique a très fortement polarisé le débat politique au cours de ces deux derniers mois. Au point qu’elle a poussé au second plan les autres problèmes relatifs au scrutin du 4 mars prochain. La rencontre de Paris semble avoir résolu le problème. En tout cas, on a trouvé un candidat unique. Fort bien. Mais le problème est-il résolu pour de bon et sans conséquences pour la lutte d’opposition ?
La CDPA-BT avait commencé à donner ses positions sur la nécessité de l’union de l’opposition et sur celle de la candidature unique depuis 1992. Elle avait clairement appelé à la candidature unique par deux fois (1998 et 2003) en sachant que les candidats ne s’y résoudraient pas. Elle l’avait refait en 2005 en sachant qu’ils finiraient par le faire seulement à la dernière minute, quand ce serait déjà trop tard pour mobiliser vraiment la population autour de ce candidat sans précipitation et sans improvisation.
Nous ne disons pas ces choses pour nous jeter des fleurs ou pour dire que nous sommes les meilleurs et cracher sur tous les autres. Et nous ne les disons pas pour faire la leçon. Nous les disons par souci de vérité historique et par souci d’informer ceux qui ont récemment adhéré à la CDPA-BT, afin qu’ils aient un éclairage suffisant sur la lutte d’opposition. Et il faut l’avouer, nous les disons aussi pour montrer que nous avons maintenu le cap depuis toutes ces années, aussi difficile que cela soit.
Quelques semaines avant la rencontre de Paris, la direction de la CDPA-BT avait commencé une réflexion sur le problème de la candidature unique de l’opposition pour contribuer à la recherche d’une solution. Car, elle estime que, même si un candidat unique consensuel de l’opposition venait à être trouvé à la veille du scrutin, il n’est pas inutile de partager cette réflexion avec les membres du Parti, ses sympathisants et tous ceux qui manifestent tant d’intérêt pour la question. Elle estime également qu’aujourd’hui, même si le candidat unique désigné à Paris devenait demain ce candidat unique consensuel, il n’est pas inutile de vouloir partager la réflexion.
Bien entendu, le 4 mars étant devenu plus que jamais le seul point de mire des différents candidats et de leurs supporters respectifs, la démarche de la CDPA-BT peut sembler hors sujet. Mais le scrutin de 2010 n’est pas le premier du genre au Togo. Et il ne sera pas le dernier. Le problème d’un candidat unique de l’opposition (quelle que soit celle-ci au demeurant) va sûrement se reposer demain. Il faut donc poursuivre la réflexion pour mettre au point des critères valables et des modalités opératoires claires, de manière à ne pas continuer à donner dans l’improvisation et l’incohérence à la veille des prochaines élections présidentielles.
Les propos que nous tenons dans les cinq articles que nous allons proposer et qui synthétisent cette réflexion, peuvent paraitre choquants. Pour certains, par principe, du simple fait qu’il s’agit de la CDPA-BT ; pour d’autres par leur caractère critique et la dureté du ton. La CDPA-BT est un parti d’opposition créé bien avant l’insurrection populaire de 1990 contre le régime d’Eyadema et ce, bien avant beaucoup d’autres. Il est fondé sur une vision politique étayée par des convictions fortes. Les membres de la CDPA-BT adhèrent à ces convictions et les sympathisants du Parti les approuvent . En conséquence, la direction de la CDPA-BT est tenue à un devoir de vérité et de sincérité à l’égard de ces membres et de ces sympathisants. Les cinq articles qu’elle propose à la méditation de tous à la veille de ce scrutin de 2010 sont pour la CDPA-BT une manière de participer à la campagne électorale.
Deux partis politiques l’UFC et l’OBUT) et le candidat arbitrairement invalidé par le régime (Kofi Yamgnane) se sont réunis à Paris autour d’un médiateur à 21 jours du scrutin du 4 mars, pour désigner Jean-Pierre Fabre comme le candidat unique d’une organisation créée, elle aussi séance tenante par les quatre personnes, le Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC) ; et avec comme consigne pour ce candidat de rassembler d’autres partis autour de lui afin de battre le candidat du régime.
Jean-Pierre Fabre a réussi pour le moment à s’entourer de 4 partis venant de tous les horizons possibles. Espérons qu’il parviendra à se rallier les plus durs de ses concurrents et d’autres partis d’opposition. Dans tous les cas, la direction de la CDPA-BT prendra le train du FRAC, si les membres du Parti en décident ainsi de façon démocratique en usant des voix statutaires prévues pour ces cas de figure.
Mais tout le monde connait le climat qui prévalait au sein de l’opposition au Togo avant l’initiative de Paris ; et nul n’ignore les positions politiques suscitées dans le pays au lendemain de cette initiative : Pressenti pour contribuer à la désignation du candidat unique et à la création du FRAC, le CAR a claqué la porte dès le premier jour de la rencontre. Invitée elle aussi à cette réunion de Paris, la candidate de la CDPA fera de même dès la fin de la première journée. Finalement, la désignation du candidat unique du FRAC et la création du Front seront l’œuvre de 2 candidats (Jean-Pierre Fabre et Kodjo Agbeyome), un candidat invalidé (Kofi Yamgnane) et M. François Boko sensé être le promoteur de la rencontre.
Désigné à Paris par les trois autres créateurs du FRAC comme directeur de campagne du candidat unique, Agbeyomé Kodjo (le Chef de l’OBUT) va, lui aussi, claquer la porte en balançant le Front par-dessus l’épaule avec la désinvolture qu’on lui connaît, et en décidant d’assumer sa propre candidature pour le 4 mars contre le candidat unique, dont il venait de contribuer à la désignation à Paris deux jours plus tôt ; et contre le FRAC qu’il venait de créer avec les trois autres.
La situation créée au sein de l’UFC par la candidature inattendue de Jean-Pierre Fabre à la place de celle de Gilchrist Olympio, les démêlés au sein du parti au sujet de son représentant à la CENI, Jean-Claude Homawoo, le lourd silence de Gilchrist Olympio… montrent que la crise au sein de l’UFC est profonde, et ne manquera pas d’avoir des répercussions sur le processus électoral . On ne peut pas ne pas rapprocher la genèse de cette crise au sein de l’UFC de l’initiative de la rencontre de Paris, quand on connait bien la situation politique et tous les acteurs en présence.
Gilchrist Olympio finira probablement par dire quelque chose. Il faut reconnaître toutefois que ces faits et situations donnent à réfléchir, et qu’on ne peut pas faire comme si de rien n’était, ou se contenter d’applaudir en disant qu’on a trouvé un candidat unique pour le 4 mars. En tant que parti d’opposition fortement impliqué dans la lutte d’opposition pour la démocratie depuis si longtemps maintenant, la CDPA-BT n’a rien contre la personne de Jean-Pierre Fabre ; elle observe seulement que, même si “le pouvoir, ça peut se négocier” et qu’il ne faut pas “jouer aux Ayatollah”, la lutte d’opposition ouverte déclenchée le 5 octobre 1990 ne visait pas la négociation du pouvoir avec le régime de dictature mais la fin d’un tel régime. La CDPA-BT n’est pas non plus contre le FRAC par principe, sauf que de toute évidence, l’initiative en elle-même et les modalités de la désignation du candidat unique ont contribué à accentuer la division qui a toujours miné l’opposition.
Par devoir de vérité et de sincérité à l’égard des membres de la CDPA-BT, des sympathisants du Parti et de toute cette masse d’opposants qui s’interrogent sur le scrutin du 4 mars et sur ce que l’avenir réserve, il importe de dire ces choses sans acrimonie mais aussi sans complaisance, et les dire avec sérénité et fermeté pour éclairer, quitte à se faire taper encore sur les doigts par ceux qui ont bloqué leur vision sur la date du 4 mars.
La direction de la CDPA-BT ne prend pas ses positions politiques pour faire plaisir à tout prix, ou pour se donner une place dans les rangs de ceux qui voient le passage de la dictature à la démocratie dans notre pays en termes exclusivement électoralistes. Elle les prend au nom de ses membres (et des sympathisants du Parti) en conformité avec les aspirations de la masse des opposants au changement démocratique, et en restant dans la ligne politique définie par le Congrès statutaire tenu par le Parti les 1-3 mars 1991.
Dans un régime de dictature plus qu’ailleurs, on ne gagne pas une élection par la méthode Coué. On la gagne par une politique d’opposition claire et cohérente dans laquelle tous les opposants se retrouvent sans ambigüité, et par une bonne organisation pour conduire cette politique. Cette politique d’opposition conséquente et cette bonne organisation de la masse des opposants ne sont pas hors de la portée de l’opposition démocratique togolaise. Mais elles demandent une forte implication de tous les opposants dans la lutte d’opposition.
Dans tous les cas, il ne fait aucun doute que la situation politique au sein de la mouvance de l’opposition est plus confuse que jamais. La position des partis directement impliqués dans le processus électoral est extrêmement fluctuante : Jean-Pierre Fabre devient candidat à la place de Gilchrist Olympio, président de l’UFC dans des conditions que le silence éloquent de ce dernier ne contribue guère à éclaircir. Le retrait intempestif d’Agbeyome Kodjo du FRAC mérite aussi d’être éclairci, même si l’on connaît le personnage. On voit des partis sortir de la CENI, puis y revenir. Des candidats suspendent leur participation au processus électoral, puis y reprennent leur place. Compte tenu des positions affichées, il y a quelques mois, par le porte-parole du FRAC à l’égard de l’UFC et de son président, sur quoi repose aujourd’hui l’alliance Fabre-Yamgnane ? La crise au sein de l’UFC jette incontestablement un flou sur les conditions du ralliement des partis que Jean-Pierre Fabre a réussi à rassembler autour de lui… Quels coups de théâtre nous réserve-t-on encore demain ou après-demain ?
Face à cette confusion et à ce caractère extrêmement mouvant des positions politiques, la direction de la CDPA-BT prend encore quelques jours de méditation avant de donner la consigne de vote du Parti à ses membres, à ses sympathisants et à l’électorat d’opposition dans son ensemble.
L’élection présidentielle du 4 mars n’est pas une fin en soi. Elle n’est pas non plus une loterie où l’on va tenter sa chance, pas plus qu’elle n’est cette sorte d’antichambre du pouvoir où l’on se positionne pour des jours meilleurs. L’enjeu réel de la lutte d’opposition est très grave. L’électorat d’opposition ne peut donc pas continuer de se laisser balloter au gré des ambitions. Il doit désormais se donner les moyens d’exiger des candidats aux élections présidentielles respect et discipline.
Fait à Lomé, le 19 Février 2010
Pour la CDPA-BT
Son Premier Secrétaire
E. GU-KONU
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