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A travers la presse togolaise
Période du 15 au 30 septembre 2008

La presse togolaise a donné une place importante au politique au cours de la deuxième quinzaine de septembre. Et cela se comprend. Deux faits ressortent fortement : le changement de gouvernement avec la nomination de Houngbo comme Premier ministre et la conférence de Bruxelles.
D’une façon générale, la plupart des journaux ont accueilli la nomination du Premier ministre avec un sentiment pour le moins mitigé, parfois même avec beaucoup de doute sur l’avenir. Cela n’est guère surprenant.
Sous le titre « Un technocrate à la primature », GOLFE INFO n° 446 du 15 septembre se demande si M. Gilbert Fossoun Houngbo « réussira là où d’autres (technocrates) ont échoué ». Et, comme pour tirer une conclusion, le journal poursuit : « Le problème togolais dépasse le cadre strict d’un homme, d’un parti ».
La remarque est d’autant plus juste qu’en réalité le nœud du problème togolais n’est pas économique, mais politique. Et il continue d’être politique. Par contre, ce qui continue d’être en cause, c’est un système politique qui a bloqué le développement du pays jusqu’à présent, et qui n’arrête pas de sécréter la misère pour l’immense majorité de la population.
« Il s’agit de remettre tout à plat » affirme le journal avec justesse. Mais on ne peut pas remettre tout à plat dans un système de gestion opaque des affaires publiques, et dans un régime où ceux qui se sont appropriés le pouvoir d’Etat font tout pour le garder contre la volonté du plus grand nombre.
LE REGARD n° 614 du 16 septembre constate que le nouveau gouvernement comprend 10 nouveaux entrants dont le Premier ministre. On sait par ailleurs que l’équipe gouvernementale compte 25 ministres et Secrétaires d’Etat.
FORUM DE LA SEMAINE va plus loin sur le même sujet en estimant que le nouveau gouvernement est un « … réchauffé de l’ancien plat indigeste » (n° 388 du 16 septembre). Autrement dit on prend les mêmes et on continue ! Il révèle que « l’UFC a refusé quatre postes dans le gouvernement … » et que Gilchrist Olympio aurait déclaré « qu’il n’a pas quatre candidats mais un, et qu’il ne serait disposé qu’à remplacer … Faure Gnassingbe à la présidence de la république et non entrer dans un quelconque gouvernement ».
On ne connaît malheureusement pas les quatre postes refusés. Mais au moins, c’est clair : Le changement et non la collaboration. Peut-être l’accompagnement ? Cela suffit largement à Faure Gnassingbé et son entourage immédiat qui, de toute façon, sont au pouvoir et n’entendent pas le quitter.
Une information à la fois curieuse et amusante : dans son n° 389 du 18.09.08, le même journal annonce que M. Houngbo, qui a certainement des raisons de s’assurer les arrières (faut quand même pas oublier Adoboli, même si on a des racines RPT !), « aurait demandé [à son patron des Nations Unies] une mise en disponibilité de trois (3) mois … et aurait donné une période d’essai de trois (3) mois à Faure Gnassingbe… » Et que va-t-il faire si l’essai n’est pas concluant ? Pas difficile à deviner.
En tout cas, FORUM DE LA SEMAINE, lui, écrit qu’il « est donc clair qu’avec Gilbert Houngbo, Faure joue sa crédibilité et sa dernière carte … ». Peut-être pas si vite ! Si la commission de l’Union européenne chargée du développement et de l’action humanitaire, a tout fait pour apporter à Faure Gnassingbe sa consécration définitive, ce n’est pas pour le lâcher de si tôt.
Au cours de cette 2° quinzaine de septembre, la presse a accordé autant de place à la conférence de Bruxelles qu’à la nomination du Premier ministre. Cette conférence, on s’en souvient, avait réuni les 18-19 septembre 2008 à Bruxelles les partenaires au développement du Togo sous la présidence de M. Louis Michel, Commissaire européen chargé du développement et de l’action humanitaire.
Dans son n° 449 du 22 septembre, GOLFE INFO, comme pour susciter l’enthousiasme des Togolais, annonce : « Premières retombées de la rencontre de Bruxelles : 600 milliards accordés au Togo ». Un optimisme de bon aloi ?
Qu’on se souvienne : Après les élections frauduleuses de juin 2003 et tout au long du 11e et 12e dialogue, nombre de Togolais, y compris d’illustres leaders de l’opposition, rendaient la suspension de l’aide financière de l’UE responsable de la misère croissante de la population, et revendiquaient la reprise de la coopération UE « pour arrêter les souffrances du peuple ». Et ils le faisaient de concert avec le RPT.
FORUM DE LA SEMAINE, quant à elle, ne cache pas son pessimisme : « Conférence des bailleurs de fonds à Bruxelles : La montagne a accouché d’une souris … » Et il parle de « mirage ». Plus loin, le journal devient franchement critique : « Finalement, la rencontre entre les bailleurs de fonds et le gouvernement togolais à Bruxelles n’a pas été à la hauteur des attentes … »
Le journal sait certainement de quoi il parle. Il recommande même à tous de faire un petit calcul : « … sur les 600 milliards FCFA en trois ans on peut affirmer que le Togo percevra chaque mois environ 17 milliards FCFA... ». Et il laisse alors entendre que « le soi-disant succès retentissant brandi par les autorités… » n’est qu’une manière de « flouer l’opinion ».
Puis il attire l’attention sur un fait d’une grande importance : « … des sociétés d’Etat comme Togo-télécom, les Douanes, le Port, le SNPT, la DGI, la LONATO font des chiffres d’affaires faramineuses estimés à des centaines de milliards de FCFA par an… » ; et plus loin : « Comme on peut bien le constater, la mobilisation des ressources internes dépasse largement les 200 milliards FCFA annoncés par la table ronde de Bruxelles. »
Rassurant. Mais voilà qui sûrement ne va pas faire plaisir à tous ceux qui proclamaient que la reprise de « la coopération UE-Togo va effacer les souffrances du peuple et rendre les togolais heureux ! »
Un dernier point qui ne manque pas d’intérêt sur le plan politique : GOLFE INFO n° 450 du 24.09.08 titre au sujet de la commémoration du 23 septembre : « 23 septembre sans parade militaire : bluff ou réelle rupture avec les vieilles habitudes ? ». Quant à FORUM DE LA SEMAINE n° 391 du 25.09.2008, il rapporte que la commémoration se serait faite cette année pour la première fois dans « la sobriété, le recueillement et la prière ». Pour ce journal, que le 23 septembre soit fêté en grande pompe ou en toute sobriété n’a pas d’importance ; « c’est la quintessence de cette date qui pose problème. »
C’est vrai. Mais en plus, grandiose ou sobre, cette triste date, qui marque une des périodes les plus tragiques de la lutte pour la démocratie au Togo, est tout de même fêtée par le régime. Cela devrait faire réfléchir toutes les sirènes qui s’efforcent de convaincre les togolais que le régime a changé, et qu’ils n’ont qu’à dormir tranquille sur leurs deux oreilles, et attendre le bonheur !
Enfin, FORUM DE LA SEMAINE (n° 389 du 18.09.08) revient sur le discours programme du Premier ministre devant l’Assemblée, pour en souligner le passage suivant : « Ce gouvernement [le gouvernement Houngbo] entend poursuivre la mise en œuvre du programme quinquennal pour lequel le peuple togolais a accordé son suffrage au Président de la République il y a de cela trois ans. » Bien entendu, il s’agit là d’une déclaration d’intention d’un Premier ministre qui venait d’être nommé par Faure Gnassingbé, et qui parle devant une Assemblée contrôlée par le RPT.
Mais une question plus grave : Le peuple togolais avait-il accordé son suffrage à Faure Gnassingbé le 24 avril 2005 comme le dit le Premier ministre ?
2-Economie & société
Sur le plan économique et social, peu de choses en fait. GOLFE INFO rapporte qu’« une mission de haut niveau du FMI » était à Lomé en avril dernier 2008. Christian Mumssen, le chef de mission, aurait trouvé que « les réformes sont bonnes, la gestion des finances publiques est prudente. » ; et que « le FMI ne tardera pas à décaisser la prochaine tranche de notre appui pour aider le Togo à faire face aux difficultés de l’heure. »
Selon le même journal, cette mission du FMI serait suivie par celle de la Banque mondiale conduite par Mme Obiagéli Ezckwesili, vice-présidente de la Banque. Celle-ci serait fort satisfaite « des progrès accomplis par les autorités togolaises », finalement dans tous les domaines (financiers, fiscaux, maîtrise des dépenses publiques, recouvrement des arriérés fiscaux, relance du secteur cotonnier...). Elle aurait donc, elle aussi, promis aux autorités togolaises qu’un nouveau programme d’appui budgétaire est en cours de préparation à la Banque pour venir en aide au Togo à hauteur de 12 millions de dollars, soit un peu plus de 5 milliards de francs cfa.
Golfe info trouve ces « propos encourageants pour Lomé ». Que d’abondance en effet ! Surtout si on ajoute à toutes ces promesses les « retombées » de la conférence des partenaires du Togo au développement : 600 milliards de francs cfa a-t-on dit ? Que va bien devenir le Togo sous le poids de tant de promesses et de tant d’argent ? Une caverne d’Ali Baba sans doute ! Mais attention à la crise financière mondiale !
Dans tous les cas, il apparaît avec évidence que le pouvoir de Faure semble faire l’objet d’une cour remarquable par les grandes institutions financières, comme le montre bien la liste impressionnante des bailleurs de fonds à la conférence des partenaires au développement du Togo à Bruxelles. Ceux qui se font des illusions en se disant que 2010 va tomber tout seul du ciel et qu’il apportera le changement au bout des urnes, devraient réfléchir.
Un dernier point sur le personnel de la santé publique. FORUM DE LA SEMAINE (n° 389 du 18.09.08) rapporte que « Les agents de santé du secteur public du Togo sont, une fois de plus, en débrayage général de 48 heures, depuis hier mercredi 17 septembre 2008 ». Un mouvement suivi dans son ensemble sur toute l’étendue du territoire national, dit le journal. Seul, un service minimum serait assuré. Les manifestants réclament de meilleures conditions de travail et de vie dit-on, et menacent de « reconduire le mot d’ordre de grève sans préavis, si aucun accord n’est trouvé ».
Il faut relire ce qui concerne le secteur de la santé dans le plan d’urgence du gouvernement Houngbo : « Dans le domaine de la santé, les actions d’urgence porteront sur la réhabilitation et l’équipement des centres régionaux et préfectoraux, la réhabilitation des structures sanitaires du Togo, la réalisation des actions concrètes à la réadaptation des handicapés, l’achat des ARV, la réhabilitation de la direction régionale de la santé Lomé-Commune, ainsi que les districts 1 et 3 de Lomé-Commune, la construction de trois centres médico-social dans les quartiers de Djidjolé, Doumasséssé et de Bè-Klikamé à Lomé, ainsi que la direction régionale de la santé de Kara. »
Et le personnel des agents de santé ? Ces derniers devraient lire le programme d’urgence du gouvernement Houngbo.

A plus tard !
John AGBLEKE
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