CDPA-BT : REFLEXIONS SUR UNE REFLEXION
Aimé GOGUE et la question de la candidature unique pour 2010
… il ne faut pas continuer de faire croire à la population opposante que le candidat unique de l’Opposition est une panacée. Il faut prendre garde de continuer de la décevoir à chaque fois. Les illusions entretenues contribuent à l’affaiblissement de l’Opposition toute entière …seules les réformes constitutionnelles et institutionnelles peuvent permettre à l’Opposition de commencer à modifier quelque peu le rapport des forces en sa faveur...
Letogolais.com a publié en tribune libre le 26.08.09 une réflexion de Monsieur Aimé GOGUE intitulé “Travaillons ensemble pour l’avènement de l’alternance en 2010”. Le document ne mérite pas seulement d’être lu. Il mérite aussi qu’on prenne le temps d’y réfléchir.
Notre lutte interminable d’opposition pour la démocratie au Togo est marquée par un fait remarquable : les idées et les initiatives foisonnent à la veille de chaque élection présidentielle comme une sorte de rituel. Une preuve de vitalité politique certainement, même si ce foisonnement est plus souvent éphémère, suscitée par le caractère exceptionnel de certains événements qui surviennent périodiquement dans le champ politique togolais.
Ce foisonnement périodique des idées et des initiatives est malgré tout une bonne chose. A condition qu’il donne lieu à un débat politique, lequel doit être un débat d’idées et non une accumulation d’invectives. Notre bataille contre la dictature doit être portée par une confrontation d’idées dans la sérénité et dans le respect de l’autre. C’est une condition nécessaire pour occasionner des rapprochements possibles, amener l’opinion à mieux s’informer, parfois à mieux connaitre les acteurs politiques en présence, à mieux comprendre les faits et gestes de ceux qui conduisent ou aspirent à conduire les destinées du pays. On pourra ainsi dépoussiérer de temps en temps les pratiques politiques et innover.
Naturellement, et surtout dans la situation politique particulière du Togo, un tel débat d’idées ne peut pas, ne doit pas faire l’économie de la critique comprise dans le bon sens. Lorsqu’on se bat pour instaurer la démocratie, la critique la critique ne doit pas faire du mal. Elle fait surtout du bien. Il faut l’accepter si l’enjeu est effectivement la démocratie.
Les élections de 2010 : Le RPT s’y prépare déjà depuis longtemps…
Dès la première ligne de son article, Gogue annonce la couleur : les élections présidentielles de 2010. Le RPT (plus précisément le régime), s’y prépare depuis longtemps déjà dit-il. Ce qui n’est pas faux : distribution massive d’argent, de cadeaux, de dons de toutes natures. Il s’agit là de pratiques politiques auxquelles les Togolais sont habitués par ce long régime d’Eyadema. Elles relèvent en réalité de la corruption et de l’achat des consciences. Elles sont inadmissibles.
Ces pratiques n’ont pas disparu avec la mort d’Eyadema en 2005. Leur persistance est une des preuves évidentes que le régime ne se réduit pas à la personne d’Eyadema, contrairement à ce que le courant dominant de l’Opposition a fait croire jusqu’au 5 février 2005. C’est tout un système. Un système de confiscation et de conservation du pouvoir. Au risque de perdre ce pouvoir (et donc de rendre possible l’alternance politique), les tenants du système n’ont pas intérêt à le changer, et surtout à le faire de bon gré.
Gogue nous apprend donc qu’alors que le régime a débuté sa campagne électorale depuis plusieurs mois déjà, l’Opposition poursuit sa lutte pour “l’obtention de meilleures conditions électorales et pour la recherche d’un candidat ‘unique’...” Depuis 1993, le courant dominant de l’Opposition n’a jamais rien fait d’autre que de se “battre” pour obtenir des “élections libres, transparentes et équitables”. Le discours est récurrent. Et la bataille reprend toujours avec vigueur après chaque présidentielle, à travers des dialogues qui ne parviennent jamais à créer ces conditions. La question de la candidature “unique” aussi est toujours posée de façon répétitive dans les mêmes termes depuis 1993, à la veille de chaque présidentielle. Au point qu’en y regardant de près, toute la politique menée pendant près de 20 ans par ce courant se trouve réduite à ces deux revendications : élections libres, transparente et équitables ; candidature unique.
C’est ce discours qui revient à la veille de ces présidentielles de 2010, et dont Gogue se fait l’écho. Il ne peut en être autrement à partir du moment où, arc-boutée sur les urnes comme moyen unique et exclusif de réaliser le changement politique, le courant dominant de l’Opposition ne voit plus rien d’autre à l’horizon. Quand pendant vingt ans on conduit une politique qui n’atteint pas l’objectif voulu par le peuple, il faut avoir la lucidité politique, le courage et l’humilité de la remettre en cause, de se poser des questions et de rechercher une politique alternative. Sauf si on s’installe dans la situation et qu’on s’y sent à l’aise. Dans ce cas, on tourne en rond comme les chefs de l’Opposition togolaise le font depuis des années. Gogue reparle longuement de la candidature unique dans la suite de son article. On y reviendra également.
La rencontre de Ouaga, une “kermesse”
De façon inattendue, Gogue parle de “kermesse” en désignant par ce mot la récente rencontre de Ouaga entre le régime et l’opposition parlementaire. Ce n’est pas très flatteur pour ceux qui y sont allés. Mais il a raison. Il estime que la “kermesse” n’a permis que de “maigres avancées”, là où Gilchrist Olympio parle de “beaucoup de progrès”. Gogue donne ainsi le sentiment de rétablir les justes proportions. Il ne faut en effet rien exagérer. Les élections de 2010 représentent un enjeu considérable pour le pays. Il faut prendre ce fait en considération pour bien peser ce que l’on dit à la population. Gogue estime que l’UFC et le CAR reconnaissent eux-mêmes qu’ils sont “loin du compte”, et qu’ils doivent en être conscients, s’ils ne le sont pas. Il a raison. Il faut cesser de nourrir l’opinion d’illusions dangereuses.
Mais parler de “maigres avancées” qu’aurait obtenues l’opposition parlementaire à Ouaga est un véritable euphémisme par rapport aux enjeux de 2010. Car, le sentiment général qui prévaut au sein de la population est qu’il n’y a eu ni progrès, ni maigres avancées en faveur de l’Opposition. Car, le régime, pour ce qui concerne les conditions d’éligibilité, s’est contenté en réalité de lâcher du lest afin de conserver l’essentiel. Pour ce dernier et son parti, l’enjeu des négociations ne se trouve pas dans les conditions d’éligibilité, mais dans la composition de la CENI telle qu’ils la veulent ; dans la constitution de 2002 qu’ils tiennent à maintenir telle que parce qu’ils n’ont pas intérêt à la voir réformée ; dans le scrutin à un tour qu’ils tiennent à conserver à tout prix pour des raisons évidentes ; dans le découpage électoral dont ils n’ont pas intérêt à en accepter le remaniement ; dans la Cour constitutionnelle dont le maintien en l’état les arrange , tant pour sa composition que pour les fonctions qui lui sont dévolues ; dans la nature et la structure de l’armée et des “forces de sécurité” qu’ils n’ont pas intérêt de voir réformées réellement parce qu’elles constituent les socles de leur pouvoir ; dans l’impunité qu’ils ont visiblement l’intention de continuer de tenir au-dessus de la population comme une épée de Damoclès pour qu’elle se tienne tranquille… Bref, autant d’institutions et de situations qui sont pour eux des outils indispensables pour maintenir le rapport des forces en leur faveur et en défaveur de l’Opposition.
C’est sûrement pour ces raisons que Gogue dit aux deux partis (le CAR et l’UFC) en se référant à 2010 qu’ils doivent être persuadés (s’ils ne le sont pas) que “sans la modification de la constitution, rien n’est réglé notamment en ce qui concerne les conditions d’éligibilité...”. Une fois encore, il a raison en le disant aussi brutalement. Mais il glisse vite, pour des raisons fort compréhensibles, pour dédouaner les deux partis en disant qu’il ne faut pas croire que ces “faibles résultats obtenus par le CAR et l’UFC à Ouagadougou” sont dus à l’absence, à cette “kermesse” (sic), de la CDPA, de la CPP et du PDR. Et il s’exclame : “Qu’avions nous obtenu en 2007 à Ouagadougou avec la participation de tout ce monde !”
Les accords de Ouaga ne sont pas favorables à l’Opposition ; mais il ne faut pas le dire à la population…
Même en s’exclamant comme il l’a fait, Gogue a encore raison. Toutes ces “kermesses” où “tout ce monde” s’est toujours retrouvé depuis 1993 à Ouaga ou ailleurs autour de la table de négociation avec le camp d’en-face, sans jamais avoir reçu d’ailleurs un mandat formel de l’Opposition, ont à chaque fois conduit celle-ci dans le mur ! Tout “ce monde” qui, il faut le rappeler, forme le courant dominant de l’Opposition. C’est lui qui conduit la politique d’opposition dominante jusqu’à présent. Il revient toujours de ces “kermesses” en ayant conscience à chaque fois qu’il n’a rien obtenu pour la bonne cause. Mais il dit toujours volontiers le contraire à la population et trouve toujours des raisons pour se justifier.
L’exemple des “accords de Ouaga III” (11 juillet1993) est significatif dans ce sens. Quand ceux qui se sont précipités cette année-là pour se retrouver pour la troisième fois dans la capitale burkinabé sont revenus au Togo (en se faisant applaudir à l’aéroport de Lomé comme des héros), ils savaient pertinemment que les accords signés n’étaient pas en faveur de l’Opposition. A la rencontre de Cotonou, ils l’ont clairement signifié aux autres partis d’opposition (flanqués de leurs associations de la “société civile” et de leurs personnes ressources). Mais c’est pour ajouter aussitôt que pourtant, avec un candidat unique, l’Opposition gagnera à coup sûr ! Puis, ils ont sommé ces autres partis de signer “le Manifeste de Ouaga”, un document de ralliement rédigé par le clan opposé à Agboyibo dans la capitale burkinabé, et intimé l’ordre à ceux qui auront signé le papier de ne pas dire à la population que les accords n’ont rien donné à l’Opposition. Ceux qui ont accepté de signer le manifeste sont alors invités en catimini à aller choisir le “candidat unique de l’Opposition”. Ce qu’ils ont fait en la personne de Kodjo Edem, alors président de l’UTD. On a vu la suite.
Gogue a donc une fois encore raison en disant que la présence de la CDPA, de la CPP et du PDR à Ouaga du 8 au10 août 2009 n’aurait rien apporté de plus aux fameux accords. Et il a raison quand il ajoute qu’il n’est pas besoin que tous les chefs de parti se retrouvent dans ces genres de négociations. Et de fait –la CDPA-BT l’avait toujours dit– le plus raisonnable et le plus responsable est que l’Opposition soit représentée à ces types de négociations avec le régime par une délégation dont les membres seraient démocratiquement choisis à partir de critères de compétence et de notoriété, pourvus d’un cahier de charges précis à respecter, et soumis à des règles de comportement qu’ils doivent tous observer.
Si le COD II s’était donné une telle organisation et une telle discipline de groupe, M. Agboyibo, qui défendait mordicus la candidature unique jusqu’à la veille des accords de Ouaga, n’aurait pas changé d’avis brutalement, une fois dans la capitale burkinabé, et se mettre à défendre la candidature plurielle, une fois s’étant rendu compte que ses pairs de la table des négociations ne sont pas prêts à le choisir comme le candidat unique de l’Opposition aux présidentielles de 1993. Deux clans ne se seraient pas formés à Ouaga, l’un pour la candidature unique et l’autre pour la candidature plurielle. Et les adeptes de la candidature unique n’auraient pas senti le besoin de rédiger leur manifeste pour tenter de mettre les autres partis d’opposition de leur coté, une fois de retour.
Si le COD II avait été une vraie organisation dotée d’un minimum de règles et d’un minimum de discipline, les partis d’opposition ne se seraient pas si honteusement entredéchirés à Colmar au grand bénéfice du RPT et d’Eyadema. Le CPS (Comité Paritaire de Suivi du dialogue inter togolais de 1999-2002) n’aurait pas été ce milieu trouble avec des partis d’opposition incapables de faire bloc face au RPT. La CFD (Coalition des Forces Démocratiques) aurait été tout autre chose que ce groupe hétérogène où chacun des partis dits de l’Opposition passait son temps à surveiller les autres pour voir par quelles voies arriver à contourner tout le monde pour devenir le premier et l’impossible candidat unique pour les présidentielles de 2003. La “Coalition des Six” n’aurait pas été ce panier à crabes que l’on a vu, et où il a été si difficile d’arriver à trouver un consensus bancal sur Bob Akitani comme candidat unique de l’Opposition.
Gogue aurait rendu un plus grand service à l’Opposition togolaise dans son ensemble en expliquant pourquoi les choses se sont passées cette fois encore comme elles se sont toujours passées dans les “kermesses” précédentes, et pourquoi elles risquent de continuer ainsi si le courant dominant de l’Opposition continue d’aller dans le sens de l’orientation erronée donnée au combat pour la démocratie. Il aurait dû expliquer pourquoi ces “consultations préalables” dont il parle n’ont jamais pu se faire à la veille des innombrables dialogues et négociations qui ont jalonné le processus de démocratisation ; pourquoi les partis d’opposition présents aux accords paritaires (1993) ne se sont pas concertés avant de s’y rendre et ne s’y sont donc pas rendus avec une position commune ; pourquoi ceux des partis d’opposition qui se sont rendus à Colmar l’ont fait en rang dispersé comme si chacun d’entre eux voulait y arriver avant les autres, et si possible sans les autres !… On pourrait continuer ainsi indéfiniment avec les “pourquoi”.
Les réformes constitutionnelles et institutionnelles sont encore nécessaires pour les présidentielles de 2010
Comme la très grande majorité des Togolais, Gogue aussi trouve la constitution (celle de 2002) “inique”. Il donne le sentiment d’être persuadé, lui aussi, que sans la modification de cette constitution, “rien n’est réglé...” comme il l’a dit plus haut. Il estime que Ouaga n’est pas le lieu “adéquat” pour faire la révision de la constitution ; il affirme de façon abrupte qu’il est “naïf de croire que l’UFC et le CAR ont la légitimité et la capacité d’obtenir les modifications sur les points tels que le régime politique, le mode de scrutin, etc.”
Puis il pose une question pour le moins déroutante : “Sommes-nous convaincus que ces points sont importants pour nous pour les élections de 2010 ?”. Et il interpelle ceux qui répondraient “Oui” en leur demandant ce qu’ils ont fait “individuellement ou collectivement pour obtenir ces modifications”, et s’ils ont “participé aux efforts de mobilisation de l’UFC pour que de telles modifications interviennent”.
Quand Gogue dit que Ouaga n’est pas le lieu adéquat où on peut procéder à la révision de la constitution, il a pleinement raison. Il n’appartient ni à Compaoré, ni à aucun chef d’Etat étranger de donner une Constitution au Togo. Le pays dispose d’assez de compétences pour se donner librement ce qu’il juge convenable pour lui. C’est pourquoi d’ailleurs il est fort discutable d’en appeler à un “facilitateur” à tout propos, même si celui-ci joue à l’équilibriste au profit du régime. Quand Gogue dit également que l’UFC et le CAR n’ont pas la légitimité et la capacité d’obtenir les modifications, il soulève un problème de fond sans peut-être le vouloir.
Pour ce qui est de la légitimité, il serait utile de savoir ce qu’il met derrière ce mot avant d’être sûr d’avoir compris ce qu’il veut dire. Car, dans le contexte politique si particulier de la lutte en cours pour la démocratie, la légitimité peut avoir deux sources opposées. Elle peut émaner de la légalité instituée par le régime, notamment à travers le panel des institutions qu’il se donne pour continuer de se maintenir au pouvoir. On pourrait alors parler de légitimité institutionnelle. Mais la légitimité peut aussi avoir pour source la masse des opposants au régime. Il s’agira alors d’une légitimité populaire.
La légitimité populaire impose des exigences. Elle implique un sens élevé du devoir et de responsabilité vis-à-vis de ceux qui la confèrent, en l’occurrence la masse des opposants au régime. Elle exige de ceux auxquels elle est conférée d’agir au nom de cette masse des opposants, conformément à une politique convenue et un cahier des charges défini, qu’ils doivent respecter et à partir duquel ils doivent rendre compte dans un cadre précis, identifiable, démocratique. Tout cela suppose une certaine organisation de l’Opposition comprise, non pas comme une addition de partis ou de leaders de partis d’opposition aux intérêts contradictoires, mais comme l’ensemble de tous ceux qui n’acceptent pas le régime de dictature et s’y opposent donc.
Le CAR et l’UFC sont allés à Ouaga en tant que partis d’opposition représentés à l’Assemblée. Ils y sont allés en tant qu’opposition parlementaire jouissant donc d’une légitimité institutionnelle. Ils n’y sont pas allés, portés par une légitimité populaire sur la base d’une politique et d’un cahier des charges définis ; autrement dit, ils n’y sont pas allés mandatés par l’Opposition pour y parler en son nom, avec obligation de lui rendre des comptes.
Du coup, ils ne se sont pas sentis obligés de rendre des comptes à l’Opposition dans un cadre déterminé. Et ils ne l’ont pas fait. Ils peuvent se prévaloir d’être “les représentants du peuple” en leur qualité de partis d’opposition figurant à l’Assemblée. Mais dans le contexte spécifique de la lutte en cours pour la démocratie au Togo, le fait d’être élu à l’Assemblée ne confère pas automatiquement une légitimité populaire, tout comme le fait d’être élu président de la République. La qualité de chef de parti politique ou de responsable d’une organisation associative non plus.
Au regard de la masse des opposants, les partis de l’opposition parlementaire sont allés à Ouaga en quelque sorte pour leur propre compte, comme ils étaient allés négocier les accords paritaires, comme ils s’étaient rendus à Colmar, à Ouaga I, II et III et à tous les autres dialogues depuis 1999. A chaque fois, ils sont allés négocier et/ou dialoguer sans un mandat en bonne et due forme de l’Opposition, sans un cahier des charges, sans légitimité populaire.
Pour ce qui concerne leur incapacité d’obtenir les modifications constitutionnelles souhaitées par l’Opposition comme le souligne Gogue, c’est une évidence. Mais cette incapacité ne vient ni du CAR en tant que tel, ni de l’UFC en tant que telle. De même que l’absence de légitimation populaire, elle vient de la nature et des conséquences de la politique d’opposition conduite pendant toutes ces années par le courant dominant de l’Opposition dont ces deux partis sont l’incarnation vivante.
La lutte pour la démocratie sous un régime de dictature n’est pas une lutte individuelle
Quand Gogue pose la question de savoir ce que nous faisons “individuellement ou collectivement pour obtenir” les reformes constitutionnelles et institutionnelles, ou quand il accuse les autres de n’avoir pas “participé aux efforts de mobilisation de l’UFC”, il soulève indirectement le problème fondamental du cadre d’organisation et d’action, problème posé à maintes reprises par la CDPA-BT. La lutte contre le régime de dictature n’est pas et ne doit pas être conçue comme une lutte individuelle où chacun fait ce qu’il peut ou ce qu’il veut, dans son coin, en fonction de sa vision personnelle des choses ou en fonction de ses pulsions et de ses intérêts du moment. C’est une lutte collective orientée par un objectif commun. Pour qu’elle soit efficace, il faut que l’objectif soit rassembleur et que la lutte soit menée dans un cadre organisé défini ensemble, et selon des règles convenues d’un commun accord. Ce cadre collectif réglementé ne s’identifie pas au cadre de fonctionnement ordinaire d’un parti politique particulier, quel qu’il soit.
Dans quel cadre les “efforts de mobilisation de l’UFC” dont parle Gogue sont-elles organisés et menés ? Et selon quelles règles ? Si cadre il y a, comment est-il constitué ? Et si règles il y a, comment sont-elles définies. Il suffit de passer en revue quelques-unes des manifestations organisées par l’UFC tout au long de ces années pour trouver des éléments de réponse aux interpellations de Gogue.
Le 27 avril dernier, les responsables de l’UFC ont organisé tout seul des manifestations sous la bannière de leur parti, comme si la commémoration de la date de l’indépendance était une affaire exclusive de ce parti, ou de chaque parti d’opposition pris individuellement. Et la préoccupation nettement perceptible dans ces manifestations ostensiblement placées dans la perspective des présidentielles de 2010 est de montrer à tous que l’UFC est le parti d’opposition le plus important du pays. Dans ce contexte politique où les partis d’opposition du courant dominant de l’Opposition rivalisent entre eux pour le pouvoir, ou à défaut pour la première place, comment croire que le CAR, la CDPA, l’Alliance, et si l’on veut la CPP et le PDR (qui se disent encore de l’opposition)... iraient se joindre à Gilchrist Olympio dans une farandole joyeuse pour “lui fêter sa fête de l’indépendance” et le porter aux nues !
Dans cette rivalité entre partis d’opposition pour le pouvoir et dans ce contexte politique et social contrôlé par le régime de dictature, la Direction de l’UFC n’en est pas à sa première maladresse en termes de collaboration avec les autres partis d’opposition. Les responsables de l’UFC organisent chaque année des manifestations en mémoire de Sylvanus Olympio assassiné le 13 janvier 1963. La période du dialogue inter togolais (juillet 1999-mai 2002) fut une période de foire d’empoigne au sein du courant dominant de l’Opposition. Gilchrit revendiquait le droit de parler seul en tête-à-tête avec Eyadema. Réprobation générale des autres partis du courant dominant. Rivalités atroces entre partis d’opposition au sein du CPS où l’entente est impossible dès qu’on sort des banalités.
A l’issue de cette période houleuse clôturée par la dispersion arbitraire du CPS par Eyadema et la modification tout aussi arbitraire de la constitution, l’UFC organise toute seule une manifestation grandiose à Agoe le 13 janvier 2003, à moins de six mois des présidentielles de cette année-là. Une manifestation où elle se contente d’inviter les autres partis d’opposition. Le sentiment général est qu’il s’agit, à Agoe, d’une manifestation en l’honneur de l’UFC et de son président national. La CDPA-BT était à cette manifestation et sait donc de quoi elle parle.
Il n’est alors pas étonnant que certains partis du courant dominant aient refusé d’aller à Agoe en disant qu’ils ne sont pas “des métayers de Gilchrist”, et que d’autres en sont revenus plus constipés qu’avant. Ils ont raison les uns et les autres ; car, le 13 janvier 1963 n’a pas qu’une signification familiale. A partir du moment où il s’agit de l’assassinat de Sylvanus Olympio dans les conditions que l’on sait, cette date devient pour l’Opposition au régime d’Eyadema le signe d’un malheur public durement vécu, d’un drame national, un symbole de ralliement. La commémoration de cette date ne doit pas être réduite à un fait familial ou à un fait partisan. Les partis d’opposition réunis dans une alliance solide devraient en faire l’occasion d’une démonstration de force face au régime de dictature.
Ensuite, personne ne peut mettre aujourd’hui en doute le fait qu’en juin 1998, l’électorat togolais avait voté massivement, non pas pour Eyadema, mais pour l’UFC. Ce n’est pas ici le lieu d’expliquer le sens réel de ce vote massif, comme celui des deux autres scrutins qui vont suivre (2003 et 2005). Dès le lendemain de la proclamation des résultats truqués, à une réunion des partis d’opposition au siège de l’UTD, la première déclaration des responsables de l’UFC fut qu’à partir du moment où leur parti est sorti gagnant, c’est à lui de définir désormais la politique d’opposition à conduire dans le pays. Alors que le problème qui justifiait cette réunion organisée dans le feu du scrutin frauduleux et du coup de force électoral n’était pas (ne devrait pas être) de savoir qui doit définir la politique d’opposition, mais comment s’organiser pour la mieux définir ensemble et empêcher le régime de voler la victoire du peuple !
Cette malheureuse déclaration est une erreur politique grave, en ce sens qu’elle n’est pas de nature à réunir les partis d’opposition sur un objectif commun, mais au contraire à diviser l’Opposition toute entière, en un moment où celle-ci devrait justement s’unir au mieux possible pour poursuivre le combat contre le régime.
Une dernière erreur qu’il faut relever : la résolution majeure prise par l’UFC à son congrès du 18-19 juillet 2008 est sa volonté de rassembler autour de son candidat aux présidentielles de 2010. Dans ce contexte politique où les rivalités entre les éléphants du courant dominant de l’Opposition pour le pouvoir sont plus vives que jamais, une telle résolution passe forcément pour une désarmante provocation. Mais plus grave, elle est de nature à raviver les rivalités au lieu de les atténuer pour permettre un rapprochement des partis d’opposition dans une volonté commune de définir ensemble une politique alternative d’opposition pour mieux faire face au régime.
L’Afrique du Sud n’est pas le Togo et le Togo n’est pas l’Afrique du Sud
On demande souvent aux partis d’opposition de suivre l’exemple sud africain. Dans ce sens, on estime que l’Opposition togolaise doit soutenir comme un seul homme, le leader du parti d’opposition qui a plus de députés à l’Assemblée –c’est-à-dire Gilcrhist Olympio–, comme la population victime de l’apartheid l’avait fait en Afrique du Sud pour Mandela. Une proposition séduisante en soi.
Mais l’Afrique du Sud n’est pas le Togo. Et le Togo en lutte pour la démocratie est loin d’être l’Afrique du Sud en lutte contre l’apartheid. Mandela n’est pas un homme face au régime d’oppression raciste. C’est un projet politique vivant. Ce projet n’est pas de prendre le pouvoir à Frederic De Klerk ou de le partager avec lui. Ce projet, c’est s’organiser pour mettre fin au régime de l’apartheid, autrement dit à un régime de dictature fondée sur l’oppression et l’exploitation de la majorité noire par la minorité blanche. C’est ce projet politique qui a permis de rassembler autour de Mandela tous les Sud-Africains qui refusent le régime ségrégationniste. Mandela ne s’est pas battu pour un pouvoir. Son combat ne se réduit pas à une compétition électorale entre leaders opposants au régime de l’apartheid, et qui se battraient les uns contre les autres pour accéder au pouvoir.
Le seul trait commun entre l’Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid et le Togo sous le régime d’Eyadema réside dans le fait qu’il s’agit de deux pays où la population majoritaire est soumise à l’oppression inadmissible exercée par une minorité sur une majorité. De ce point de vue, le seul projet politique qui est de nature à rassembler tous les opposants au régime d’Eyadema est la fin de ce régime de dictature, comme la fin du régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Ce fait est évident lorsqu’on sort de la logique de la course concurrentielle pour le pouvoir afin d’arriver à apprécier la situation autrement.
La question de rassembler autour d’un candidat pour 2010 renvoie bien au problème de la candidature unique. Gogue y revient longuement. La CDPA-BT aussi a toujours prôné la candidature unique. Elle l’a fait dans le “Groupe des Huit” formé quelques mois avant le scrutin de juin 1998 ; elle l’a fait dans le cadre de la CFD (Coalition des Forces Démocratiques) en 2003 avant de sortir de ce collectif ; en 2005, pendant que les partis du courant dominant de l’Opposition cooptés pour former la “Coalition des six” s’empoignaient, la CDPA-BT a appelé à la candidature unique dans un communiqué de presse en date du 26 février 2005 ; et elle fut le seul parti d’opposition à le faire ; elle est même allée jusqu’à demander que ce candidat unique soit choisi dans l’UFC ; et elle l’a fait pour des raisons qui n’ont rien à voir avec une quelconque allégeance à ce parti, ou à la personne de Gilchrist Olympio, mais parce que l’électorat, a jusqu’à cette date, voté massivement UFC.
Mais la CDPA-BT a toujours appelé à la candidature unique en sachant bien qu’on n’y arriverait jamais, compte tenu de la nature de la politique d’opposition conduite par le courant dominant de l’Opposition, et en raison de la nature des relations et du choc des ambitions au sein de ce courant. On sait les conditions dans lesquelles Bob AKITANI avait fini par être désigné comme candidat unique par les partis de la “Coalition des six”. Le “consensus” avait été imposé par les circonstances qui étaient exceptionnelles. Et depuis, le CAR n’a pas arrêté de demander à l’UFC de lui renvoyer “l’ascenseur” !
L’Opposition togolaise n’a jamais réussi à se donner un candidat unique à opposer à Eyadema. Les conditions dans lesquelles Kodjo avaient été “désigné” en 1993 étaient plutôt désastreuses pour elle, comme l’a démontré la suite. Après une semaine de campagne remuante, Kodjo a dû baisser les bras, finalement au profit d’Eyadema. Le Coq n’avait pas avalé le maïs ; ce fut le contraire ! En réalité, dans les conditions où il avait été “désigné”, Kodjo n’était pas le candidat unique de l’Opposition. L’avoir fait passer comme tel, fut une véritable supercherie politique à l’époque. Les leaders du courant dominant de l’Opposition vont la renouveler en d’autres circonstances. Par ailleurs, Agboyibo ne s’était pas abstenu de poser sa candidature à l’époque pour dénoncer le rejet arbitraire et manipulateur de la candidature de Gilchrist Olympio par le régime. Les choses sont un peu plus complexes qu’on ne les présente depuis.
Les termes dans lesquels Gogue a soulevé la question de la candidature unique montrent à l’évidence qu’il prêche pour un clocher, celui de l’UFC dans lequel l’ADDI s’est “fondue” depuis quelques temps. Il prêche donc pour son clocher ; et l’on voit clairement ce qu’il met derrière son “n’importe qui”. Ce n’est probablement pas la meilleure façon de poser le problème. Car, ce n’est pas le meilleur procédé pour amener ceux qui ont posé leur candidature “par stratégie ou par pure ambition personnelle ou de groupe” à la retirer.
Dans ce contexte du courant dominant de l’Opposition où la règle d’or est la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir à tout prix ou pour la première place par les urnes, comment peut-on reprocher à certains de refuser de retirer leur candidature au profit d’un autre ? Et pourquoi accuser certains “de faire fi des affreuses souffrances de leurs compatriotes” en maintenant “leur projet de candidature” ? Sur quoi se base-t-on pour affirmer que certains maintiennent leur candidature “par stratégie ou par pure ambition personnelle ou de groupe”, et pas d’autres ? Cette manière de faire n’est pas la meilleure pour “rassembler”, en admettant qu’un vrai rassemblement autour d’un candidat soit possible dans ce cadre de rivalités exacerbées, appuyées de mépris et d’hypocrisie qu’est celui du courant dominant de l’Opposition.
Les réformes constitutionnelles et la question de la candidature unique
La manière dont Gogue associe la question des réformes constitutionnelles, notamment celle du mode de scrutin, à celle de la candidature unique pose un problème inquiétant. Notre ami commence par nous dire que “sans la modification de la constitution, rien n’est réglé notamment en ce qui concerne les conditions d’éligibilité des candidats”. Ce qui est vrai. Il trouve la “constitution togolaise actuelle inique” et parle du besoin “d’une révision profonde de ce texte fondamental”. Ce en quoi il a encore raison. Puis il nous dit brutalement que trouver un candidat unique est “ce qui est rationnel à faire dans le cadre d’une élection avec un mode de scrutin à un tour”.
Gogue recommande-t-il à l’Opposition de zapper sur les réformes constitutionnelles pour aller plutôt à la recherche d’un candidat unique pour 2010, même “si rien n’est réglé”, même si les réformes essentielles ne sont pas faites, notamment celle de la constitution “inique” ? Est-il en train de rassurer l’opinion que l’Opposition gagnera aux élections de 2010 avec le scrutin à un tour, pourvu qu’elle arrive à se donner un candidat unique ? Serait-ce pour cette raison que les accords de Ouaga sont restés si évasifs sur la question du mode de scrutin, qu’on s’est contenté de nous dire à son sujet “qu’une réflexion est en cours pour arrêter un modèle consensuel”, et qu’on aurait mis plutôt le turbo sur “les conditions d’éligibilité”, à savoir le quitus fiscal et la question de la double nationalité ?
La déclaration de la CDPA en date du 27 août 2009 sous la signature de Léopold Gnininvi nous parle “d’arrangements entre la majorité parlementaire et l’opposition parlementaire lors de leur rencontre le 20 juillet à Ouagadougou” et de résultats “dont tout le contenu ne semble pas avoir été porté à la connaissance des populations togolaises”. Faut-il le croire ? Il est vrai que la CDPA a des comptes à régler avec ses partenaires du courant dominant de l’Opposition, notamment avec le CAR et l’UFC, et un fort besoin de redorer son blason. Mais…
Dans tous les cas, le sentiment dominant dans l’opinion, tant sur le terrain que dans la diaspora togolaise, est que le RPT (donc le régime) et les deux partis de l’opposition parlementaire se sont mis d’accord pour refouler les réformes constitutionnelles aux calendes grecques au profit des conditions d’éligibilité réduites en plus aux seuls intérêts immédiats des seuls candidats concernés.
La manière dont Gogue aborde la question de la candidature unique en rapport avec le mode de scrutin semble conforter ce sentiment. Tout se passe comme si l’on voulait dire à la masse des opposants qu’en fin de compte, pour les élections de 2010, les réformes constitutionnelles (dont le mode de scrutin) n’ont pas beaucoup d’importance par rapport aux “conditions d’éligibilité” ; qu’il suffit que l’Opposition se trouve un candidat unique providentiel et que tout le monde se rassemble autour de ce candidat pour qu’il parvienne à “bouter le régime en place hors du pouvoir” en 2010 et gouverner. Ce raisonnement ressemble étrangement à ce que l’on a entendu à la réunion du COD II à Cotonou en 1993 : “les accords que nous sommes allés signer à Ouaga II ne sont pas avantageux pour l’Opposition ; mais avec un candidat unique, elle gagnera à coup sûr les élections !” Elle ne les a pas perdues. Mais elle n’a pas accédé au pouvoir.
La complexité de la question de la candidature unique pour 2010
Située dans le contexte politique particulier du Togo, la question de la candidature unique pour 2010 est plus complexe qu’il ne paraît. D’abord, dans ce courant dominant de l’Opposition où tout le monde rivalise avec tout le monde pour être président du Togo, trouver le candidat unique ne sera pas plus facile qu’avant. Par miracle, Agboyibo pourra peut-être laisser de côté son histoire “d’ascenseur” que Apevon vient de réaffirmer inopinément dans son communiqué de presse du 27 août 2009.
Mais l’UFC, qui entend “rassembler autour de son candidat pour 2010”, acceptera-t-elle de se priver de l’ascenseur et le renvoyer de bon cœur au CAR, ou à un autre candidat concurrent ? Et Koffi Yamgnane ? Que pense-t-il dans son for intérieur de la candidature unique ? Est-il prêt dans ce contexte du scrutin unique à céder sa place à quelqu’un d’autre ? Sauf s’il considère sa candidature et sa campagne actuelle juste comme autant de gymnastiques pour mieux se positionner dans le système après 2010 et se préparer plus confortablement pour 2015. Et les autres prétendants ?
Pour ne pas se faire traiter d’oiseaux de malheur, attendons le miracle ! Il ne se produit pas tous les jours bien entendu. Mais peut-être celui de 2005 va-t-il se répéter ! Il faut savoir cependant qu’on ne change pas aussi facilement que le croit Gogue, si on est porté par des ambitions fortes. Et puis, tout le monde ne poursuit pas forcément “le changement du régime”.
D’un autre côté, il ne faut pas continuer de faire croire à la population opposante que le candidat unique de l’Opposition est une panacée. Il faut prendre garde de continuer de la décevoir à chaque fois. Les illusions entretenues contribuent à l’affaiblissement de l’Opposition toute entière. Si un candidat unique peut toujours s’avérer une bonne chose, il faut se convaincre par ailleurs que le problème de la démocratisation du régime politique au Togo n’est pas un problème d’élections, et donc de candidature unique, mais un problème de rapport de forces. Si jusqu’à présent l’Opposition n’est pas arrivée au pouvoir à travers les urnes, ce n’est pas parce que la majorité de l’électorat votait pour le régime ou voterait mal. C’est parce que ce dernier s’est donné des institutions qui mettent le rapport des forces de son côté.
Dans ces conditions, seules les réformes constitutionnelles et institutionnelles peuvent permettre à l’Opposition de commencer à modifier quelque peu le rapport des forces en sa faveur. Le régime et son parti le savent bien ; c’est pourquoi ils font tout pour empêcher ces réformes. Dans ces conditions, comment s’organiser pour arriver à modifier le rapport des forces en faveur de l’Opposition est plus que jamais la question de fond. Il faut avoir le courage de la poser et arriver à lui trouver des réponses appropriées. Aucun parti d’opposition pris isolément dans l’état actuel du rapport des forces Opposition/Régime n’est en mesure d’exercer une pression suffisamment forte et soutenue sur le pouvoir en place pour l’obliger à ouvrir la voie aux réformes. Le rassemblement autour d’un candidat unique ne suffira pas non plus pour donner à l’Opposition cette capacité de pression. La force de l’Opposition réside dans la force organisée de la masse de la population opprimée.
Ce n’est pas parce que l’opposition parlementaire est trop faible pour amener le camp d’en face à faire ces réformes qu’il faut les escamoter pour se brancher sur la candidature unique. Donner la priorité à la recherche d’un candidat unique en sachant bien que les dispositions constitutionnelles et institutionnelles ne lui permettront pas d’accéder au pouvoir, même s’il bénéficie d’un vote majoritaire de la population (comme cela s’est toujours passé), n’a qu’un seul sens : celui d’aller aux élections, non pas pour réaliser l’alternance politique, mais juste pour aller aux élections. Une telle stratégie n’a de valeur que dans ce contexte de rivalités entre partis d’opposition pour la première place. Elle ne fait pas avancer la lutte pour la démocratie. Elle fait le jeu du système en place.
Qui sera le candidat unique ?
Si, par rapport aux élections de 2010, la priorité est donnée à la recherche d’un candidat unique sur les réformes pourtant indispensables pour rendre l’alternance politique probable en 2010, qui sera ce candidat unique devient alors une question capitale. Elle préoccupe beaucoup Gogue. Et l’on sent dans son argumentaire que ce candidat unique ne peut être issu que de l’UFC. Tout compte fait, pourquoi pas ? L’immense majorité des Togolais l’aurait applaudi dans cette vision, s’il n’avait pas donné un si fort sentiment de plaider pour sa chapelle, de “victimiser” l’UFC dans lequel il a “fondu” son parti (l’ADDI) et d’accuser avec tant d’ardeur tout le monde d’avoir refusé de participer “aux efforts de mobilisation” qu’aurait entrepris ce parti. Car, on ne peut raisonnablement prendre le candidat unique dans un parti autre que celui auquel l’électorat a massivement voté en 1998, en 2003 et en 2005. En toute objectivité, ce parti, c’est bien l’UFC ; et il n’est pas nécessaire de revenir ici sur les raisons pour lesquelles les Togolais votent massivement pour elle.
Mais voilà. L’expérience a montré qu’il ne suffit pas que le candidat unique soit de l’UFC pour que l’Opposition soit garantie de pouvoir “ ‘bouter’ le régime hors du pouvoir” en 2010. C’est un fait que l’UFC n’a pas pu accéder au pouvoir en 1998, en 2003 et en 2005, bien que l’électorat ait massivement voté à chaque fois pour son candidat. C’est un constat objectif. Cette incapacité d’accéder au pouvoir n’est pas exclusive à l’UFC. Un tout autre candidat de l’Opposition pour lequel la population aurait voté massivement contre le régime dans les mêmes conditions se verrait dans la même situation. Au lieu de prendre le constat pour un dénigrement ou pour une critique inadmissible, il faut au contraire pousser la réflexion plus loin pour comprendre le fait et chercher à y remédier.
Si le candidat de l’UFC n’a pas pu prendre le pouvoir après ces différents scrutins, c’est parce que l’orientation imprimée à la lutte d’opposition par le courant dominant de l’Opposition à partir de février 1992 et la politique d’opposition conduite par ses leaders sont telles qu’aucun candidat opposant ne peut accéder au pouvoir par les élections dans le contexte politique en vigueur. Pas plus Gilchrist qu’Agboyibo ou les autres. Ce ne sont donc pas les hommes ou les groupes qu’il faut changer par un discours moralisateur ou d’allure pédagogique. C’est toute la vision faite de la lutte d’opposition au sein de ce courant qu’il faut changer. Sous cet angle, l’UFC est plus particulièrement concernée, puisque c’est son candidat qui apparait le mieux placé pour être le candidat unique de l’Opposition en 2010.
Changer de vision et de pratique politiques
Mais si l’UFC veut donner quelques chances à l’alternance en 2010, il faudra qu’elle opère quelques changements déchirants. D’abord, la direction de l’UFC doit changer la vision qu’elle s’est faite de la lutte en cours pendant ces 20 ans. Depuis le 13 janvier 1963 jusqu’en octobre 1990, le régime politique du Togo n’a pas été un régime démocratique respectueux des libertés essentielles et des exigences d’un Etat de droit. Eyadema n’a pas fait que prendre le pouvoir à Sylvanus Olympio. Outre qu’il l’ait assassiné, il a instauré un régime de dictature fondé sur la force armée, un véritable système de domination, d’oppression, d’exploitation et de répression ayant pour finalité de bâillonner la population afin qu’elle se tienne tranquille face à la gestion intolérable des richesses et des hommes du pays. Si ce régime était un régime démocratique, l’insurrection populaire de 1990 n’aurait pas eu sa raison d’être. Et on ne continuerait pas de se “battre” aujourd’hui pour “obtenir” les conditions pour des “élections libres, transparentes et équitables”.
La lutte engagée en 1990 et qui va durer bientôt 20 ans n’est donc pas la lutte pour le pouvoir. C’est une lutte pour la fin de ce système, justement pour permettre ensuite aux partis politiques d’engager une saine compétition pour prendre le pouvoir et gouverner, chacun selon sa vision du monde et son programme de transformation de la société togolaise selon cette vision. On ne peut donc pas concevoir la lutte en cours et les rapports entre partis d’opposition comme s’il s’agissait d’une lutte pour le pouvoir tel que cela se passe dans les pays démocratiques.
Si l’UFC ne change pas de vision, les choses pourraient se passer en 2010 comme elles se sont passées depuis 1998 : son candidat bénéficiera d’un autre vote massif de la population ; le régime s’appropriera la victoire par des méthodes probablement plus intelligentes qu’autrefois ; la population s’en sentira une fois de plus frustrée ; on l’appellera encore à sortir pour défendre sa victoire ; comme elle n’est pas plus organisée qu’avant pour pouvoir le faire, avec quelques morts innocentes tout se tassera à nouveau ; on s’engagera à nouveau dans la ronde des “Dialogues-APG-Gouvernement d’union nationale-Législatives de légitimation” probablement suivies cette fois-ci des locales et des sénatoriales pour boucler la boucle. Et le régime continuera ainsi de gouverner jusqu’aux prochaines présidentielles.
L’UFC se doit de changer aussi sa pratique politique si elle veut donner quelques chances à l’alternance au pouvoir en 2010. A partir du moment où il s’agit, non pas d’une lutte pour le pouvoir, mais d’un combat pour la fin d’un système de domination et d’oppression intolérable, ce combat ne peut pas être mené comme s’il s’agissait d’un combat individuel ou partisan ; il doit être mené ensemble, dans un engagement commun, chacun apportant sa force, si minime soit-elle, pour accroitre la force et la capacité d’organisation et d’action de la communauté d’engagement.
Dans une telle communauté d’engagement, il n’y a pas de place pour des ambitions hégémoniques ; il n’y a pas de place pour les rivalités intestines entre partis d’opposition en vue de la première place ; il n’y a pas de place pour une volonté à montrer à tout prix qu’on est le plus grand, le plus important, le meilleur, l’unique, par rapport aux autres. Des attitudes et des comportements visant à montrer avec ostentation qu’on est tout et que l’autre n’est rien ne sont pas de nature à favoriser la genèse et la cohésion de la communauté d’engagement. Il en est ainsi par exemple de cette récurrente histoire “des moins de 5% de voix” si souvent agitée par des responsables de l’UFC à l’adresse d’un parti concurrent comme la CDPA pour montrer qu’elle n’est rien. L’approche patrimoniale de certains événements de l’histoire du pays tels que la commémoration de la date de l’assassinat de Sylvanus Olympio, ou du 27 avril ou de la victoire des nationalistes sur les pro-français en 1958 produit les mêmes effets destructeurs sur l’Opposition.
L’une des résolutions majeures prises par l’UFC dans son dernier congrès des 18-19 juillet 2008 est de “rassembler” autour de son candidat pour 2010. Cette résolution ne paraît acceptable que située dans la logique inopérante de ces rivalités intestines que les partis du courant dominant de l’Opposition entretiennent entre eux pour le pouvoir. Hors de cette logique, elle est regrettable en ce sens qu’elle contribue à entretenir et à raviver les rivalités au lieu de les atténuer ou de les faire disparaître pour rendre possible l’union de l’Opposition. Si l’UFC affiche avec tant de force sa volonté de rassembler autour de son candidat, pourquoi les autres partis concurrents ne le feraient-ils pas eux aussi, ou pourquoi ne chercheraient-ils pas à lui poser de méchantes peaux de banane comme on l’a vu si souvent ? La guéguerre inutile entre le CAR et l’UTD au lendemain des législatives de 1994 n’a pas servi l’Opposition mais bien le régime.
La résolution est encore plus regrettable dans la mesure où elle donne le sentiment que le problème majeur de l’Opposition se pose en terme de “rassembler” chacun autour d’un homme, en l’occurrence autour de son candidat. Chaque parti d’opposition continuera ainsi de défendre son clocher en faisant la promotion de son homme, au lieu d’accepter d’entrer dans une communauté d’engagement pour rendre l’Opposition toute entière plus forte. Il faut finir par s’en convaincre : ce qui importe n’est pas un homme mais un projet politique. C’est autour d’un projet politique qu’il faut donc s’organiser ; ce n’est pas autour d’un homme qu’il faut “rassembler”. Il est vrai qu’un homme peut incarner un projet politique. Dans ce cas, c’est le projet politique qu’il faut présenter au peuple et non pas l’homme sans le projet politique. Et il faut souligner que le projet politique ne se réduit pas à un discours-programme de campagne électorale.
Dans tous les cas, dans la perspective d’une candidature unique, le candidat unique doit faire l’objet d’un choix sur la base du projet politique qu’il incarne. Dans les circonstances actuelles et pour les raisons déjà mentionnées, que ce candidat unique de l’Opposition soit celui de l’UFC ne fait aucun doute. Mais ce n’est pas à un parti de faire de son candidat le candidat unique et chercher à le porter sur un piédestal en rassemblant pêle-mêle autour de lui. C’est à l’Opposition toute entière qu’il revient de faire le choix dans un cadre déterminé et par une procédure démocratique. Il faut éviter la personnalisation de la politique d’opposition. Elle présage une présidentialisation outrancière de la vie politique si l’Opposition parvient à prendre le pouvoir demain par le biais de son candidat unique.
Enfin, il importe de revoir la place et le rôle de la masse des opposants dans le processus de démocratisation. Les premières conquêtes démocratiques ne sont pas les résultats des discussions du FAR avec Eyadema. Ni celui d’aucun des 12 dialogues qui ont suivi depuis 1993. Si Eyadema a proclamé le multipartisme et la liberté de la presse, c’est grâce à la pression exercée sur le régime par l’insurrection populaire et les diverses manifestations qui ont suivi. L’une des premières décisions malencontreuses prises par le Gouvernement de Koffigoh est l’interdiction des manifestations populaires. C’est une manière de mettre la masse des opposants sur la touche. La décision allait bien dans le sens des intérêts du régime. Le Colonel Yark en sait quelque chose. Les partis d’opposition qui ont pris les devants de la scène ont accentué cette marginalisation de la population par rapport à la lutte politique en ne voyant plus dans la masse des opposants qu’un électorat à se disputer, et dans cette jeunesse combative qu’un matériel à utiliser pour les “marches de protestation” et autres manifestations-spectacles.
En toute objectivité, les seuls acquis démocratiques décisifs engrangés par l’Opposition jusqu’aujourd’hui sont restés ceux d’avril 1991, c’est-à-dire ceux qui ont été arrachés sous la pression populaire. Ces constats conduisent à une triple vérité : 1- Dans le rapport des forces qui prévaut depuis la reprise définitive du pouvoir par le régime à partir de 1993, un parti d’opposition isolé ne peut à lui seul réussir le changement politique. 2- Même un groupe de partis d’opposition alliés ne peut y parvenir sans un appui conscient et organisé de la masse des opposants. 3- La réinsertion de la masse des opposants dans le processus politique pour lui permettre de jouer le rôle qui lui revient dans la lutte contre l’oppression demeure un impératif.
Une alliance politique pour réaliser l’alternance démocratique
La question du cadre et de la procédure évoquée plus haut appelle avec force l’idée d’une alliance. Dès avant la Conférence nationale, les partis d’opposition et les organisations associatives de la même tendance ont commencé à se regrouper dans des collectifs ou dans des coalitions dominées par certains chefs de parti. Il y eut ainsi le COD-FOD, que les chefs les plus en vue ont dissout joyeusement à la veille des assises en édictant le regrettable principe selon lequel chaque parti devra se rendre à la Conférence pour son propre compte. Sont venus ensuite le COD I, le COD II, la CFD et la “Coalition des Six”.
Il suffit de se proclamer “opposant” pour avoir le droit d’avoir une place dans ces lieux de regroupement et d’y prendre part aux “réunions de l’opposition”. La porte était même largement ouverte à des hommes virés du RPT qui n’ont même pas affirmé leur désaffiliation du parti-Etat, ou clairement proclamé qu’ils sont désormais des opposants au régime. Ce furent ainsi des cadres sans cohérence organisationnelle, sans orientation politique précise, sans règle de conduite, sans un minimum de discipline de groupe ; sans le moindre engagement collectif. Des cadres ouverts à tous vents, où, sous prétexte d’union, chacun défendait des intérêts divergents et tentait de faire prévaloir ses ambitions personnelles ou partisanes. On a vu le résultat.
C’est vrai que dans leur volonté de “rassembler” autour de leur candidat pour 2010, certains membres de l’UFC déclarent ne plus vouloir de “coalition”. Ils ont raison. Mais l’idée même de rassembler autour d’un candidat dans le présent contexte politique et la démarche en cours pour y parvenir laissent fortement penser à ces coalitions d’antan, avec la seule différence que le critère de rassemblement n’est plus “être un opposant à Eyadema”, mais soutenir un homme, à savoir le candidat de l’UFC. Si l’UFC veut réellement donner une chance à l’alternance au pouvoir en 2010, elle devra aller au-delà d’un simple rassemblement autour de son candidat. Elle devra consentir à la formation d’une alliance solide avec ceux qu’elle considère, selon ses propres termes, comme faisant partie de “l’opposition véritable”. C’est la seule manière d’éviter de rééditer les fourre-tout qui ont toujours conduit l’Opposition dans le mur au profit du régime.
Une alliance politique est un cadre où des partis proches les uns des autres s’engagent à s’associer en vue de réaliser un objectif commun sur la base d’une plate-forme politique minimale définie ensemble dans un esprit de respect mutuel et d’équité et assortie d’un minimum de règles de comportement. L’engagement à s’associer signifie que chaque membre de l’alliance accepte de respecter ces règles communes pour assurer à l’alliance solidité et longévité. C’est l’alliance du Comité de l’Unité Togolaise (CUT) et de la JUVENTO qui a rendu possible la victoire des nationalistes en 1958. Cette victoire n’a pas procédé d’une fusion de l’un de ces deux partis dans l’autre.
Dans le cadre de la lutte en cours pour la fin du régime de dictature, précisément parce qu’il s’agit d’ouvrir le pays à la démocratie, une telle alliance ne peut pas être réduite à une alliance électorale. Elle doit être pensée pour survivre aux élections et durer au moins jusqu’à la mise en place des institutions démocratiques susceptibles d’empêcher tout retour en arrière. Cela veut dire qu’elle doit être construite pour faire face aux innombrables problèmes qui vont surgir avant, pendant et après les élections, que l’opposition accède au pouvoir ou que le régime continue de s’y maintenir. Si l’alliance du CUT et de la JUVEVTO avait été plus qu’une alliance électorale, les nationalistes auraient été préservés des drames qu’ils ont vécus au lendemain de l’accession du pays à l’indépendance. Et le Togo n’aurait probablement pas été ramené en arrière en janvier 1963.
Mais une alliance forte et durable impose à l’UFC de modifier le regard qu’elle porte sur les autres partis d’opposition, en particulier sur ceux qu’elle considère, selon ses propres termes, comme “des partis d’opposition véritables”. Elle n’a rien de commun avec un “rassemblement-fusion”. En outre, elle permettra à l’UFC elle-même de ne plus avoir peur d’être marginalisée par le régime ou par ses concurrents du courant dominant de l’Opposition. Observer un minimum de rigueur et de cohérence politique ne signifie pas qu’on “joue aux Ayatolahs”. Dans cette situation trouble où se livre la bataille pour la démocratie, la rigueur et la cohérence politiques sont des antidotes nécessaires contre l’opportunisme et contre tous les opportunistes.
Le lieu de rencontre : le MFAO
Pour terminer, il faut revenir sur la question de la réinsertion de la masse de la population opprimée dans le processus politique. Une telle réinsertion passe nécessairement par une organisation. La spontanéité de l’insurrection populaire de 1990 est certes sympathique. Mais elle est insuffisante. L’expérience l’a bien montré. On a vu ce que la plupart de ces jeunes qui passent pour être les héros de cette insurrection et qui revendiquent avec tant d’acharnement leur part du gâteau sont devenus depuis, ou sont en passe de devenir. La lutte contre un régime de dictature ne se réduit pas à une émeute où chacun fait ce qu’il veut. Son efficacité dépend de son degré d’organisation, de la clarté des idées qui la porte et de la justesse de l’objectif qu’elle se donne.
La CDPA-BT a proposé le MFAO comme forme d’organisation par laquelle la masse des opposants peut retrouver sa place historique dans le processus politique de lutte contre le régime de dictature. Elle a commencé depuis 2000 à inviter les autres partis d’opposition et les organisations associatives opposantes pour mener une réflexion commune sur l’idée et l’améliorer au besoin. Face au mur de silence opposé à l’invite, elle s’est vue dans l’obligation de commencer à faire seule une campagne active d’explication, et à lancer des appels désespérés pour la construction du mouvement. Dans le cadre de cette campagne, outre les conférences et les séminaires, elle a fait une quantité considérable de publications diffusées dans les journaux et sur les sites.
Lors d’une rencontre arrachée à Kofi Yamgnane en septembre 2006, la délégation de la CDPA-BT a entendu avec consternation le chef de Sursaut Togo lui dire qu’il n’a jamais entendu parler du MFAO. Un dossier préparé à son attention lui fut remis le 9 septembre 2006, appuyé ensuite par une longue lettre du Premier Secrétaire du Parti. Depuis, rien. Et voilà monsieur Yamgnane qui se présente candidat aux présidentielles de 2010. Par ailleurs, lors de la rencontre entre la CDPA-BT et l’UFC le 2 juin 2009, au lendemain de l’Assemblée constitutive réunissant les associations du Mouvement, la délégation du parti frère a donné le curieux sentiment de n’avoir jamais entendu parler du MFAO !
Tout au long de cette longue lutte pour la démocratie au Togo, les acteurs politiques de l’opposition, qu’ils soient des responsables de partis politiques ou d’associations de la société dite civile, se sont ainsi comportés comme s’ils évoluaient chacun à toute vitesse dans des couloirs parallèles, condamnés à ne jamais se rencontrer véritablement, avec une totale absence d’écoute de l’autre, chacun restant en permanence sur la défensive contre tous les autres, avec une volonté tenace de voir tous les autres rangés derrière lui pour le mettre en avant !
Ce n’est pas surprenant. Car, c’est une des multiples conséquences de la course concurrentielle pour le pouvoir dans un contexte politique où le régime n’entend pas céder la place à qui que ce soit. Il faut dépasser ces rivalités fratricides entre organisations de l’Opposition, ou plus largement entre opposants en recentrant l’objectif de la lutte en cours pour le changement politique.
Encore une fois, le MFAO n’est ni un parti politique, ni une organisation concurrente des autres organisations de l’Opposition. Sa nature profonde en fait un mouvement citoyen. Son ambition : se constituer en un vaste mouvement d’envergure national pour représenter une véritable force dont il faut tenir compte, et un poids capable de peser dans le rapport des forces. Son objectif : créer et entretenir les conditions susceptibles de rendre possible l’alternance au pouvoir dans les plus brefs délais possibles. Sa finalité est de contribuer efficacement à l’émergence de la société démocratique au Togo.
Lomé, le 26 Septembre 2009.
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
E. GU-KONU
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