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Jeudi, 9 Septembre 2010
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L’épineuse question de la candidature unique
à la lumière du scrutin présidentiel de 2010

III- La confusion par l’amalgame des partis d’opposition
ne permettra pas de trouver un candidat unique


La question de la candidature unique de l’opposition a toujours été posée dans une totale confusion depuis 1993. La confusion vient du déplorable amalgame que l’on a toujours fait au sein de l’opposition au sujet des partis d’opposition. On a toujours mis tous les partis d’opposition dans le même panier, que l’on désigne sous le nom imprécis de “l’opposition”. Comme si ces partis sont tous les mêmes, comme s’ils disent tous la même chose et comme s’ils font tous la même chose.
La réalité est pourtant tout autre chose. En tant que partis politiques créés à des moments différents par des hommes qui souvent n’ont rien en commun et qui ont des parcours politiques si différents, les partis d’opposition ne peuvent pas être les mêmes. Et ils ne le sont pas. Chacun d’eux a son idéologie, sa vision de la société togolaise et de son devenir. Du coup, ils ne disent pas les mêmes choses ; et ils n’ont pas les mêmes pratiques politiques. Leurs leaders n’ont pas tous la même vision d’Eyadema, ni du régime qu’il a incarné pendant près de quarante ans, ni du même régime transféré à son fils en février 2005… En un mot, les partis d’opposition n’ont pas la même vision de la lutte d’opposition engagée à partir de 1990 contre le régime de dictature.
Par exemple, si le leader du CAR considérait vraiment en 1987 que le régime d’Eyadema est un régime de dictature qu’il faut abolir pour faire avancer le pays, il se serait opposé à ce régime dès le début ; il n’aurait pas joué le rôle qu’il a tenu dans le système Eyadema jusqu’aux premiers grondements de l’insurrection populaire à partir de 1989 ; il n’aurait pas accepté en 1987 de se faire nommer président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) créée par Eyadema pour tenter de présenter un autre visage à l’opinion, surtout l’opinion étrangère ; et il n’aurait pas sillonné toute l’Europe à ce titre pour promouvoir le régime, en faisant croire partout qu’Eyadema est en train de démocratiser. Il aurait tenu une autre attitude et un autre langage.
Un autre exemple : Si aux yeux du chef de l’UTD (puis de la CPP par la suite), le régime de dictature était vraiment inadmissible, il n’aurait pas quitté l’opposition armes et bagages en 2004 pour rejoindre le RPT (à l’occasion de la signature des 22 engagements) ; et il n’aurait pas accepté de faire la cours à Faure Gnassingbé pour s’installer ouvertement dans les allées du pouvoir en 2005, après la grande répression qui a permis au régime de continuer de se maintenir au pouvoir.
Bien d’autres exemples vivants montrent que les partis d’opposition ne sont pas les mêmes et n’ont pas les mêmes positions ni vis-à-vis du régime, ni vis-à-vis de la lutte d’opposition. Et quand on a la chance de suivre de près leurs fonctionnements internes respectifs, on se rend compte qu’ils n’ont même pas tous la même vision de la démocratie au nom de laquelle ils prétendent tous parler.
La tendance à faire l’amalgame au sein de l’opposition en mettant à chaque fois tous les partis d’opposition dans le même sac a commencé dès avant la Conférence nationale. Elle s’est confortée à travers les différents collectifs qui ont jalonné la lutte d’opposition, notamment le COD-FOD, le COD I, le COD II... Elle s’est constamment renforcée au rythme des élections présidentielles suivies de dialogues et de négociation de toutes sortes. La lutte d’opposition est ainsi marquée par un refus tenace de faire au sein de l’opposition les différences nécessaires, et la volonté de ne pas y entendre d’autres sons de cloche que celui qui y fait le plus de bruit possible. L’anti-partisme de principe, si répandu au sein de l’opinion togolaise, et la propension à faire croire que la solution au problème politique togolais passe par les organisations de la “société civile”, renforce cette tendance.
L’amalgame des partis d’opposition a constamment noyé la lutte d’opposition dans une confusion qui fait croire trop souvent que tous les chats sont gris dans l’opposition togolaise. Il a pour conséquence d’amener une fraction importante de la masse des opposants à ne plus savoir à quel saint se vouer. Cette conséquence contribue à l’affaiblissement de l’opposition démocratique au profit du régime de dictature.
A la veille de ces présidentielles de 2010, l’amalgame se poursuit ; et la confusion a pris des proportions désespérantes. Aux partis d’oppositions dites traditionnelles –ceux en qui la masse des opposants a vu, ou a cru avoir vu dès le début, des partis d’opposition– sont venus s’ajouter tout récemment d’autres partis et d’autres figures.
Certains d’entre eux se sont toujours mis à l’écart de la lutte d’opposition, et ne se sont bruyamment réveillés qu’au lendemain de la mort d’Eyadema. Ils se portent candidats aux élections de 2010 en proclamant à haute voix qu’ils ne sont pas de l’opposition, ce qui ne les empêche pas d’en appeler à la candidature unique (de quoi ?) contre le candidat du régime. D’autres ont longtemps servi le régime en combattant avec virulence la lutte d’opposition, et avec des méthodes moralement inacceptables ; eux aussi en appellent bruyamment à la candidature unique, après avoir déposé leur candidature contre le candidat du régime…
Comment parvenir à trouver un candidat unique parmi tous ces chats gris ? Et à plus forte raison un candidat unique de l’opposition démocratique au régime de dictature ? A la veille de ces élections de 2010, la confusion a pris en effet des proportions telles qu’il est pratiquement impossible à la masse des opposants de reconnaitre dans le sac des partis amalgamés, qui est qui et qui fait quoi. Du coup, elle ne sait plus exactement à quoi on s’oppose encore, et qu’est-ce encore que la lutte d’opposition aujourd’hui. Pour elle, tout apparaît désormais comme si le pouvoir d’Etat est devenu une sorte de loterie nationale, où chacun veut aller tenter sa chance pour voir s’il peut prendre la place de Faure Gnassingbe, ou tout au moins gagner un poste ministériel au cours du prochain mandat présidentiel.
Il convient de souligner un fait majeur. Plus que jamais, l’enjeu de la lutte d’opposition à la veille de ce scrutin de 2010 est le changement du système politique dans le but de permettre la création des autres conditions indispensables pour rendre possible l’ouverture du Togo aux libertés démocratiques. Le progrès des conditions de vie de la population, le respect des droits humains et le respect de la dignité de la personne humaine dans le pays dépendent de cet enjeu.
Sous cet angle, continuer de faire l’amalgame entre les partis d’opposition et d’entretenir ainsi la lutte d’opposition dans la confusion, ne rend pas service à ces partis politiques qui sont la conscience agissante de la masse des opposants et qui, de ce fait, portent les aspirations de cette masse au changement démocratique.
Y aura-t-il un candidat unique pour le scrutin du 4 mars 2010 ? La CDPA-BT estime que dans la grande confusion où se prépare le scrutin, et où la campagne électorale s’est engagée, les conditions de l’émergence d’un candidat unique ne sont pas réunies, qu’il s’agisse d’un candidat unique tout court, ou à plus forte raison qu’il s’agisse d’un candidat unique de l’opposition.
Cela veut dire que, même si tous les candidats en lice se réunissaient à la veille du scrutin pour désigner l’un d’entre eux comme candidat unique, ce dernier ne sera pas un candidat unique de l’opposition, tout comme cela s’est passé en juillet 1993. Car, le candidat unique doit répondre à un profil déterminé qu’impose l’enjeu du scrutin pour l’opposition. Comme on le verra dans la suite, trouver ce profil implique toute une procédure et des critères à définir. Ce n’est pas à quelques mois du scrutin, à plus forte raison à la veille de l’ouverture officielle de la campagne électorale, qu’il faut mettre cette procédure en marche. C’est bien avant qu’il faudrait le faire.
Mais pouvoir le faire suppose une opposition unie ; ou tout au moins qu’il existe parmi les partis d’opposition, quelques-uns qui acceptent courageusement de refuser le principe de la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir pendant que le régime de dictature existe encore avec tous ses attributs ; autrement dit, des partis d’opposition qui se mettent d’accord pour donner la priorité à la lutte pour la démocratie sur la course concurrentielle entre partis d’opposition pour le pouvoir. L’état de l’opposition à la veille de ce scrutin et la confusion qui entoure les candidats en lice ne permettent pas d’engager cette procédure et de définir ces critères.
En conséquence, la CDPA-BT appelle ses membres, ses sympathisants et l’ensemble de la population à une grande vigilance au sujet de la question de la candidature unique.
La CDPA-BT invite également les Associations MFAO qui s’organisent ensemble, et les autres membres du Mouvement, à ne pas écouter le chant des sirènes, et à poursuivre, au contraire, les efforts en cours pour la création des conditions pouvant rendre le changement démocratique possible.
Fait à Lomé, le 18 Février 2010.

Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire.

 
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