BARAK OBAMA et le changement
Victoire nette, propre, massive, historique ! Barak Obama va s’installer à la Maison Blanche le 20 janvier 2009. Qui aurait imaginé cela aux Etats-Unis il y a quelques années ? Obama avait suscité un engouement extraordinaire au cours de sa campagne électorale. En Amérique ; mais aussi ailleurs dans le monde. Peut-être même plus ailleurs dans le monde qu'en Amérique même...
Victoire nette, propre, massive, historique ! Barak Obama va s’installer à la Maison Blanche le 20 janvier 2009. Qui aurait imaginé cela aux Etats-Unis il y a quelques années ?
Obama avait suscité un engouement extraordinaire au cours de sa campagne électorale. En Amérique ; mais aussi ailleurs dans le monde. Peut-être même plus ailleurs dans le monde qu'en Amérique même.
“L'obamania” s'est emparé d'une foule de supporters enthousiastes. En Europe, des comités de soutien sont montés ici et là. Mais en Afrique aussi : au Sénégal par exemple, des caravanes de soutien pour le candidat afro-américain ont sillonné les rue de Dakar. Et que dire du Kenya ? Sur le continent africain, le “Noir” est d’abord perçu comme “un frère” pour les uns, un cousin pour les autres. Et cela, rien qu'à travers ses racines africaines. Un véritable plébiscite donc avant les élections. Tout s'est passé comme si la foule des supporters non américains d'Obama allaient aller voter pour lui le 4 novembre 2008 au bord du Potomac, à la place du citoyen américain lui-même.
La célébration universelle de Barak Obama avant même son élection montre à quel point des millions et des millions d'hommes et de femmes dans le monde espèrent, à juste titre d'ailleurs, qu'avec lui quelque chose va changer en Amérique, notamment dans le regard des Américains des Etats-Unis sur les grands problèmes mondiaux. Et cet espoir immense mesure la profondeur de la désaffection, sur la planète, de millions et de millions d’hommes et de femmes à l’égard de la première puissance du monde.
Le changement tant espéré exige d’Obama probablement bien plus qu’il ne peut : Une Amérique qui doit faire preuve de plus d’humilité, de moins d'arrogance ; une Amérique qui doit être un peu moins égoïste aussi, désormais moins “Cowboy”, moins va-t-en guerre, plus humaine. Une Amérique plus sensible à la souffrance de l'autre.
Une Amérique plus transparente, qui cesse de voir le monde rien qu’à travers le prisme brumeux de ses intérêts particuliers. Une Amérique qui tempère un peu sa grande conviction d’être investi par Dieu de la mission de montrer la voie au monde entier, de détenir le monopole du Vrai et du Bien, de décider, selon ses intérêts, que tel Etat ou tel autre est un “Etat voyou”, d’étendre “l'américan way of life” à la planète entière pour uniformiser la terre à son goût. Une Amérique qui cesse de faire passer pour la démocratie un emballage idéologique de sa volonté d'hégémonie et de domination.
Une Amérique qui fasse l'effort de jeter un regard nouveau sur le monde, sur la Palestine, sur le monde arabe, sur l'Afganistan, sur l'Afrique. Une Amérique qui finisse par comprendre que, pour ce qui concerne l'Afrique en particulier, le « trade not aid » qu'elle prêche en direction des populations africaines vivant dans la misère du fait de la nature actuelle des rapports Nord-Sud, est tout aussi hypocrite, et tout aussi chargé de non-dits inavouables que “l'aide” utilisée depuis plus d'un demi-siècle par d'autres puissances comme un moyen de domination et d'exploitation, un moyen de recolonisation insidieuse du continent.
Une Amérique enfin moins unilatéraliste ; qui comprenne que le monde évolue inexorablement vers une nouvelle multipolarité sur la planète ; qu'il est vain de croire qu’il peut rester indéfiniment unipolaire sous la direction d'un seul Etat ; et qu'il faut donc se résoudre à le reconstruire ensemble avec les autres, et de telle manière que le choc des intérêts entre Etats ne le détruise par une troisième guerre mondiale.
Ceci étant, ceux qui, en Afrique en particulier, ont célébré Barak Obama avec tant de fougue et d'espoir de changement devraient se souvenir de 1981 en France. Autant que pour Barak Obama, François Mitterrand avait suscité un immense espoir de changement, peut-être bien plus sur ce continent de dictateurs néocoloniaux qu'en France même.
A Paris, pendant cette merveilleuse nuit, avec une espérance communicative, la diaspora africaine avait pris d'assaut la place de la République. En Afrique même, dans les anciennes colonies françaises d'Afrique surtout, ceux qui le pouvaient avaient sabré le Champagne. La Gauche au pouvoir en France ? ! Mitterrand allait enfin apporter le changement, la liberté, la démocratie, la dignité à ces millions d’Africains opprimés par des pouvoir despotiques !
Et puis, 1982 est arrivé plus vite qu'ils ne pouvaient l’imaginer. A partir de 1983 déjà, il était devenu évident, pour ces millions de désespérés qui attendaient un changement de la politique africaine de la France, qu’il fallait déchanter. Le discours de la Baule ? La suite allait bien vite montrer qu'il s'agissait d'abord d'un discours politique de contrepoint, un discours manipulateur à la hauteur du personnage. Le Togo d’Eyadema, le Zaïre de Mobutu, le Rwanda de Habiarimana… allaient bien vite le montrer.
Barak Obama, un afro-américain à la Maison Blanche ? Une révolution certainement ! Mais que dire pour le changement ? Sans doute Obama a-t-il des racines africaines. Il n'en est pas moins d'abord et surtout un Américain des Etats-Unis d’Amérique. Et il l'est corps et âme. Ce qu'on ne peut lui reprocher au demeurant.
Mais cela veut dire aussi qu'il sera tenté, peut-être contraint de faire passer avant toute chose les intérêts de l’Amérique éternelle. Cela veut dire encore que personne aujourd'hui ne peut savoir comment le nouveau Président réagira-t-il aux pressions inévitables d'une Amérique demeurée malgré tout fondamentalement conservatrice, et toujours largement corsetée dans ses propres certitudes.
Obama ne sera certainement pas un second Bush, ou un autre Reggan, ou le Truman d’Hiroshima, de Nagasaki, de la guerre de Corée… Mais avant toutes choses, il sera sûrement l'Américain chargé de défendre d'abord les intérêts de la grande Amérique.
Fait à Lomé, le 15 Janvier 2009
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU
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