La conférence des patenaires au développement du Togo et le problème politique togolais
Le problème togolais n’est ni un problème économique, ni un problème financier. C’est d’abord un problème politique auquel les partis d’opposition n’ont pas encore trouvé la solution pour des raisons devenues familières pour tout le monde.
La reprise de la coopération de l’Union européenne avec le régime en place ne saurait donc être la fin de la lutte pour la démocratie au Togo. Elle est au contraire l’occasion d’une meilleure organisation de l’opposition démocratique ...
La « Conférence des partenaires au développement du Togo » s’est terminée le vendredi 19 septembre 2008. Les documents du dossier présenté par la partie togolaise (environ 240 pages) ont été expédiés en moins de 48 heures. Nous nous proposons de faire, autant que possible, une analyse du contenu de ces documents et la mettre à la disposition des Togolais. C’est eux qui sont les premiers concernés.
Les « bailleurs de fonds » semblent unanimes sur le principe d’un « réengagement total de la Communauté internationale » aux côtés de Faure Gnassingbé, comme l’a demandé dans son discours d’ouverture le Commissaire européen chargé du développement, Louis Michel.
De son côté, le Premier ministre togolais, M. Gilbert Fossoun Houngbo, « technocrate qui parle le même langage que les bailleurs de fonds », a promis en retour qu’il ne décevra pas les bailleurs de fonds. « Nos amis togolais », pour reprendre l’expression de Louis Michel, sont partis visiblement heureux, le but réel de cette conférence étant atteint pour eux.
La situation que cette Conférence nous fait vivre rappelle bien l’histoire des « 22 engagements » (avril 2004). Il s’agissait, à l’époque aussi, de trouver une porte de sortie pour mettre un terme aux sanctions de l’Union Européenne (1993), et pour reprendre dans toutes ses dimensions la coopération avec Eyadema. Ce qui vient de se passer à Bruxelles au cours de ces deux jours se serait déjà passé à cette époque, si la mort d’Eyadema n’était survenue le 5 février 2005.
Pas plus qu’en 2004, le régime politique n’a pas changé au Togo depuis la mort d’Eyadema. La constitution de 2002 est toujours en vigueur. Au cours du 11° dialogue, Eyadema avait catégoriquement refusé toute idée de révision de cette constitution. Et pour cause. Louis Michel en mission à Pya en décembre 2004 avait laissé entendre qu’il s’agissait d’une question de rapport de forces. C’est tout dire.
Cette information portée à la connaissance des leaders des partis d’opposition aux devants de la scène devrait les amener à revoir la politique d’opposition qu’ils ont menée jusque là. Mais cela n’avait pas été le cas. Et le rapport des forces est resté massivement en faveur du régime jusqu’aujourd’hui.
Par ailleurs, toutes les autres institutions sont demeurées en place, sans changements de fond de nature à permettre l’alternance au pouvoir. L’Etat et l’Administration publique sont sous le contrôle total du régime et de son parti comme avant… Contrairement à ce que l’on veut faire croire, le Togo n’est pas devenu un Etat démocratique. Pas plus au lendemain de la mort d’Eyadema qu’aujourd’hui.
Ce n’est pas la première fois que l’Union européenne va apporter son assistance financière au régime en place. Sans compter la période antérieure à 1967, elle lui a toujours fourni un appui financier massif depuis cette date jusqu’en 1993, date de la suspension de la coopération pour déficit démocratique et violations graves des droits de l’homme. Elle l’a fait au départ dans le cadre de réalisation des cinq « plans quinquennaux », et après la suppression du « système de planification » quand le FMI et la Banque mondiale ont pris en main la gestion de l’économie et des finances du pays à partir de 1982.
La nature du régime d’Eyadema et les modalités de son fonctionnement n’avaient pas permis à ce financement extérieur massif d’améliorer les conditions de vie de la population. La pauvreté s’est au contraire étendue, avec comme conséquence l’insurrection populaire de 1990 qui a amorcé la revendication de la fin du régime pour l’instauration de la démocratie.
Le régime n’ayant pas changé, les structures et les institutions étant demeurées pour l’essentiel les mêmes, il est évident que le « réengagement total de la communauté internationale » aux côtés aux côtés de Faure Gnassingbé et de son équipe, avec les appuis financier massifs annoncés lors de la Conférence de Bruxelles, ne contribueront pas plus à l’amélioration des conditions de vie de la population. Et le « Groupe d’accompagnement » annoncé n’y pourra rien.
La CDPA-BT est très mal à l’aise face aux positions politiques prises par la Conférence de Bruxelles. Elle émet de sérieuses réserves sur ses attendus aux plans politique, économique et social. Elle constate qu’en réalité, l’objectif premier de la Commission européenne chargée du développement n’est pas de promouvoir la démocratie au Togo, mais bien de consolider pour de bon le régime en place, de « normaliser » la situation politique au profit de Faure Gnassingbe et des acteurs politiques dont il s’entoure, et de recréer au Togo « la stabilité politique » dont Gnassingbé Eyadema s’est servi pour confisquer le pouvoir d’Etat pendant plus de 40 ans. Ce n’est guère surprenant.
La CDPA-BT attire l’attention de l’opposition togolaise sur les conséquences politiques et sociales prochaines de la Conférence de Bruxelles. Elle appelle tous ceux qui tiennent au changement démocratique d’accepter de se mettre ensemble pour contribuer à la définition et la conduite d’une nouvelle politique d’opposition, afin de permettre l’instauration de la démocratie dans le pays. L’amélioration réelle des conditions de vie de la population et l’avenir du pays en dépendent.
Aujourd’hui comme du vivant d’Eyadema, le problème togolais n’est ni un problème économique, ni un problème financier. C’est d’abord un problème politique auquel les partis d’opposition n’ont pas encore trouvé la solution pour des raisons devenues familières pour tout le monde.
En conséquence, la reprise de la coopération de l’Union européenne avec le régime en place ne saurait être la fin de la lutte pour la démocratie au Togo. Elle est au contraire l’occasion d’une meilleure organisation de l’opposition démocratique pour la mettre à la hauteur de sa mission.
Lomé, 22 Septembre 2008
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU
|