Entête
Accueil..........Publications..........Sections..........Fédérations..........Nous écrire..........Inscription..........Forum
Recherche
Mardi, 7 Septembre 2010
Vous êtes le Visiteur n° 17512
En ligne : 1
    Rechercher sur le site      
Cadre gauche.php
INSTANCES DU PARTI
COMMISSIONS
 

L’OPPOSITION TOGOLAISE FACE A LA CONFERENCE DES PARTENAIRES
AU DEVELOPPEMENT DU TOGO

De toute évidence, la préoccupation essentielle de la Commission chargée du développement n’est pas de promouvoir le processus de démocratisation au Togo. Sa préoccupation première est de réinstaller le Togo dans une nouvelle période de « stabilité politique » au profit du régime en place et du pouvoir de Faure Gnassingbé…

La « Conférence des partenaires au développement du Togo » a pris fin le vendredi 19 septembre 2008. Les documents du dossier présenté par la partie togolaise (environ 240 pages) ont été expédiés en moins de 48 heures.

Les « bailleurs de fonds » ont tous admis le principe d’un « réengagement total de la Communauté internationale » aux côtés de Faure Gnassingbé pour aller dans le sens des vœux de du Commissaire européen chargé du développement, Louis Michel.

La délégation togolaise a quitté Bruxelles, visiblement heureuse. « Nous n’allons pas vous décevoir », a promis le tout nouveau Premier ministre togolais, M. Gilbert Fossoun Houngbo, « technocrate qui parle le même langage que les bailleurs de fonds ».

La situation que l’on vient de subir à Bruxelles ressemble comme une goutte d’eau à celle où les « 22 engagements » avait été signés dans la capitale belge par le régime d’Eyadema en avril 2004. Avec toutefois une différence notable pour la gravité de ses conséquences pour le pays : la Commission européenne chargée du développement et le régime en place ont atteint le but recherché par eux dès 2004 : une nouvelle reconnaissance et une nouvelle légitimation, cette fois-ci totale et définitive du vieux régime d’Eyadema. Ce double objectif est désormais atteint à travers une légitimation complète et un soutien massif de la du pouvoir de Faure Gnassingbé par la « Communauté internationale ».

La Conférence de Bruxelles » devrait faire réfléchir les leaders des partis d’opposition qui se sont toujours fait l’illusion que la « Communauté internationale » ira prendre un jour le pouvoir à Eyadema pour le leur remettre sur un plateau d’argent. C’est une des explications majeures de l’échec de l’opposition togolaise à réaliser le changement démocratique. C’est aux Togolais de bien s’organiser en mettant les forces ensemble pour en finir avec un système politique qu’ils veulent, pour de bonnes raisons, voir disparaître.

Le 12° dialogue, le comportement des trois partis d’opposition et organisations associatives dites de la société civile qui ont participé à ce dialogue, l’Accord politique global (l’APG) concocté avec le régime et le RPT par ces partis et organisations associatives, le « Gouvernement d’union national » et les élections législatives d’octobre 2007…, autant de faits qui ont préparé le terrain et ouvert la voie à ce processus de relégitimation totale du vieux régime de Gnassingbé Eyadema, et permis ce soutien massif apporté à son fils, que le coup de force militaire du 5 février 2005 a imposé au Peuple togolais comme successeur naturel du père.

Tout le monde sait que tout ce qui s’est passé depuis la mort d’Eyadema jusqu’à la prise définitive du pouvoir par Faure Gnassingbé n’est qu’un habillage grossier et tragique du résultat de ce coup de force militaire dont personne ne parle plus aujourd’hui.

Depuis les élections législatives du 14 octobre 2007, on s’est efforcé par une intense propagande à l’intérieur, comme de l’extérieur, de convaincre l’opinion togolaise que le Togo est « sorti de la crise » ; et que le problème prioritaire auquel tous les Togolais doivent désormais faire face dans une communion nationale est « la relance de l’économie … et la réduction de la pauvreté ». Et l’on exploite à fond la catastrophe des inondations dans ce sens.

La Conférence de Bruxelles a consacré ce discours et sacralisé définitivement le pouvoir de Faure Gnassingbé. On peut toujours se permettre encore de jouer à la démocratie en donnant dans l’hémicycle de l’Assemblée des coups de patte inoffensifs au gouvernement présidé par Faure. Mais gare à celui qui ira au-delà en tentant de remettre en question la nature même du régime et en continuant de « rêver à la démocratie ». Mais un peuple qui se respecte est tenu de se battre pour recouvrer sa liberté et sa dignité et, le cas échéant, défendre ces valeurs démocratiques.

Car, en réalité, le régime n’a pas changé au Togo. Louis Michel le sait mieux que quiconque. Le pays continue de fonctionner sur la base de la constitution de 2002. Les institutions crées par Eyadema, et qui lui ont permis de maintenir son régime au pouvoir jusqu’à sa mort, sont demeurées en place, avec des retouches cosmétiques destinées à faire croire que Faure Gnassingbé fait des reformes à tout bras et à tous vents. Le régime et son parti continuent d’assurer un contrôle totalitaire sur l’Etat et sur l’Administration publique. Les modalités de la gestion des affaires du pays sont restées les mêmes qu’avant la mort d’Eyadema.

Cela veut dire qu’avec cette Conférence de Bruxelles, la masse d’argent que l’Union européenne et les bailleurs de fonds associés ont promis de mettre à la disposition du régime sous forme de dons et de prêts va couler à nouveau, comme avant la suspension de la coopération en 1993, dans les mêmes canaux qui les ont toujours détournés vers des objectifs et des finalités sans aucun rapport avec le développement et l’amélioration des conditions de vie de la population.

Le « Groupe d’Accompagnement » dont il est question ne pourra rien contre cette gestion calamiteuse de l’Etat et des ressources du pays car, la mauvaise gouvernance participe à la nature même du régime. La lutte éternelle contre la corruption n’y pourra rien non plus parce que le régime vit lui-même de la corruption.

Le « Groupe d’accompagnement » pourra d’autant moins agir que Louis Michel veut désormais pour le Togo « un partenariat où les conditionnalités d'antan sont remplacées par les priorités d'un agenda commun et d'une politique de développement fondée sur les spécificités locales », et demande « qu'on limite autant que possible les contraintes associées à la gestion de notre aide ». Tout cela est clair.

Ceux qui propagent tout azimut que le Togo est « sorti de la crise », et que le problème principal désormais est « la relance de l’activité politique … en vue de la réduction de la pauvreté », veulent simplement faire croire aux Togolais que le combat pour le changement du système politique en vue de l’instauration de la démocratie dans le pays n’est plus à l’ordre du jour.

L’intention cachée derrière cette propagande mystificatrice est de casser définitivement l’opposition démocratique pour renforcer la passivité politique de la population, afin de mieux laisser les mains libres aux faiseurs de roi qui mettent tout en œuvre pour reconsolider le vieux régime d’Eyadema, que le fils de ce dernier, Faure Gnassingbé, est chargé de gérer pour le maintenir le plus longtemps possible en place.

Depuis au moins 1967, le problème principal du Togo n’a jamais été un problème d’ordre économique, ni un problème de gestion financière. Il a toujours été, avant tout, un problème politique, celui d’un régime de dictature militaire chargé de gérer le territoire au profit d’une minorité d’acteurs nationaux et étrangers, et de maintenir la population dans la misère et sous une oppression permanente pour rendre cette gestion possible et efficace.

C’est cette oppression dictatoriale qui a poussé la population dans la rue en 1990. Le régime n’ayant pas changé de nature, et le contrôle de l’Etat étant toujours entre les mains des mêmes forces et des mêmes acteurs politiques, le problème principal du pays continue donc d’être un problème politique : il faut changer le système politique en vigueur et les acteurs qui l’ont animé pendant plus de quatre décennies, afin de pouvoir instaurer un système démocratique capable de réorganiser l’économie en vue de l’amélioration des conditions de vie de la population.

De toute évidence, la préoccupation essentielle de la Commission chargée du développement n’est pas de promouvoir le processus de démocratisation au Togo. La préoccupation est d’amener l’Union européenne à se débarrasser du sempiternel problème politique togolais, et de remettre le Togo dans une nouvelle ère de « stabilité politique » au profit du successeur de Gnassingbé Eyadema et de son équipe. C’est un retour en arrière et une négation de tous les acquis démocratiques permis par l’insurrection populaire de 1990.

Par ses positions, la Conférence de Bruxelles sape les principes mêmes de la démocratie et met l’opposition togolaise à une croisée de chemins où elle doit nécessairement se donner une nouvelle politique d’opposition, si elle veut vraiment faire de l’Etat togolais un Etat démocratique pour le développement du pays et le bien-être de la grande masse de la population.

Lomé, le 25 Septembre 2008

Pour la CDPA-BT
Pierre Servan.

 
Cadre droit
 
 
Pied de page
CDPA-BT
B.P.13963 Lomé(TOGO) Tél:00(228)225-38-46 / 250-86-88 Fax:00(228)225-38-46 E-mail:cdpa-bt.cdpa-bt@orange.fr
Copyright © 2008 cdpa-bt! Tous droits réservés.