LA CDPA-BT ET LES
« CONSULTATIONS NATIONALES »
Depuis plusieurs décennies, le pays continue de subir une dictature militaire sous le régime du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). La mort d’Eyadema et son remplacement par son fils Faure Gnassingbe n’y a rien changé. Le régime cherche seulement à faire croire à l’opinion nationale qu’un processus démocratique est en cours dans le pays.
L’enjeu de cette manœuvre : faire oublier les conditions de violence dans lesquelles Faure a accédé au pouvoir, pour lui permettre de mieux se positionner dans la compétition électorale de 2010. Pour cela il se cache derrière une façade démocratique pour donner le sentiment que le régime a changé.
Le processus des Consultations nationales est l’une des récentes pièces de cette stratégie.
1- Le contexte politique des Consultations nationales
En 2005, au lendemain du triple coup de force suivi de violences électorales qui impose Faure Gnassingbé à la tête de l’Etat, diverses voix (UA, UE, ONU) se sont élevées pour contraindre le pouvoir et des partis politiques d’opposition au dialogue et à la formation d’un gouvernement. Ce douzième dialogue inter togolais a fini par avoir lieu et a abouti le 20 août 2006 à la signature de l’Accord Politique Global (APG).
L’APG prévoit, entre autres, la création d’une «Commission Vérité et Réconciliation», d’un «cadre permanent de dialogue et de concertation sur les sujets d’intérêt national», et d’une «Commission chargée de faire la lumière sur les actes de violence à caractère politique commis par le passé et d'étudier les modalités d’apaisement des victimes».
Les Consultations nationales pour la mise en œuvre de la dite commission suscitent de nombreuses réserves dans le fond comme dans la forme. Car, elles n’offrent pas les garanties de transparence, de crédibilité et de sécurité nécessaire à la réalisation des objectifs que le Pouvoir affiche.
Des organisations et partis politiques (CNDH, HCDH, FIDH, LTDH, CACIT, UFC), qui sont favorables au processus et veulent l’accompagner, le font, comme ils le disent, avec «vigilance», tandis que d’autres comme le CAR ou le GRAD en contestent la forme, mais n’en restent pas moins favorables.
L’acharnement à vouloir maintenir la représentante du HCDH, Mme Madu Ige Olatokumbo, en tant que coordonnatrice du processus, cache mal la volonté du régime de ne pas régler le problème de l’impunité.
Et ce n’est pas le nouvel ordre politique prôné par le NEPAD et soutenu par le GRAD qui permettra à la commission de se mettre en mesure de régler le problème politique fondamental des togolais.
La CDPA-BT avait contesté l’APG parce que nombre de ses dispositions sont conçues pour permettre au régime de les instrumentaliser pour continuer de flouer l’opinion. Parmi ces dispositions figurent la «Commission Vérité et Réconciliation», le « cadre permanent de dialogue et de concertation » sur les sujets d’intérêt national ; le processus des « Consultations nationales »…
Ce à quoi on assiste à l’heure actuelle, c’est justement l’instrumentalisation du processus des « Consultations nationales » dont les objectifs réels sont inavoués.
2- Instrumentalisation et responsabilité du courant dominant de l’Opposition
Le processus de réconciliation reste, à bien des égards, lié à la supercherie politique du 12ème dialogue inter togolais, de l’APG et des élections législatives du 14 octobre 2007, que soutiennent consciemment ou inconsciemment certains partis politiques et des organisations dites de la société civile, cosignataires de l’APG. Existe-t-il aujourd’hui un réel problème de réconciliation entre les populations ?
Le problème de la réconciliation nationale n’existe pas tel qu’on le pose. Il s’agit en réalité du sempiternel problème de la dictature exercée par un Etat autocratique contre le peuple entier. Les violences et l’impunité évoquées sont de purs produits d’une dictature qui n’accepte pas d’opposition, ou ne l’accepte que de façade pour abuser l’opinion extérieure. Une dictature qui s’accroche au Pouvoir et qui, pour cette raison, réprime dans le sang, décourage ou interdit la moindre manifestation politique, pour se maintenir au pouvoir.
Voilà comment se pose le vrai problème de l’impunité et de la réconciliation au Togo. Vouloir une réconciliation nationale dans les conditions du régime de dictature pour régler le problème d’impunité des crimes dont ce régime est responsable, c’est faire preuve d’une naïveté coupable.
Le processus de réconciliation prévu dans l’APG apparaît finalement comme un instrument consensuel offert au RPT qui, cyniquement, s’en sert :
1. pour essayer d’effacer de la mémoire collective du peuple les graves violations des droits humains,
2. pour paver le chemin vers une nouvelle « victoire » et la perpétuation du régime.
De cette collaboration transparaît une déviation ou un enlisement de la lutte pour la démocratie, pendant que la souffrance de la population perdure et appelle à une véritable lutte pour la démocratie. Il est donc illusoire de croire que les intentions officiellement affichées peuvent se traduire dans la réalité, que la démocratie va désormais régner dans le pays pour favoriser le développement. Le vécu quotidien des citoyens dément de telles éventualités.
Si Faure Gnassingbé et le RPT sont véritablement préoccupés par le bien-être des populations et le développement du pays, le seul acte susceptible de les rendre crédibles après toutes les violences commises depuis plusieurs décennies ainsi que les modalités d'accession et de maintien au Pouvoir depuis 2005, est de renoncer à ce Pouvoir pour favoriser l’instauration de la démocratie.
Mais il est bien admis que le Pouvoir est un rapport de forces, et qu’un tel acte de la part des tenants actuels du Pouvoir n'a aucune chance de se produire.
Lomé le 16 août 2008
Pour la CDPA-BT
Le Secrétaire à l’organisation
A.Tossou
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