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Mardi, 7 Septembre 2010
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L’épineuse question de la candidature unique
à la lumière du scrutin présidentiel de 2010

II- Un opposant peut-il s’opposer à la candidature unique de l’opposition ?


Qui peut refuser la candidature unique de l’opposition, si c’est une des conditions possibles de la victoire de l’opposition sur le régime de dictature ? Personne, sauf ceux qui sont du camp d’en-face, ou ceux qui travaillent ouvertement ou dans les coulisses pour le maintien du régime, ou alors ceux qui font délibérément passer leurs ambitions personnelles avant les intérêts de la grande masse de la population soumise à la domination et à l’oppression du vieux régime d’Eyadema.
Quel que soit le choc des ambitions politiques au sein de l’opposition, aucun opposant ne devrait donc pas faire obstacle, de quelque manière que ce soit, à l’émergence d’un candidat unique, qui est par ailleurs un des signes de l’union de l’opposition.
Ceci étant, dans la situation qui prévaut au sein de ce qu’il est convenu d’appeler l’opposition, il est tout à fait illusoire de faire passer l’impératif d’un candidat unique pour la panacée, et de faire croire à la masse des opposants qu’il suffit de trouver ce candidat unique pour que l’opposition prenne le pouvoir au lendemain du 04 mars 2010.
Car, dans les circonstances actuelles et dans la grande confusion où se déroule le combat pour la démocratie, les conditions pouvant permettre à l’opposition de désigner un candidat unique sont loin d’être réunies. Il n’est pas difficile de le comprendre, quand on prend la peine de jeter un regard dans le rétroviseur.
La population a fini par s’insurger contre le régime d’Eyadema en portant ainsi au grand jour le combat mené jusque là dans la clandestinité pour la démocratie. Des hommes ayant considéré depuis toujours qu’il est trop dangereux de lutter contre le régime de dictature sont venus récupérer le mouvement populaire, et se sont érigés en leaders opposants incontournables. Puis, ils ont transformé la lutte pour la fin du régime de dictature en une lutte entre chefs de partis d’opposition pour le pouvoir, chacun d’eux étant convaincu en plus qu’il est mieux placé que tous ses concurrents pour diriger le pays. Certains parmi eux se comportent même comme si le pouvoir usurpé par Eyadema leur revenait de droit.
De nouveaux prétendants au pouvoir sont venus se joindre à eux à partir de 2005. Ils ont fait irruption sur la scène politique, et se sont mis à s’y comporter comme s’ils avaient atterri sur un terrain vierge où il ne se serait rien passé depuis 1990 ; comme si les Togolais ne sont jamais descendus dans la rue pour exiger la fin du régime de dictature ; ou encore comme si le coup d’envoi de la revendication démocratique avait été donné seulement le 5 février 2005 par la mort d’Eyadema, et non pas 15 ans plus tôt par la population descendue dans la rue.
Le cercle de la compétition pour le pouvoir s’est ainsi élargi dans une confusion entretenue, et le choc des ambitions pour le pouvoir, plus violent que jamais. La lutte contre le régime de dictature est-elle terminée ? Les Togolais peuvent-ils se mettre aujourd’hui autour de n’importe qui pour le porter (ou le porter à nouveau) à la tête de l’Etat par une sorte d’unanimisme joyeux ? L’opposition togolaise peut-elle faire de n’importe qui un candidat unique pour le scrutin du 04 mars 2010 ?
Ces interrogations ont leur place dans le débat politique actuel sur la question de la candidature unique. Quels que soient leurs contenus et quelle que soit leur formulation, elles montrent que le problème de la candidature unique est bien plus grave et bien plus complexe qu’elle ne paraît, et qu’elle ne doit donc pas être prise à la légère, ou utilisée comme un simple faire-valoir dans la compétition pour le pouvoir.
Ce qui a motivé et justifié l’insurrection populaire d’octobre 1990, c’est le besoin du changement démocratique si fortement ressenti par la population. Un changement démocratique à commencer par la fin de ce régime.
L’insurrection a permis la formation de partis d’opposition, et la formalisation de l’opposition politique en tant que force politique dans le pays, une force dont Eyadema est désormais obligé de tenir compte. Mais rappelons-le en passant : l’opposition politique ne se réduit ni aux partis politiques d’opposition, ni aux leaders de ces partis. Elle englobe l’ensemble des opposants dont les partis d’opposition ne sont que la conscience agissante.
Réaliser le changement démocratique est par conséquent le but et le devoir de l’opposition politique. Il est aussi de sa responsabilité de le faire. Et pour y arriver dans les plus brefs délais possibles, l’opposition doit s’organiser, sans distinction d’appartenances politiques, pour grossir sans cesse en attirant à elle tous ceux qui n’ont pas encore compris la nécessité et la légitimité du changement démocratique, y compris tous ceux qui hésitent encore à faire le bon pas au sein du RPT. C’est la mobilisation populaire responsable.
Si l’opposition politique n’a pas encore réalisé le changement démocratique –et c’est l’évidence même–, le candidat unique de l’opposition ne peut être issu que de l’opposition. Même s’il n’est pas choisi parmi des militants politiques, il doit au moins épouser la cause défendue par elle. Et il doit l’avoir clairement démontré par son comportement, ses prises de position et sa capacité à comprendre les aspirations populaires à la fin du régime de dictature.
Il doit comprendre que pour l’opposition, le changement ne se réduit pas au simple remplacement d’un homme par un autre à la tête de l’Etat, mais qu’il commence par l’abolition du régime de dictature comme condition première pour permettre aux Togolais d’instituer un système politique démocratique dans le pays. Et il doit faire la preuve de sa capacité à définir ensemble avec l’opposition et dans le cadre de l’opposition, la politique qu’il convient de mener pendant la campagne électorale et au cours de son mandat, s’il venait à être élu. Car, le changement démocratique sous un régime de dictature n’est pas l’affaire d’un homme ; c’est une œuvre collective.
Dans la mesure où l’opposition n’a pas encore réussi à réaliser le changement démocratique, ce serait une aberration politique que le candidat unique de l’opposition soit issu d’un milieu hostile aux partis d’opposition, et donc à l’opposition. Et au point où en est la lutte d’opposition, ce serait une incongruité que le candidat unique soit issu par exemple des milieux du RPT, ou soit choisi parmi des hommes et des femmes qui ont animé, ou qui animent une campagne de dénigrement contre les partis d’opposition, et finalement contre l’opposition. Car, rappelons-le encore, l’opposition ne se réduit pas aux partis d’opposition ; elle recouvre l’ensemble de tous ceux qui refusent le régime de dictature, et aspirent à fin.
Il ne faut pas oublier que malgré leur faible niveau d’organisation actuelle et malgré les erreurs politiques commises par leurs dirigeants, les partis d’opposition sont avant tout l’expression organisée du combat populaire pour la démocratie. A ce titre, ils incarnent la lutte d’opposition au régime de dictature.
Pour toutes ces raisons, le choix du candidat unique de l’opposition doit se faire par, et au sein de l’opposition selon une procédure dont il sera question plus loin. Il n’est pas indiqué qu’il soit désigné par, et parmi des candidats concurrents venant de tous les horizons, et lors d’un conclave. Et il n’est pas non plus satisfaisant que ces candidats tentent de le faire sous la houlette d’un médiateur improvisé, qui ne répond pas clairement aux conditions définies plus haut. Un conclave de candidats organisé pour désigner en leur sein un candidat unique ne peut jamais donner la fumée blanche attendue. Il ne peut tourner, tout au plus, qu’en une réunion de répartition de postes ministériels, alors que les conditions réelles de la conquête du pouvoir ne sont pas encore réunies.
Poser ainsi le problème de la candidature unique (comme celui de l’union de l’opposition d’ailleurs) conduit à deux questions intimement liées : qu’est-ce que l’opposition, et à quoi s’oppose-t-on ? Ces deux questions ont constamment pesé sur la lutte d’opposition tout au long de son cheminement. Il appartenait aux partis d’opposition (parce qu’ils sont des organisations politiques de l’opposition) de les poser et de leur apporter des réponses claires, à partir de critères d’identification clairement définis, pour éviter à la lutte d’opposition de sombrer dans la confusion comme c’est de plus en plus le cas.
Dans un souci de clarification, la direction de la CDPA-BT avait fini par poser ces questions dans un article publié le 7 septembre 2005 sous le titre : « Qu’est-ce que l’opposition togolaise au juste ? ». Elle les avait posées dans le cadre de sa campagne pour le MFAO, avec l’espoir de provoquer un débat politique pour amener l’opinion à cesser d’amalgamer les partis d’opposition, et surtout à cesser de réduire l’opposition à ces partis ou à leurs leaders. Mais la transformation de la lutte d’opposition en une lutte entre les leaders des partis d’opposition pour le pouvoir, n’a pas permis au débat d’avoir lieu.
Pour clarifier la question de la candidature unique, il faut réaffirmer que l’opposition ne se réduit ni à un leader si charismatique soit-il, ni aux partis d’opposition ou à quelques-uns d’entre eux. Elle ne se réduit pas non plus à un regroupement hétéroclite circonstanciel de partis d’opposition rivaux luttant les uns contre les autres pour le pouvoir. Et bien entendu, l’opposition togolaise ne se réduit ni au CAR, ni à l’UFC, ni aux deux réunis comme on a essayé de le faire croire depuis les législatives de 2007.
L’opposition togolaise, c’est l’ensemble de tous ceux pour qui le régime politique institué par Eyadema à partir de 1967 est inacceptable et qui, pour cela, ont fini par se mettre en mouvement en 1990 pour revendiquer le changement démocratique. A ceux-là s’ajoutent bien entendu tous ceux qui prirent le train en marche, qu’ils aient accepté ou non de mener le combat dans un cadre organisé, celui des partis d’opposition. C’est tout ce monde qui forme l’opposition togolaise, en ce sens que ce sont les opposants. Ils représentent l’écrasante majorité de la population, dont la pression organisée peut lourdement peser dans le rapport des forces au profit du changement démocratique.
Personne ne peut donc s’opposer à l’idée d’un candidat unique de l’opposition pour ce scrutin du 04 mars 2010. Mais la situation politique au sein de l’opposition permet-elle aux opposants de dégager ce candidat unique dans la mouvance de l’opposition ?

Fait à Lomé, le 16 Février 2010

Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
E. GU-KONU

 
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