A travers la presse togolaise
Période du 04-10 & 11-17 août 2008
1-Inondations
Les inondations dominent les titres au cours de cette période. Elles ont causé de nombreux dégâts : effondrement de ponts (9), qui poursuit, quartiers inondés, habitations inondées et détruites, sinistrés fuyant la montée des eaux, axes routiers et ferroviaires détruits, des morts..
FORUM DE LA SEMAINE (FDS), N°375 du 04-8-08 annonce que le ministre de la sécurité et de la protection civile a affirmé, une semaine après le début des catastrophes, que « c’est le génie militaire ghanéen qui a procédé à l’évacuation des populations dans le Zio ». Et FDS poursuit : on se demande, comme le dit un sinistré, « A quoi sert donc [l’armée togolaise] si elle ne peut pas aller au secours des citoyens inondés ? », si les militaires togolais sont « uniquement bons pour les défilés, la sécurisation des urnes, la pacification du pays avec son cortège de morts, la sécurité de Faure ou le racket des taxi-motos ? »
Et il termine : « lorsque pour une raison ou une autre le pouvoir écarte les officiers compétents pour faire la promotion des moins valeureux dont la plupart sont des zélés, on ne peut qu’aboutir à ce résultat. »
FDS en déduit que les inondations de ces derniers jours révèlent « l’existence d’une armée pléthorique mais inefficace faute de moyens logistiques conséquents ». Il appelle à « la réforme de la grande muette pour la redéfinition des rôles », afin que ces « rôles soient mieux assumés pour le bien du pays ». De son côté, LE REGARD (N° 607 du 05-8-08) ironise sur l’inefficacité de la Grande Muette en révélant que les « hélicoptères de notre vaillante armée sont cloués au sol ».
FDS rapporte que suite à ces catastrophes, l’UFC a demandé dans un communiqué daté du 31-7-2008, la démission pure et simple du gouvernement Mally, et la « convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée pour plancher sur la situation ». Juste pour un effet d’annonce ?
Dans leur ensemble, les journaux ont élevé la voix pour demander comment les responsables de ces désastres, tels que Célestin Ekpawou Talaki, l’actuel ministre du Transport, des Travaux publics, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Tchédré, DG des Travaux publics, et Ferdinand Tchamsi, DG du Fonds d’Entretien Routier (FER), sont-ils toujours à leurs postes malgré l’ampleur des dégâts (FDS N° 375 du 04-8-2008).
Rapprochant les inondations qui ont détruit plusieurs axes routiers du pays et la hausse des prix, GOLFE INFO rapporte que 3000 agents des forces de sécurité sont réclamés par le ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche pour la surveillance des marchés afin de faire respecter les prix des produits de base. Et il note que jusqu’à ce jour, « il y a seulement 14 agents de contrôle des prix, dont 10 à Lomé et 4 à l’intérieur du pays ».
Les inondations ont pris encore une place importante dans la presse pendant la période du 11 au 17 août, ce qui donne la mesure de l’importance des catastrophes. Les aides aux sinistrés retiennent particulièrement l’attention.
FDS (N° 378 du 11-8-2008) signale que les inondations continuent, en précisant les nouvelles zones inondées, à savoir la région de la Kara et la région centrale où deux ponts se sont effondrés. Et il s’interroge sur la gestion du Fonds d’Entretien Routier (FER) : « où sont passés les milliards du Fonds d’Entretien Routier (FER) » se demande-t-il.
Il affiche ce qu’il appelle « les preuves du grand pillage », en citant une interview accordée par Ferdinand Tchamsi au Figaro en mai 2007. Dans l’interview, M. Tchamsi aurait déclaré, que le budget du FER est passé de 3 milliards à sa création en 1997 à 10 milliards grâce aux revenus des péages. Le budget aurait été alimenté aussi par les redevances sur les produits pétroliers utilisés sur tout le territoire. Ces revenus « ont servi à autre chose qu’à entretenir les routes et les ponts », conclut FDS.
En réaction à cette gestion calamiteuse du FER, le pouvoir a fini par dissoudre la structure. Ferdinand Tchamsi est remercié ; et l’on a créé dans la foulée une nouvelle institution dénommée « La Compagnie Autonome de Péage et d’Entretien routier (CAPER). FDS regrette que le gouvernement n’ait pas évoqué le sort qui est réservé au DG Tchamsi, et accuse le « Président de la République » d’ériger « l’impunité en méthode de gouvernement » (N° 379 du 14-8-2008). Dans son N° 377 du 07.08.08, il qualifie ces mesures de trompe-l’œil.
LE REGARD (N° 609 du 12-8-2008) pense de son côté que Tchamsi ne sera pas inquiété, affirmant lui aussi que c’est « l’impunité assurée pour le DG du FER, ses prédécesseurs et ses complices ».
Alors que plusieurs institutions et des particuliers tant au niveau national qu’international se mobilisent pour porter assistance aux victimes, GOLFE INFO (N°432 du 11-8-2008) s’indigne de l’absence de contributions personnelles des membres du gouvernement, contrairement aux députés qui "déboursent de leurs poches". Ils (les députés) ont donné chacun 100 000 frs CFA pour la contribution financière de l’Assemblée Nationale soit 81 millions de francs cfa.
GOLFE INFO mentionne également David Ihou (ministre de la santé sous Koffigoh), lequel ancien ministre propose la mise en place d’un « fonds de solidarité d’urgence » alimenté par les apports financiers de tous les togolais du chef de l’Etat au simple citoyen en passant par diverses autorités.
Au sujet de ces contributeurs comme au sujet de la proposition de David Ihou, rappelons seulement que le régime et les apparatchiks de son parti le RPT avaient déjà imposé des prélèvements obligatoires aux Togolais (100 frs) depuis les années 1970 jusqu’en 1990, sous prétexte de développement. Mais aucun Togolais de la grande masse de la population n’a jamais vu la couleur de l’argent ainsi amassé.
Dans le même ordre d’idées, LE REGARD (N°609 du 12-8-2008) dresse une liste de quelques contributeurs (CEDEAO, Italie, Libye, ambassades des Etats-Unis) avant de s’inquiéter de la gestion qui sera faite de ces dons. Il avait annoncé que des aides aux sinistrés sont « détournées et vendues à Lomé » (N° 607 du 05-8-08).
2- Politique de l’Opposition
Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2010, l’ancien premier ministre, Messan Agbéyomé Kodjo et ses partisans ont organisé l’Assemblée générale constitutive créant un nouveau parti politique, l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS).
Rappelons qu’à son bruyant retour d’exil, Agbéyomé, jeune ministre dur et pur d’Eyadema au cours de ces années difficiles pour l’opposition, s’est associé avec M. Péré pour créer l’Alliance. Le mariage fut conclu par un divorce fracassant. Selon les proclamations de Agbéyomé, l’OBUTS se fixe comme mission de changer le destin des Togolais qui, depuis un certain temps, « sont confrontés à d’énormes difficultés », dit Agbéyomé.
FDS (N° 374 du 31-7-2008) mentionne qu’à la suite du 2e congrès ordinaire de l’UFC et de la désignation de Gilchrist Olympio à la candidature du parti aux présidentielles de 2010, plusieurs analyses, dont celles du journaliste Kodjo Epou de la Diaspora togolaise aux USA), ont critiqué les méthodes dictatoriales que, selon eux, G.O. utilise au sein de l’Opposition ; en particulier ce qu’ils considèrent comme l’imposition de sa candidature à l’ensemble des partis d’opposition.
Kodjo Epou aurait fait ces critiques à Gilchrist Olympio. Et cela lui aurait attiré la foudre des membres de l’UFC sur l’Internet. Des membres de l’UFC, parmi lesquels se trouveraient de hauts responsables, auraient accusé M. Epou d’agir pour le compte du RPT.
A ces accusations François Anani Kouévi réagit dans FDS N° 377 du 07-8-2008 : l’UFC dans l’Opposition, comme le RPT à l’échelle nationale, ne supporte pas, dit-il, le débat démocratique, ni la contradiction ; elle impose ses règles et ses positions, entretenant ainsi les échecs électoraux (FDS N° 377 du 07-8-2008).
Ces échecs seraient dus à l’entêtement de Gilchrist Olympio à être, lui, sinon personne, le président du changement, et à l’impossibilité pour les puissances étrangères d’accepter une alternance devant aboutir à des actions de vengeance familiale. Selon M. Kouévi, les puissances étrangères auraient pu, à maintes reprises, permettre l’alternance politique dans le pays, si Gilchrist Olympio ne s’interposait entre le pouvoir en place et les autres partis de l’opposition.
Il serait certainement nécessaire de nuancer ces propos, les enjeux de la « Communauté internationale » dans le processus de démocratisation au Togo comme ailleurs en Afrique ne s’identifiant pas toujours aux aspirations des peuples africains aux libertés démocratiques vis-à-vis des régimes dont ils subissent l’oppression depuis des années.
GOLFE INFO revient sur les réformes constitutionnelles. Dans son N°432 du 11-8-2008, il informe que le nouveau représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Afrique de l’Ouest, M. Saïd DJINNIT, en visite au Togo la semaine dernière, a souhaité la poursuite des réformes prévues par l’APG.
Pour sa part, LE REGARD craint que les inondations ne deviennent « un prétexte de plus pour renvoyer les réformes politiques aux calendes grecques ». La situation actuelle rend délicate toute réclamation par l’opposition de ces réformes, dont l’urgence est pourtant incontestable, vu que les présidentielles se rapprochent à grands pas.
Pour LE REGARD, les partis de l’opposition courent le risque d’être taxés d’indifférence face « aux problèmes de survie auxquels font face les populations » ; c’est le parti au pouvoir qui tire profit de cette situation pour éviter d’aborder la question des réformes, laisse-t-il entendre.
Et de fait, Gilbert Bawara, ministre RPT de la coopération a déjà accusé l’UFC de revendiquer les réformes constitutionnelles alors que la population souffre de la vie chère ! Il est évident qu’une réforme réelle de la constitution de 2002 qui régit toujours la vie politique togolaise, devrait être la priorité N°1. Sans elle, le processus de la démocratisation sera toujours cahoteux, et la misère populaire continuera de s’intensifier.
On sait que les présidentielles de 2010 constituent aujourd’hui la préoccupation première de nombre de partis politiques, y compris d’opposition.
Pour GOLFE INFO (N°432 du 11-8-2008), la liste des futurs candidats s’allonge avec l’annonce de la candidature du président du Bloc d’Action pour le Changement (BAC) le 09 août 2008, M. Thomas NSOUKPOE, après celles de M. Adoté BLIVI, de M. Gilchrist OLYMPIO et de M. Messan Agbéyomé KODJO.
La liste risque d’être longue. Mais aucune des réformes susceptibles d’éviter la fraude et la manipulation chronique des résultats des urnes n’est encore engagée.
3- Economie
Le gouvernement togolais a élaboré un programme d’actions appelé « Plan intérimaire d’actions » pour la reconstruction du pays de 2008 à 2010, destiné à être financé par les bailleurs de fonds. Les engagements financiers des bailleurs de fonds seront pris au cours d’une conférence dite des bailleurs de fonds. Elle est prévue pour septembre 2008.
FDS N° 377 du 07-8-2008 donne les domaines d’action : construction des infrastructures, éducation, santé, agriculture, promotion de la démocratie et de l’Etat de droit, réformes administratives, économiques et judiciaires, etc… Et il pose une question : Ces fonds, une fois octroyés, ne vont-ils pas s’engouffrer dans la réélection de Faure Gnassingbé en 2010 ? La question n’est certainement pas superflue.
Les journaux avaient annoncé l’imminence de la hausse du prix du carburant… Eh bien, c’est fait. L’augmentation tant redoutée est décidée le 12 août 2008. Sans doute le conseil des ministres a-t-il pris le lendemain des mesures dites d’accompagnement.
FDS (N° 379 du 14-8-2008) publie la liste des 8 mesures et fait remarquer que le gouvernement, qui a affirmé dans un communiqué que les nouveaux prix étaient les plus bas de la sous région, a omis de préciser que nous avons également les salaires les plus bas.
Les prix du pétrole lampant et du gaz domestique restent inchangés, certes. Mais le prix du litre de pétrole était hors de la portée du villageois depuis des années déjà. Et ceux qui utilisent le gaz dans les villes se plaignaient déjà du coût excessif de la bouteille. Sans compter que l’augmentation du SMIG, le plus bas dans la sous-région jusqu’à présent, ne compensera pas pour le smigard la hausse généralisée des prix qui résultera de la décision du 12 août 2008.
Enfin, pour ceux qui s’intéressent au phosphate togolais et à sa situation depuis ces dernières années, FDS (N° 374 du 31-7-2008) annonce que l’OTP/IFG aurait eu plus de 6 milliards de perte sèche. A cause des inondations.
John AGBLEKE
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