Interview demandé par Golfe Info
07.09.08
Depuis dimanche 7 septembre dernier, le chef de l’Etat a nommé Gilbert Houngbo à la primature en remplacement de M. Mally. Quelles appréciations faites-vous de cette nomination ?
Le changement de Premier Ministre dans le régime de dictature du RPT constitue un acte interne de ce régime et un non évènement pour la masse de la population qui lutte pour la démocratie. Ceci pour les raisons suivantes :
- Le Premier Ministre ne possède pas la réalité du pouvoir au sein du gouvernement. Ce pouvoir est en fait exercé par celui qui le nomme. En fait, il n’est que le coordonnateur administratif d’une équipe de travail ;
- Le nouveau Premier Ministre, quelles que soient ses qualités, et même s’il n’appartient pas au RPT, en acceptant sa nomination à la tête de l’équipe gouvernementale au lieu de se consacrer à la lutte pour le changement démocratique, fait son entrée dans la mouvance du RPT ;
- Cet acte n’a aucune incidence positive sur la recherche de la démocratie. Il ne règle pas le problème politique fondamental ni même socio-économique du pays, qui est celui de la dictature qui perdure et de la nécessité de l’instauration de la démocratie pour le développement et l’amélioration des conditions de vie de la masse de la population.
1- Golfe Info : M. Emmanuel Gu-Konu, lors de la toute première conférence de presse de la CDPA-BT le 10 juin dernier, vous avez appelé à une synergie des forces de l’opposition à travers la création du MFAO (Mouvement de la Force Alternative de l’opposition). Où en êtes-vous aujourd’hui avec cette initiative ?
EGK : Pour ne rien vous cacher, nous avons organisé cette conférence de presse dans le cadre de notre campagne pour le Mouvement de la Force Alternative d’Opposition (le MFAO). Dès 1992 déjà, pendant que d’autres partis se sont lancés dans une précampagne pour les présidentielles de 1993, chacun de son côté, la CDPA-BT avait estimé que les partis d’opposition devaient se consacrer en priorité à l’organisation de la population pour la mettre en mesure de s’impliquer massivement et activement dans la lutte politique, et le faire en toute connaissance de cause.
Et nous avons estimé qu’ils devaient aussi, et surtout, travailler ensemble sur la base d’un programme minimum commun pour faire émerger de la masse des opposants une force politique bien organisée et capable, grâce à cette bonne organisation, de faire pression sur le régime aux moments cruciaux de la lutte pour la démocratisation du système politique.
Pour aller dans ce sens, nous avions ainsi, dès ce moment déjà, proposé aux autres partis un document dénommé « la charte d’alliance ». Depuis 2002, nous avons intensifié la campagne pour le MFAO en sollicitant tout le monde, en particulier les partis d’opposition par des écrits, des rencontres, des appels. Nous avons toujours rencontré silence et dérision. Et nous avons toujours paru comme un parti « qui ne veut pas le pouvoir » !
Nous n’avons certainement pas su convaincre de la justesse de nos idées et de nos positions. Nous savons par ailleurs qu’il est difficile de réveiller un homme qui ne dort pas, et que la préoccupation majeure de la plupart des partis d’opposition est le pouvoir tout de suite. Mais nous continuerons de rechercher les moyens qu’il faut pour expliquer, expliquer encore, convaincre. Nous ferons d’autres conférences de presse et nous mettrons en œuvre d’autres formes d’actions tant que les moyens nous le permettront.
Nous avons la conviction que, tant qu’il n’existera pas derrière les partis d’opposition un vaste mouvement, uni, bien structuré et forte, l’opposition togolaise prise globalement ne sera jamais vraiment crédible. Et les chances de venir à bout du régime seront toujours minces et aléatoires.
2- Golfe Info : Le congrès du parti de Gilchrist Olympio organisé les 18 et 19 juillet derniers a affirmé la volonté de l’UFC de rassembler toutes les forces démocratiques autour de d’elle pour soutenir son candidat à la présidentielle de 2010. A travers cet appel, l’UFC semble pourtant épouser vos idées. Mais pour vous, ce rassemblement dont elle parle n’est qu’une stratégie électorale de court terme. N’êtes-vous pas de cette manière en train de prêter des intentions à l’UFC.
EGK : L’UFC n’a malheureusement pas épousé nos idées, contrairement à ce que vous semblez dire. Le MFAO n’est pas une « fédération des partis d’opposition » ; il n’est pas une énième coalition hétéroclite et sans lendemain de partis d’opposition rivaux ; il n’est pas non plus un regroupement circonstanciel de partis d’opposition autour d’un homme pour des visées électoralistes. Le MFAO, c’est tout autre chose.
Nous ne demandons pas, au demeurant, qu’on épouse nos idées, ou qu’on s’aligne derrière nous ; car, même si nous avons la conviction que le MFAO, ou tout autre organisation regroupant la masse des opposants sans considération partisane afin d’en faire un groupe de pression efficace est indispensable pour le changement et la construction de la démocratie au Togo, nous considérons que notre proposition est une proposition à discuter et à enrichir, (non pas à détruire), afin d’aboutir ensemble à un projet commun meilleur à réaliser.
Nous continuons toujours de penser que l’opposition togolaise a besoin d’une nouvelle politique d’opposition qui soit de nature à favoriser la formation d’une alliance solide et durable sur la base d’une plateforme politique minimale, afin de permettre à tous ceux qui s’y rallient d’agir de concert, avec constance, détermination, cohésion et efficacité.
C’est pourquoi, nous demandons encore une fois à nos amis de l’UFC et à tous les partis de l’opposition qui veulent la fin du régime de dictature, d’accepter de nous retrouver ensemble, pour définir ensemble une politique d’opposition alternative, susceptible de faciliter la formation d’une alliance réelle, forte et durable, justement parce que fondée sur une plateforme politique minimale consensuelle.
3- Golfe Info : Revenons à l’actualité nationale. Le 14 août dernier, le journaliste, historien et politologue togolais, Atsoutsè Kokouvi Agbobli, est retrouvé mort dans des circonstances assez troubles. Quels souvenirs gardez-vous de l’illustre disparu.
EGK : Avant de créer un parti politique tout récemment, Mr Agbobli a participé au processus de démocratisation à sa manière. Nous avons été heureux de constater deux faits chez lui. D’abord, il a fini probablement par comprendre que l’entrisme est une forme répugnante d’opportunisme politique dans un régime de dictature (militaire ou civil), et que de toute façon elle ne conduit, au mieux, qu’à la phagocytose de ceux qui prétendent entrer dans le système dictatorial, avec la prétention de le changer de l’intérieur, ou de « limiter les dégâts ».
Quand Agbobli a créé un parti politique (le MODENA), nous nous en sommes réjoui, parce que nous nous sommes dit qu’il a finalement compris peut-être que la lutte contre un régime de dictature pour la démocratie n’est pas, et ne peut pas être une lutte individuelle, mais bien une lutte collective menée dans un cadre approprié où chacun apporte sa contribution.
C’est pour cela que nous avons toujours dit que, dans cette lutte ouvertement engagée en 1990, plus il y a de partis d’opposition organisés et sérieux, plus l’Opposition dans son ensemble a des chances de s’en sortir bien et plus vite. Sous une condition toutefois : Que chacun de ces partis comprenne qu’un seul parti d’opposition, si grand soit-il, ne peut pas venir seul à bout de la tâche ; mais que la chance de réaliser le changement conformément aux aspirations du peuple aux libertés démocratiques devient réelle, si ces partis se mettent ensemble pour réaliser une alliance solide et durable sur la base d’une plateforme politique claire et sérieuse.
Le MODENA figure sur la liste des organisations d’opposition avec lesquelles la CDPA-BT a, depuis les législatives du 14 octobre 2007, envisagé une fois de plus d’engager des discussions en vue d’une alliance sérieuse et durable sur ces bases. Nous souhaitons que ces discussions puissent avoir lieu avec ce parti malgré la disparition de Mr Atsutse Agbobli.
4- Golfe Info : Malgré la publication des résultats de l’autopsie du professeur Napo-Koura, nombreux sont les Togolais qui ne veulent pas croire en une mort par « intoxication médicamenteuse » du président du MODENA. Certains vont jusqu’à penser que Atsutsè Agbobli serait assassiné à cause de ses critiques à l’égard du régime en place. Ils avancent pour preuve l’assassinat de Tavio Amorin en 1991 et la disparition de David Bruce en 1994. Qu’en dites-vous ? Ou doit-on penser simplement que le régime est aujourd’hui rattrapé par son passé ?
EGK : Ils ont raison. Si Mr Agbobli devait mourir par « intoxication médicamenteuse », il aurait pu le faire chez lui, à son domicile. Pas dans la mer. La tendance de l’opinion à ne pas croire aux versions officielles des circonstances du décès est d’ailleurs sans surprise : dans un système politique si fortement marqué depuis des années par une absence totale de transparence, une grande capacité à la désinformation et à la déformation des faits, une forte propension à abuser l’opinion, on finit par douter de tout et de tout le monde.
L’expérience des 40 années de dictature militaire a montré que dans un tel contexte politique et social, la rumeur naît forcément de tout et de rien, et embrase facilement le milieu comme un feu de brousse. De ce point de vue, on peut dire, comme vous le dites, « que le régime est aujourd’hui rattrapé par son passé ».
Mais disons tout de même que le contexte politique de l’assassinat de Tavio et de notre regretté Doe Bruce n’est pas comparable à celui de la disparition tragique de Mr Agbobli. Ceci étant dit, rien, absolument rien ne garanti qu’à l’allure où vont les choses, les Togolais ne se retrouvent dans peu de temps à pleurer d’autres Tavio et d’autres Doe Bruce. Qui aurait cru qu’après tout ce qu’on a dit au moment des « 22 engagements », les forces de sécurité renforcées par « des éléments incontrôlables » iraient encore tirer sur la population au lendemain des élections du 26 avril 2005, et sans état d’âme ?
5- Golfe Info : D’après vous, quelle est la thèse qui parait la plus probable ? Celle d’un suicide ou d’un assassinat ?
EGK : Le décès tragique de Mr Agbobli dans une situation aussi confuse est un fait trop grave pour qu’on se livre à des spéculations, ou qu’on se contente de s’apitoyer sur le sort du disparu. Dans cette confusion totale qui entoure le décès (et à laquelle on rajoute sans cesse de la confusion), nous nous gardons de prendre position.
Nous attendons d’avoir des informations plus crédibles sur les circonstances du décès avant de nous prononcer. Pour l’instant, nous nous contentons de déplorer la mort d’un homme.
6- Golfe Info : Comment, les autorités devront-elles procéder pour élucider totalement les circonstances de la mort du leader du MODENA et lever définitivement le doute de l’esprit des Togolais ?
EGK : Ils devraient avoir les moyens de clarifier les circonstances du décès. Et s’ils ne les ont pas, ils ont le devoir et l’intérêt à se les donner. Si non, les Togolais continueront de douter et de se sentir en insécurité permanente.
Le rôle premier d’un Etat qui se respecte est d’assurer à la population les conditions de sa sécurité et de sa reproduction. Naturellement, quand la volonté de se maintenir au pouvoir à tout prix devient la première préoccupation, on perd de vue cette fonction première de l’Etat. Et on ne voit plus dans la population qu’un moyen à utiliser. A la limite un marchepied. Un rien.
Nous avons bien peur que les pouvoirs publics ne clarifient jamais les circonstances du décès de Mr Agbobli, et que toute cette agitation finira par se terminer en queue de poisson, comme dans beaucoup d’autres cas vécus par les Togolais depuis 40 ans ! Et ce n’est pas l’expertise que commande la CNDH qui sera la plus crédible !
7- Golfe Info : Un autre fait de l’actualité, c’est les graves inondations dont a été victime le Togo le mois dernier avec à la clé des milliers de sinistrés et l’effondrement de 11 ponts. Pouvez-vous nous donner votre appréciation d’une part de la manière dont la catastrophe a été gérée par les autorités. Et d’autre part, pensez-vous, comme certains, que si les gouvernants avaient été un peu plus prévoyants, ils auraient pu éviter de tels désastres ?
EGK : Ces inondations révèlent, on ne peut plus mieux, combien le régime, qui a confisqué l’Etat togolais depuis plus de 40 ans maintenant, manque à son devoir de protection et de sécurisation de la population. Car, ce n’est pas seulement la population des régions concernées qui est sinistrée ; c’est toute la population rurale et la majorité de la population urbaine qui le sont depuis des années, et de plus en plus tous les jours. Le cas des régions inondées a frappé l’esprit ; et on en parle si abondamment simplement parce que la montée des eaux a pris un caractère brutal et catastrophique sur une grande étendue du territoire et a causé de nombreux dégâts.
En fait de prévisions, les autorités togolaises n’ont pas les moyens de prévoir la catastrophe et de mettre la population à l’abri comme dans d’autres pays le font. Pourquoi ? A cause de l’état d’arriération du Togo. Ces inondations posent ainsi le problème capital du développement du pays et celui des « politiques de développement » conduites pendant plus de 40 ans ! Au fait, dans quel état se trouvent les 11 ponts avant les crues ? La douleur et l’impératif de solidarité ne doivent pas nous amener à perdre cette question de vue.
Après plus de 40 années d’indépendance, le Togo devrait être en mesure de faire face à des difficultés de ce genre, quitte à ce que l’aide extérieure vienne en renfort aux efforts intérieurs. En tout état de cause, le Togo ne devrait plus continuer de tourner le regard vers l’extérieur dans tous les cas, et tendre la main à tout propos.
Mais plus préoccupé par la conservation du pouvoir et sa propre sécurité, le régime d’Eyadema a négligé le développement du pays, dans le milieu rural comme dans les villes. La gestion économique et sociale calamiteuse du pays pendant toutes ces années ne peut que conduire au désastre, mettre la population dans un état permanent de vulnérabilité extrême face aux catastrophes naturelles et transformer le Togo en un Etat perpétuellement mendiant.
Voilà pourquoi il faut mettre un terme au régime de dictature et le remplacer par un système politique démocratique soucieux du bien-être de la population. C’est ce que nous entendons à la CDPA-BT par « le changement ». A la CDPA-BT, nous ne faisons pas de la démocratie une fin en soi. Nous en faisons un moyen qui permet le développement en vue de la prospérité du pays et pour le bien-être de la population.
8- Golfe Info : Aujourd’hui, les sinistrés retournent chez eux dans les zones inondables tout en craignant que la même chose ne leur arrive au cours des prochaines saisons pluvieuses. Pensez-vous qu’il est possible que l’Etat prenne un certains nombre de mesures qui puissent éviter aux sinistrés de retourner dans les zones inondables par exemple en se lançant dans la construction des logements sociaux comme c’est le cas au Bénin ?
EGK : Dans sa nature et sa forme actuelles, l’Etat togolais n’est pas capable de prendre ce genre de mesures. Pourquoi ? Les représentants du régime vous donneront la sempiternelle réponse : « Il n’y a pas d’argent » ! Puis ils tourneront le regard vers « l’aide de la Communauté internationale ».
En fait, la vraie raison de cette incapacité se trouve dans la nature du régime et dans la manière dont il pense et gère les affaires de l’Etat. Voilà pourquoi il faut changer.
Si donc les sinistrés croient que l’Etat togolais fera plus qu’il n’a fait jusqu’à présent, ils se mettent les doigts dans le nez. Ils se font des illusions. L’Etat au Togo n’est pas de la même nature et ne fonctionne pas de la même manière que l’Etat au Bénin.
9- Golfe Info : Dans un communiqué en date du 16 août dernier, vous vous êtes attaqués aux « Consultations nationales » en leur déniant toute garantie de transparence. Pour la CDPA-BT, ces consultations ne sont pas le gage d’une résolution de la crise togolaise mais plutôt une façade pour abuser l’opinion internationale. Comment expliquez-vous cette position ?
EGK : Quand nous entendons parler de « Consultations nationales » et de « Réconciliation », nous pensons aux « 22 engagements » plutôt qu’à autre chose. Et nous nous disons qu’on veut flouer une fois de plus la population.
Comme nous l’avons déjà dit, la population togolaise n’est pas divisée en deux factions en guerre l’une contre l’autre. Les Togolais qui aspirent aux libertés démocratiques luttent contre un régime de dictature militaire qui use de la violence d’Etat et instrumentalise d’autres Togolais pour se maintenir au pouvoir.
A la limite, si réconciliation il doit y avoir, ce ne peut être qu’entre le peuple qui se bat pour se libérer de l’oppression et le régime qui le soumet à l’oppression. C’est absurde !
Comme les « 22 engagements », le « Consultations nationales », la « Commission Vérité-Justice-Réconciliation » et toute la campagne orchestrée autour du « pardon pour la paix » participent d’abord aux stratagèmes habituels pour détourner l’opinion du problème politique principal du pays afin de consolider durablement le régime en place depuis plus de quatre décennies.
10- Golfe Info : Pourtant, vous n’allez pas nier que ces consultations nationales sont nécessaires pour aboutir à une véritable réconciliation nationale au Togo ? C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elles ont été recommandées par l’APG (Accord Politique Global). Ne trouvez-vous pas que son lancement par le chef de l’Etat relève plus du souci du pouvoir de mettre en œuvre l’APG que de s’en servir pour préparer 2010 ?
EGK : Vous parlez d’une « véritable réconciliation nationale » comme si le problème politique véritable du pays depuis 1990 est celui d’une « réconciliation nationale » ! Nous voulons tous la paix. Mais on ne fait la paix qu’entre deux personnes qui sont en conflit. Ce n’est pas le cas au Togo. Par ailleurs, la paix ne précède pas la justice. Elle vient de la justice et se consolide par la justice.
C’est vrai que ce n’est pas la première fois que l’on parle de « réconciliation nationale » au Togo. Eyadema en avait toujours parlé après chacune des élections frauduleuses et/ou violentes par lesquelles son régime a poursuivi la confiscation du pouvoir d’Etat. Si on en parle encore tant aujourd’hui, c’est que le discours et les agitations inutilement onéreuses qui l’accompagnent cachent quelque chose. Le discours actuel sur la « Réconciliation » trouve aussi son origine dans les élections calamiteuses du 26 avril 2005 et la répression violente qui a suivi la contestation des résultats. Et sa finalité réelle est d’effacer ces faits inacceptables pour donner une nouvelle virginité au régime et consolider le pouvoir en place.
J’insiste donc : il n’y a aucune nécessité, ni aucune urgence à réconcilier des gens qui ne se battent pas entre eux. Et d’un point de vue éthique, il y a quelque chose de malsain à vouloir réconcilier un peuple opprimé avec le régime politique qui l’opprime.
Vous parlez de l’APG (Accord politique général), comme on l’a malheureusement fait depuis la fin du 12° dialogue. Il faudra bien que les Togolais acceptent un jour de faire une autre lecture de ce document, une lecture politique je veux dire.
Mais puisque vous en parlez, j’attire l’attention de l’opinion sur le fait que la « Réconciliation nationale » n’est pas le seul point inscrit dans l’APG. On y voit d’autres recommandations telles que les réformes institutionnelles, notamment la réforme de la constitution, la réforme de l’Armée, l’impunité… Pourquoi donc le régime commence-t-il par la « Réconciliation nationale » ? Pourquoi ne donne-t-il pas la priorité par exemple à la réforme de la constitution (la constitution de 2002) qui est un top priorité parce qu’elle est de nature à donner au pays un cadre constitutionnel nouveau pour rendre possible la réalisation des autres réformes qui s’imposent pour une refondation de la vie politique et des rapports Etat/population au Togo ?
11- Golfe Info : Parmi les mesures prises par le gouvernement le mois passé pour contrecarrer la vie chère, il y a le relèvement à la hausse du SMIG et du SMAG. Pensez-vous que cette mesure pourra réellement contribuer à soulager la bourse des Togolais ? Sinon, quelle est à votre avis la meilleure chose à faire pour sortir les populations togolaises de leur souffrance ?
EGK : Elles sont très bien. Mais dans les conditions actuelles de la vie politique du pays, elles n’auront qu’un effet illusoire sur le pouvoir d’achat, même celui des salariés payés au SMIG ou au SMAG. Et elles n’auront aucun effet positif sur l’économie dans son ensemble. D’abord parce que cette catégorie de salariés constitue une infime minorité par rapport à l’ensemble des salariés. Ensuite, comme cela se passe dans le cas général au Togo, ces mesures vont déclencher une hausse générale de tous les prix, et rendront ainsi la vie encore plus chère.
C’est d’ailleurs ce qui a commencé dès l’annonce de cette mesure. Et le contrôle des prix n’y fera rien. Comment voulez-vous en effet concilier « libéralisme » débridée et désordre dans la gestion des affaires publique et dans l’économie avec un contrôle sérieux des prix ? Les élus au SMIG et au SMAG ne s’en sortiront donc pas plus que les autres. Ce n’est pas pour rien que les syndicats ont dénoncé ces mesures. Et ils ont raison de le faire. Toutes ces mesures sont donc ce qu’elles sont dans la réalité, à savoir des mesures démagogiques pour les besoins de la consolidation du régime en place.
Ce ne sont pas ces genres de mesures qui vont résoudre le problème de misère dans laquelle vit la grande majorité de la population. Ce dont le pays a besoin pour sortir la population de la misère est un train de réformes structurelles capables de lancer l’économe togolaise sur des bases nouvelles.
De par sa nature et les modalités par lesquelles il gère le pays depuis plus de 40 ans, le régime est incapable de faire ces réformes. Si non, il les aurait faites déjà depuis longtemps. On se retrouve devant la seule solution qui vaille : Le changement du système politique et des hommes qui l’ont animé depuis au moins quatre décennies.
Lomé, 7 septembre 2008.
Pour la CDPA-BT,
Le Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU
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