CONVENTION DEMOCRATIQUE DES PEUPLES AFRICAINS
BRANCHE TOGOLAISE
(CDPA-BT)
DECLARATION N° 12.
La situation politique évolue rapidement dans notre pays. La pression populaire s'accentue chaque jour pour obliger le régime en place et son chef à cesser de tergiverser, et à engager loyalement le processus de la transition démocratique. C'est le sens des mouvements populaires déclenchés par la grève des étudiants depuis le 12 mars, et qui se poursuivent jusqu'à présent.
Ces mouvements ne sont pas uniquement le fait de «casseurs » et de « voyous». Ils ne sont pas non plus le seul fait de la jeunesse, même si les jeunes sont les plus nombreux dans les rues. Ils expriment la volonté de l'écrasante majorité du peuple togolais à en finir avec un régime autocratique qui a trop duré. Vingt quatre ans d'autocratie, d'injustices sociales, de destructions économiques et de gaspillages, ça suffit. Ce régime à pouvoir personnel doit être aboli. Depuis le 13 mars 1991, c'est le mot d'ordre que se sont donné la jeunesse togolaise et tous ceux qui, dans les campagnes et dans les villes, veulent le changement. C'est le mot d'ordre de la CDPA-BT. Il est juste.
Les récentes prises de position des responsables du FAR (Front des Associations pour le Renouveau) sont profondément regrettables. Ces responsables voient dans la pression populaire pour le changement, ce qu'ils appellent la «pagaille» et osent affirmer qu'il y a «une main extérieure» derrière cette lutte massive des Togolais pour la démocratie. Ils proclament, avec affolement, que le départ d'Eyadema et de son régime va créer un vide et un chaos politiques, et que si la pression populaire continue, le Togo risque de connaître la situation du Mali.
Il est tout à fait regrettable que les responsables du FAR reprennent si imprudemment le discours que le régime n'a cessé de prononcer depuis 1967, et que n'ont cessé de reprendre tous ceux qui, ne voulant pas le changement, affirment «qu'il n'y a personne», qu'il n'y a pas de relève possible, et que le peuple togolais n'est pas encore mûr pour la démocratie.
L'affolement des responsables du FAR révèle deux choses. D'abord, une fausse appréciation politique de l'évolution en cours. Ensuite, un manque fondamental de confiance dans la force du peuple et dans sa capacité à se prendre en charge. La CDPA-BT au contraire, croit profondément dans cette capacité du peuple à organiser son destin, et laisse donc aux Togolais le soin de juger eux-mêmes les actes et les prises déposition du FAR.
La CDPA-BT salue, par conséquent, le courage et la détermination de tous ceux qui demandent le changement sans compromissions. S'ils descendent dans la rue pour arrache le changement démocratique, c'est parce que le régime ne leur laisse pas d'autres choix.
La CDPA-BT estime que l'opposition n'a pas à céder à l'affolement. Elle estime, une fois de plus, que l'engagement du pays dans la transition démocratique doit, et peut se faire en toute sérénité et sans violences inutiles.
Dans ce sens, notre parti avait, dès le mois de novembre 1990, formulé un certain nombre de préalables dans sa déclaration N°5. Par la force des choses, le chef de l'Etat vient d'accepter quelques-uns de ces préalables :
-amnistie totale sans exclusive ;
-liberté de la presse sans conditions ;
-principe de la pluralité des partis.
Il faut rappeler les autres préalables :
-dissolution du RPT
-démission de l'actuel gouvernement
-constitution, par le chef de l'Etat, d'un nouveau gouvernement formé d'hommes neufs sur proposition des partis politiques, et dont la tâche sera d'organiser la transition démocratique.
A ce cabinet ministériel neuf, représenté par un de ses membres, reviendra l'exercice de l'autorité de l'Etat, et le droit de prendre toutes les mesures susceptibles de calmer les esprits et de conduire le processus de la transition démocratique dans la paix, avec sérénité et hauteur.
-fixation d'un délai pour l'élection d'une Assemblée constituante, de commun accord entre ce cabinet ministériel et les représentants des partis politiques.
-démission du cabinet transitoire au lendemain des élections, et constitution d'un gouvernement
-démission du cabinet transitoire au lendemain des élections, et constitution d'un gouvernement sur la base de la représentativité majoritaire à l'Assemblée constituante. C'est cette Assemblée constituante, représentation du peuple, qui devra élaborer la loi fondamentale de la nouvelle République, et créer les nouvelles institutions et les conditions de leur bon fonctionnement.
Ce sont là les exigences pour engager le pays dans une démocratie réelle.
L'affolement du FAR et ses prises de positions alarmistes ne nous surprennent guère : le FAR n'est pas un parti politique mais un regroupement d'associations, sans légitimité politique. En conséquence, il n'est pas habilité à définir la politique du pays. La formulation des problèmes politiques et la recherches des solutions appropriées ne peuvent être du ressort d'organisations associatives. C'est à des partis politiques bien organisés d'exprimer les aspirations du peuple en termes politiques, et de leur trouver les solutions politiques adéquates.
24 ans de régime autocratique, ça suffit !
Fait à Paris, le 11 avril 1991
Pour le Bureau Exécutif
Le Premier Secrétaire
Godwin TETE.
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